Des délais, des délits

Préambule : BFM-télé fait aujourd’hui largement aussi bien, voire mieux qu’hier, et un bandeau informatif en bas d’écran défile, commençant par “Violences policières … gnagnagna…“. Le téléspectateur, qui commence à en avoir l’habitude,  rectifiera de lui-même : il s’agit des violences contre la Police. Moi si j’étais le responsable des bandeaux informatifs à BFM, je raserais les murs.

Mais passons… on voit ces temps-ci la Police sérieusement secouée, agitée de mouvements divers, manifestant à répétition et ce devant les Palais de Justice, tiens donc, suivez mon regard… il est vrai que ça devient très inquiétant, que les profs sont maintenant agressés sans vergogne par leurs élèves, que des soi-disant “sauvageons” s’y prennent à dix-quinze pour faire rôtir des policiers dans leur voiture, que des guet-apens dans les “cités” permettent à des “djeunes” de régler leurs comptes avec les flics et les pompiers… bref l’autorité de l’Etat et de ses représentants ne vaut plus tripette : c’est très grave. Pour paraphraser le délicieux euphémisme de monsieur Jospin à propos du “sentiment d’insécurité“, je dirais qu’aujourd’hui un vrai “sentiment d’impunité” court dans les milieux de la délinquance.

Et puis je constate que parallèlement monsieur Sarkozy, dans sa campagne pour gagner la primaire de la droite, se lance dans des propositions visant à punir automatiquement et immédiatement de prison ferme toute agression envers un policier, un gendarme, un pompier, voire un enseignant. C’est un discours très va-t-en-guerre, bien dans le style du Sarkozy 2016… mais encore ?

Mais encore, supposons que des lois dans ce sens soient votées fissa et mises en application ( il y a des lois qui sont votées mais jamais mises en application, c’est bien de chez nous, ça ! ). Encore faut-il pour que ça fonctionne que le délit soit constitué, le ou les coupables identifiés, jugés, condamnés, bref que la machine judiciaire se soit saisie du dossier et l’ait traité… encore faut-il qu’il y ait de la place en prison… nous connaissons les délais inadmissibles qui courent avant que la plupart des délits soient jugés ; nous connaissons l’extrême misère de notre parc immobilier pénitentiaire, qui jusqu’au départ de madame Taubira semblait satisfaire nos dirigeants – les écailles leur sont semble-t-il tombées des yeux depuis, mais c’est bien tard, quatre ans à nier la réalité, et les prisons ça ne se construit pas en trois semaines. On peut aussi supposer que toute une frange de la magistrature, les gauchistes ça va de soi, mais d’autres aussi, soucieux de justifier leur rôle, s’opposeront mordicus au principe des peines automatiques : soit par empathie pour ces malheureux délinquants – pauvres enfants malmenés par la méchante Société – soit pour signifier que la justice presse-bouton à tarif affiché d’avance, c’est la négation de leurs prérogatives.

Concluons : monsieur Sarkozy peut flûter, faire les gros yeux, durcir son discours… chante beau merle ! Il faudra un sérieux coup de tabac dans les structures politico-judiciaires, une violente remise à plat suivie d’un très sérieux effort de mise à niveau pour qu’enfin nos forces de l’ordre, de sécurité civile, de l’enseignement, soient respectées – et nos lois avec. Le problème, c’est que ça urge bigrement, “ya l’feu”, comme on dit.

Tibert

Dans quel sens ça se lit ? bis

Je regarde assez volontiers BFM le soir sur mon écran bleuté : j’aime les débats qui ont de la tenue mais sans cols amidonnés – beaucoup moins les tonnes de pub qui s’y ajoutent, mais bon, faut bien qu’ils vivent. Il était tout récemment question de la fronde policière, suite aux récentes agressions dont les flics on été victimes dans nos riantes banlieues… et défilent, tandis que le speaker speake et que les débatteurs débattent, des bandeaux d’information divers et variés sur les sujets du jour, Duflot, la bourse de Francfort, les flics en colère, tout ça… et entre autres ce texte que je vois traverser benoîtement l’écran de droite à gauche, pom-pom-pom… :

Violences contre les policiers – Manuel Valls : “Il ne peut pas y avoir d’impunité contre ces barbares“.

Vous lisez ça, que comprenez-vous ? voyons voir… l’impunité contre ?… ça ne me  dit trop  rien… ah mais si c’était POUR les barbares, d’accord, pas d’impunité pour ces barbares, ah oui là OK… donc alors c’est l’inverse… et CES barbares ? où ça ? les policiers, évidemment, c’est le début de la phrase, CES fait référence aux individus nommés en début de phrase. C’est syntaxiquement clair, non ?

Bref,  je vous invite à un certain recul envers les bandeaux de bas d’écran, à les observer avec circonspection avant de les assimiler, sinon vous allez faire des contresens, vous allez penser que monsieur Valls a pété un câble, ou qu’il fait dans la confusion mentale, ce qu’à Dieu ne plaise : qu’il en reste au moins un qui garde quelque lucidité.

Tibert

 

De l’opportunité de se taire

Je reviens sur le bouquin écrit par deux journaleux et qui vient de paraître, “Un président ne devrait pas dire ça“. Là-dedans il y a des informations carrément détonantes, décoiffantes : Normal-1er y déclare – c’est du moins ce que rapportent les deux écrivaillons – qu’il a ordonné 4 (quatre) “homo”  (pas des gays, non non, mais, en jargon du métier, des exécutions ciblées, c’est-à-dire la mise discrète et définitive hors d’état de nuire d’individus connus pour leur dangerosité et qu’il serait vain, voire contre-productif de capturer, trimballer, emprisonner, juger, punir etc.

Je rejoins – c’est là un des rares points où je suis d’accord avec lui – le jugement lapidaire et précis de monsieur Ayrault, l’actuel Ministre des Affaires Etrangères : “«Un président ne devrait pas dire ça… la réponse est dans le titre“. Bien dit. Mais monsieur Ayrault poursuit : “C’est la seule chose intéressante du livre“. Et là je dis non, il y a plein d’autres trucs intéressants, eux, et utiles à connaître.

Quant à cette information même, les gens sensés ne vont pas lever les yeux au ciel en poussant des exclamations horrifiées : ça se fait, ça s’est toujours fait, ces choses là, et c’est très bien ainsi, quand c’est pour le bien de notre pays. Mais non, dix fois non, ça ne se dit pas. Et là les journalistes ont commis une faute lourde, ou alors sérieusement merdé : ils le savent très bien, eux, que ça ne se dit pas.

Tibert

Bicyclette et religion

J’apprends ce jour que le tracé du Tour de France 2017 (à vélo de course, pas à trottinette) est publié. Je vais vous dire : ayant vérifié qu’il ne passera pas chez moi – chouette ! –  je m’en balance, et comment que je m’en tape, du Tour de France 2017 à vélo de course, avec ses bagnoles-Mickey, ses casquettes Rikard et ses majorettes tortillant du croupion. Il peut bien faire le tour du Montenegro ou des Cornouailles, et qu’il aille au diable.

Ceci dit, je lis également que pour monsieur Macron, qui était tout récemment à Montpellier pour, entre autres, y visiter une enclave urbanistique genre “quartier” nommée La Paillade – alias La Mosson, c’est pareil – “aucune religion n’est un problème“. Et de nous expliquer que certes, la France a un sujet avec l’Islam (un “sujet” ? bizarre formule… de satisfaction ? de préoccupation ? cela n’est pas dit) mais qu’en France chacun est libre etc etc…, voyez l’article du Monde que je vous indique ici. Il a un positionnement et des formules décapants, monsieur Macron, et j’apprécie sa volonté de se démarquer des vieux clubs racornis et des paniers de crabes de gauche comme de droite ; mais prétendre que la religion, les religions ne font pas problème, c’est décourager le progrès, c’est capituler devant l’obscurantisme. Bien évidemment que si, les religions – et certaines plus que d’autres – font problème, à nous prendre pour des billes, nous conter des fables à dormir debout, nous empêcher de vivre en hommes (*), nous détourner d’une nécessaire et salutaire lucidité. Certes il faut faire avec, pour combien de décennies, de siècles encore ? quant à trouver que ça ne pose pas problème… enfumage et complaisance.

Tibert

(*) Les hommes : le genre humain… les femmes aussi, donc.

Hara qui rit froid

Je voudrais aujourd’hui, chers auditeurs, faire ici un peu de politicaillerie, glosant sur les productions littéraires de la semaine dernière – sur l’une d’elles en fait – le désormais fameux bouquin intitulé Un président ne devrait pas dire ça… (les secrets d’un quinquennat). Bien plus fort que le “Casse-toi pov’ con” qui fit hurler les vierges effarouchées – bien sûr qu’un président doit s’abstenir de dire ça… – voici les aphorismes façon Normal, on pourrait presque dire Normaliens.

D’abord, il est écrit sur la page de titre, et je recopie servilement, “président”, pas “Président”. Un président normal, donc, pas un Président-Majuscule. Et puis il est question d’ UN quinquennat, pas deux… voilà qui est clair, non ? ça ne vous éclaire pas ? alors enfonçons le clou, c’est là où je veux vous amener, c’est la pierre de touche de mon propos : Normal-Président nous livre là son “Salut les gars“, “Ciao ragazzi“, “See you” etc. S’il avait estimé avoir l’ombre d’une chance de rempiler victorieusement pour un deuxième mandat, évidemment qu’il aurait mis le holà à la publication de ses croustillants, cyniques, lucides, désabusés, consternants… commentaires sur la vie politique de ces quatre années écoulées. Il sait blaguer à froid, Normal, et – j’ai déjà eu l’occasion de vous le confier – j’apprécie chez lui cette forme d’humour, que je pratique moi-même plus modestement. Mais là si blague à froid il y a, c’est très très fort, et je lui tire mon chapeau : personne n’a l’air d’apprécier, ce qui est le fin du fin pour le blagueur à froid, le private joke du feu de dieu.

Voilà… ceci est une des pièces de son testament, apocryphe évidemment puisqu’il ne l’a point rédigé lui-même, mais avec son imprimatur, ça c’est sûr. Et que cela consterne dans son camp – son camp-panier de crabes, où des tas d’ingrats jusqu’auboutistes lui ont savonné la planche alors qu’ils lui doivent leur bifteck – me réjouit profondément. C’est un joli pavé dans le marigot que Normal nous lègue là. Cynique ? certes, contestable, oui bien sûr, mais dépouillé de toute langue de bois, et ma foi, rafraîchissant.

Tibert, in petto épaté

Dans quel sens ça se lit ?

La femme voilée d’aujourd’hui sera la Marianne de demain“;  c’est paraît-il un aphorisme hollandien. Je vous renvoie au commentaire du Figues-à-rôts, avec lequel je suis globalement assez d’accord, et notamment aux explications – éclairantes et positives – que Normal-Moi a données de son propos lapidaire et ambigu.

Mais s’il a fallu des explications, c’est que le sens en est foutrement mal tourné, ce qui étonne, s’agissant d’un homme qui manie l’anaphore comme un chef, “moi Président… moi Président… gnagnagna…”. A le lire benoîtement,  ce petit bout de phrase balancé comme ça vous annonce que Marianne se prénommera bientôt Maryam, et qu’elle sera bâchée…  On le sait, Marianne, deux-n-e, a  sa coiffe statutaire – c’est le cas de le dire – qui n’est pas un tchador, ni un niqab, encore moins une burqa – sinon comment la reconnaîtrait-on ? mais un bonnet, phrygien paraît-il. Il a voulu faire court et percutant, Normal-Premier, et son énoncé court et percutant se prend les pieds dans le tapis. Avec les explications postérieures,  ça passe, d’accord, mais alors ça fait une accroche un peu longuette et tarabiscotée. Il aurait voulu rattraper une bourde, il ne s’y serait pas pris autrement.

Tibert

Des mots, du sens et des accords (désaccord ? )

J’ai regardé un peu la télé ce jour, une chaine d’informations… il y était question d’un débat qui hier – cette nuit chez nous – a opposé Hillary C. à Donald T aux USA. Peu me chaut ce qu’ils se sont dit, vacheries attendues et discours prévisibles, et puis ma religion est faite ; ceci étant, contemplant l’écran sans trop d’intérêt, je voyais y défiler un bandeau de texte libellé ainsi : “H. Clinton s’est dit favorable à…“. J’ai oublié de quoi il s’agissait – ça concernait sans doute l’action de la Russie en Syrie – mais j’ai en revanche bien vu la faute d’accord… H. Clinton est une femme, nous en sommes tous bien persuadés, et qui donc s’est dite favorable à … mais qui aurait pu  s’être dit que l’affaire était dans le sac, etc.

Bon, tout le monde s’en fout, ça ne changera rien aux élections états-uniennes, je sais. Mais les mots ont du sens, Hillary est une femme, il faut le lui accorder (le participe passé). Pour vous y retrouver, remplacez “dit” par “décrit”, ou “affirmé”, et vous le verrez tout de suite, l’accord…

Pas d’accord, en revanche, sur les qualificatifs employés par le Ministre de l’Intérieur à l’égard des types qui ont pété une vitre d’une voiture, ont jeté un cocktail Molotov à l’intérieur, puis bloqué les portières pour empêcher les passagers de se sortir du véhicule en  feu. Dans notre langue, c’est une  “tentative de meurtre”, voire une “tentative d’assassinat” vu que ça a fichtrement l’air prémédité, le cocktail M. ne s’étant pas trouvé là par hasard, désoeuvré, au bord du trottoir. Que ça se soit passé en un lieu peu touristique – je fais dans la litote, là –  et que les victimes soient des flics ne change rien au vocabulaire. Le vocabulaire, le voici, dans la bouche du ministre :

Ces policiers ont été « confrontés à une bande de sauvageons qui ont agi avec lâcheté », et qui seront « rattrapés ».

Le sauvageon, c’est d’abord un “arbre ou arbuste qui a poussé spontanément dans la nature ; le ministre ne fait probablement pas référence à ça, mais au sens figuré :”enfant farouche, qui a grandi dans l’abandon et sans éducation, comme un sauvage“. On se souvient peut-être qu’un Ministre de l’Intérieur antérieur, J-P Chevènement, avait employé ce terme imagé en 1999, parlant de mineurs multirécidivistes.  Ce qui avait d’ailleurs fait des vagues, madame Voynet et d’autres trouvant le terme choquant. Ici j’ignore  comment le ministre actuel sait que les agresseurs “ont grandi dans l’abandon et sans éducation“, vu qu’on ne les a pas encore “rattrapés“, comme quand on jouait dans la cour de récré. Mais quand on aura rattrapé ces sauvageons, qu’on leur colle donc une bonne taloche – et un ferme rappel à la Loi, non mais ! – pour leur apprendre à ne pas assassiner comme ça les gens dans la rue. En plus, brûlé vif, ça fait vachement mal.

Tibert

Et au fond, vous voyez quoi ?

Je lis ce matin, après avoir rapidement zappé les commentaires, exégèses et hyperboles “Cocorico” autour du match de foot d’hier – Onna-gaa-gné ! onna-gaa-gné !  – une amorce, un début, un trognon d’article du Figaro qui donne le début de la parole – mais pour le lire in extenso, c’est payant, ou alors abonnez-vous, rabonnez-vous, qu’y disaient – à monsieur Cambadélis, député socialiste et Grand Chef de son parti. Il déclare “... au fond, Macron veut faire échouer la gauche“. Et dans sa bouche, je pense que c’est un reproche.

Arrêtons-nous, lecteurs estimés, à cette affirmation : si monsieur Cambadélis signifie par là que la candidature de monsieur Macron va piquer des voix aux suffrages du candidat PS, il a raison ! et ce au même titre que mesdames et messieurs Mélenchon – si du moins le PCF ne lui jette  pas un de ses ténors attendrissants dans les papattes –  X (Poutou ? pas Poutou ?) pour le NPA trotskyste, Arthaud pour Lutte Ouvrière trotskyste, Y pour les trotskystes tendance Machin – j’en oublie toujours une, Z  (Duflot, Jadot ou un autre) pour les Verts ou la chapelle qui se déclare telle, – et si ça se trouve il y en a d’autres, madame Taubira ça la tente bien, et tiens donc, si les “frondeurs” à-gauche-toute du PS façon Filoche, Lienemann, etc… s’y collaient aussi, je ne serais pas autrement étonné.  Résumons : Macron ? oui certes, mais pas que ! car tous ces superbes candidats entre 0,3 %  et 8 % ( celle-là c’est la fourchette optimiste du Mélenchon unifié et consensuel ) vont raboter d’autant les votes pour le PS ; eux aussi, “au fond, ils veulent faire perdre la gauche“, sauf à se ranger tels des godillots derrière le panache rose de, dites un nom au hasard…. voyons voir… quelqu’un du PS, tendance Normal-Premier, par  exemple ?

Eh bien oui que perde la gauche, cette gauche qui n’est plus qu’un appareil, une structure organisée pour sa propre pérennité. Idem pour la droite qui fonctionne de même, et les extrêmes qui vont avec sur les côtés : au diable les extrêmes et les extrêmistes. Car ce pays n’a surtout pas besoin d’apprentis sorciers théorisant leurs délires sociétaux (“une autre politique est  possible“, tiens donc !), les 32 heures,  interdire les licenciements, le droit de vote local à n’importe qui, embaucher massivement des fonctionnaires, nationaliser, le SMIC à 1500 euros et le “revenu d’existence” pour tous, que sais-je encore ? Il n’a surtout pas besoin qu’on finisse de saboter l’Education Nationale, qui fut un outil magnifique mais dont l’ambition aujourd’hui se résume à “apprendre le vivre-ensemble” – et de plus en plus illettrés.

Trois-cent-quarante-huit sénateurs (*), cinq-cent-soixante-dix-sept députés, le Conseil d’Etat, le Conseil Constitutionnel, plus de mille-deux-cent-quarante-quatre agences gouvernementales pour caser les copains, cinq virgule sept millions de fonctionnaires dont la plupart ne font rien de régalien du tout… et le  pire, c’est qu’ils se cramponnent.

De l’air, de l’air !

Tibert

(*) Tenez, voyez comme c’est beau, le Sénat, et son jardin donc !

 

Je suis pour l’anti contre

Je fus ce matin fort tôt interpellé par un titre de la presse quotidienne nationale (“nationale” = parisienne, la presse provinciale n’étant pas nationale) : “Lundi noir de mobilisation en Pologne contre le projet de loi anti-avortement“. Voilà : avec cette histoire polonaise, nous avons une superbe superposition de deux négations, “anti-” et “contre” ; je dirais même plus, trois négations, car “noir” c’est négatif, et tant pis pour le politiquement correct, Septembre noir, journée noire, broyer du noir, voir tout en noir c’est clairement sombre, négatif. Est-ce à dire qu’ a contrario “un lundi blanc“… ?  peut-être, mais si j’avais à peindre, tel Rimbaud ses voyelles, les jours de la semaine en polychromie, lundi serait noir de noir ! donc de mon point de vue,  “Lundi noir”, sans être vraiment un pléonasme, c’est un enfonçage de portes ouvertes.

Mais je me souviens vous avoir entretenus, il fut un temps, des circonlocutions ardues et par là-même confuses qu’engendrent les empilements de négations. Au passage, notons qu’à l’inverse, empiler les affirmations, les termes positifs, c’est juste inutile, voire pesant : “Lundi blanc en Pologne pour soutenir le projet de loi favorisant l’avortement“, ce serait d’abord ahurissant, connaissant les Polonais, et puis à quoi bon soutenir un truc qui roule tout seul ? autant aller bosser…  bref, revenons à nos moutons noirs, de quelle négativité parle-t-on ? ici intervient la MORALE, qui va vous indiquer le négatif et le positif.

Tenez : phobie et philie sont négatif / positif, opposés donc, mais dans quel sens ? stop, je vois que vous allez énoncer une ânerie : philie c’est positif, “on aime”, phobie négatif ? eh non, ça dépend du préfixe. Questionnez la morale ! le pédophile est un pervers, un prédateur, tandis que le pédophobe… si si ça existe,  j’en connais, est un vieux grincheux qui déteste les gosses, mais après tout ça vaut mieux que l’inverse, pas vrai ? et l’haltérophile ? ni bien ni pas bien, il soulève de la fonte, tout le monde s’en fout ; moi je serais plutôt haltérophobe, par paresse. Dans un autre genre plus kafkaïen, tout négatif, l’hémophilie est affreuse, et l’hémophobie bien gênante !

Revenons à notre lundi noir et polonais : deux-trois négations ça va encore, mais pas plus ! il s’agit en fait pour le gouvernement polonais d’interdire les avortements volontaires et thérapeutiques, et il y a là un non-dit –  mais je vous le dis, c’est dit c’est dit – cela ne supprimera évidemment pas les avortements, mais ça dédouanera les Chefs là-haut de tout conflit moral (!!), et puis surtout ça contentera les catholiques bigots, très nombreux là-bas. Simplement, si ce projet de loi aboutit, les Polonaises décidées à avorter, soit feront appel à l’aiguille à tricoter, la tige de persil, l’injection d’air ou de savon liquide… toutes opérations clandestines et surtout très risquées, soit prendront le large pour aller faire ça moyennant finances et dans des conditions sanitaires correctes en Allemagne, au Danemark ou aux Galapagos… mais pas en Pologne !

Alors reformulons  : la loi en projet en Pologne n’est pas “anti-avortement” : contrairement à un tissu anti-tâches, qui lui ne se tâche pas, sinon on va rouspéter chez le vendeur, elle n’empêchera pas les avortements, tout le monde le sait bien ; elle veut juste les rendre plus difficiles, plus risqués et plus chers. Ce qui est anti-tâches en revanche, c’est la vertueuse initiative du gouvernement polonais. Ce qui illustre bien l’aphorisme oh combien vrai du regretté Léo Ferré-Graine-d’Ananar : “Ce qu’il y a d’encombrant dans la morale, c’est que c’est toujours la morale des autres“.

Tibert

PS – J’apprends avec joie le sauvetage du site Alstom de Belfort, le gouvernement ayant décidé d’acheter urgemment (avec nos sous) quinze TGV pour rouler comme des trains Corail : bonne idée ! qui peut le plus peut  le moins etc etc… Dans le même esprit, si l’usine Aubade à Saint-Savin vient à capoter, mettre la clé sous la porte, je suggère que nos gouvernants achètent pour renflouer ce fleuron national un nombre significatif de dessous féminins, petites culottes, soutien-gorges, guêpières etc.

Deux balles et un gros mensonge

Une “alerte” du Monde me dilate assez la rate ce soir, et je ne résiste pas à la joie de vous permettre de dilater la vôtre itou. Tenez :

Près de 10 % des électeurs de gauche se disent prêts à voter à la primaire de la droite. Ils expliquent au « Monde » pourquoi. Une majorité d’entre eux veulent apporter leur soutien à Alain Juppé, face à l’inquiétude de devoir choisir entre Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen au second tour de la présidentielle.

Tout d’abord c’est mal formulé : les électeurs de gauche, que je sache, ne se poseront pas la question de choisir entre Sarkozy et Le Pen : comme Chirac en 2002, ils éliront très certainement et massivement, la mort dans l’âme,  “le moins pire”, comme on dit à Québec. Je reformule donc : “Près de 10 %  (…)  à la primaire de la droite : une majorité d’entre eux veulent apporter leur soutien à Alain Juppé, afin d’éliminer l’hypothèse terrible où ils devraient voter Sarkozy au second tour pour faire barrage à Marine Le Pen.”

Mais c’est grandiose, ça ! ça veut dire que le 20 novembre 2016 et possiblement le 27,  des milliers d’électeurs bien ancrés à gauche vont, la corde au cou et la tête couverte de cendre, se présenter aux simili-bureaux de vote  de la Droite, donner les deux euros du mensonge – ceux qui on leur carte d’adhérents LR, MODEM… ne paieront pas, c’est la moindre des choses – et signer un papier comme quoi ils adhèrent, évidemment qu’ils adhèrent !  aux valeurs de la Droite et du Centre. Ensuite ils pourront voter, les féministes pour NKM, les durs de durs pour Copé, les prudents pour Juppé, les autres pour n’importe qui sauf Sarkozy.

Tout ça est assez réjouissant, donne un éclairage cocasse sur les forces en présence, et le Roi de l’Anaphore “Moi-Président gnagnagna…” devrait percevoir, lui qui affectionne la blague à froid comme je l’aime, tout l’humour de cette information : “Notre idée de la France” (*) comme dit son slogan, c’est une France de gauche qui pense à sauver les meubles.

Tibert

(*) Quel slogan crétin : quelle idée ? où elle est, l’idée ?