On peut rien faire !

( Tenez : je viens de trouver cet article sur un truc super-branché : le « Niksen » (c’est du batave). Ce concept prometteur théorise et justifie le farniente en tant qu’activité, oxymore juteux… ! Buller, glander de manière organisée et structurée, c’est l’idée : ça fait un bien fou. Je confirme, je fus pionnier en la matière, expert en coinçage de bulle, mais incapable toutefois d’y donner un cadre structuré : il aurait fallu y travailler…)

Mais, au boulot ! je constate qu’on progresse dans la stupide quête du tout-correct / pas un poil qui  dépasse. D’aucuns, en effet, interrogent : Y-a-t’il trop de cigarettes dans les productions Netflix ? et d’autres rouspètent au nom de la cause animale, parce que deux ministres (*) sont allés assister à des corridas. Notez bien qu’ils n’y étaient pas es qualités, ces deux ministres ; il et elle y sont allés (ensemble ? eh eh, c’est à vérifier, ça, voyez Gala ou Clôser) sans costard-cravate ni tailleur-executive-woman, en simples illustres particuliers, possiblement en vacances et en espadrilles.

Et alors ? moi je déteste la corrida, je trouve ce spectacle ignoble. Qu’il y ait une beauté à ces tueries chorégraphiques (**), sans doute… soit… mais à mes yeux ça ne justifiera jamais de martyriser de braves mammifères pacifiques – avant qu’on vienne les emmerder salement. Battons-nous donc pour qu’on en finisse avec ces spectacles barbares. Mais un ministre en vacances y assiste ?  et alors ? c’est un quidam de plus dans la foule des amateurs de frissons tauromachiques. Si ça se trouve, la ministre de la Santé clope « off the records » comme un pompier, le président de la Ligue antialcoolique ne crache pas sur un bon Côtes-de-Nuits-Villages… tenez, dans moult films classiques, de Touchez pas au grisbi à Casablanca, ça fume à en obscurcir l’atmosphère. « The barber« , des frères Coen : ça pétune à mort du début à la fin ! des cigarettes à gogo, des gros cigares… et alors ? le film est contestable ? moins beau ? Bref, pour moi, à choisir entre un bon film-à-clopes et un navet aseptique, c’est vite vu ! Ce que nous subissons du Politiquement Correct est d’un pénible… peine-à-jouir… répressif ! Et ça ne va pas en s’arrangeant.

Tibert

(*) Jacqueline Gourault, ministre de la Ville, et Didier Guillaume, pour l’Agriculture.

(**) Les Romains appréciaient de voir les premiers chrétiens se faire déchiqueter par des fauves à jeun. C’était beau… et Jeanne d’Arc, se tordant dans les flammes de son bûcher : magnifique !

 

C’est pas parce qu’on a du mal avec sa page blanche que…

Un titre de film – un nanar – des années « porno » au début du septennat Giscard énonçait : « C’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule« , citant une boutade d’Audiard. Dans la même veine, il y eut : « Je sais rien mais je dirai tout« , « Comment réussir quand on est con et pleurnichard« , etc. Ces titres à rallonge sur des scénarios improbables et farfelus tentaient d’attirer l’attention des  clients – mâles, essentiellement – partis se rincer massivement l’oeil : la loi de 1975 libérant le porno filmé avait quasiment asséché la veine du cinéma « normal ». Dans l’enthousiasme et l’ivresse des débuts juteux, les promoteurs de films de cul aimaient à orner leurs productions de titres ronflants et inventifs du genre « Avec quoi tu soulèves l’édredon ?« , « Couche-moi dans le sable et fais jaillir ton pétrole« , et il doit y en avoir d’autres. Façon de compenser l’indigence, la minceur des scénarios et la répétitivité de scènes stéréotypées, connues d’avance.

Eh oui, c’est pas parce qu’on a rien à dire etc etc… : un long titre permet de masquer l’indigence du sujet. C’est ainsi que j’avais prévu de vous entretenir de l’indigence des actualités telles que les chaînes de télé nous les fourguent ; à vrai dire c’est quasiment cuit ! si j’étais producteur de JT, de Journal Télévisé, je songerais sérieusement à me recycler. Toutes les infos sont déjà connues au moment où le présentateur vous les réchauffe sous le nez ! On est saturés d’informations, on a même pu les visionner sur son mobile, sa tablette, on en reçoit même si on n’en veut pas… bref, le JT, c’est mort, nonobstant les reporters cadrés en plan américain devant l’Elysée et les reportages sur le nouveau café-épicerie-boucherie qui fait revivre le centre de Bouzeuil-sur-Gartempe. Mais, vous vous en doutiez ? oui ? … c’est bien la peine que je me décarcasse à faire un billet, tiens… ah c’est pas comme sous Giscard, quand Poivre d’Arvor surgissait sur l’écran du 20 heures : il allait nous dire des trucs qu’on ne savait pas, il nous apportait des nouvelles ! fraîches ! c’était une autre époque, on achetait le journal…

Maintenant c’est tout du réchauffé. Tiens, l’autre jour, à propos de cinéma, justement, Mocky rendait l’âme ; trois secondes plus tard c’était diffusé, quasi en direct : J-P Mocky est mort ! J’ai toujours été – ça n’engage que moi – réfractaire au cinéma de Mocky ; évidemment on lui a servi la soupe à titre posthume, la télé nous gratifiés d’une de ses oeuvres,  « Le miraculé« … j’ai bien essayé, je confirme : c’est vulgaire, moche, outré, même Jeanne Moreau y est détestable, c’est dire. C’est pas parce qu’on veut flinguer la religion et les pélerinages à Lourdes qu’on est obligé de faire ça de manière aussi crasse. J’ai abandonné au bout de cinq minutes. On en regretterait presque des trucs comme « Coupe-toi les ongles et passe-moi le beurre » : au moins le titre était marrant, à défaut d’autre chose.

Tibert

Quand ça déliveroue (de vélo)

Un délicieux article de ce site branché engins électroniques et autres gadgets indispensables, nous énonce que « Apple va délivrer des iPhone à des hackers pour renforcer la sécurité d’iOS« . Délivrez-nous des anglicismes stupides ! de fait, plus loin dans l’article sur les iPhone à des hackers, on se reprend, c’est reformulé en presque français : Apple va distribuer des iPhone « jailbreakés » (*) à des hackers pour qu’ils recherchent tous les défauts… eh oui, délivrer c’est chez nous supprimer une contrainte, couper des entraves (… mais délivrez-nous du mâle, par exemple, pour une prière féministe), et non faire une livraison, qui peut se dire tout connement livrer, distribuer, fournir, ou autre, suivant le contexte. Délivrer un message ? livrez-le donc, ça suffira bien.

Ce qui m’amène à évoquer les soubresauts de la plate-forme de livraison de bouffe à domicile et à bicyclette Deliveroo. Les émoluments des livreurs à vélo (pas les délivreurs, notez bien !) ayant changé en faveur des courses longues,  ceux-ci rouspètent, car ils préfèrent faire 3-4 courses courtes qu’une seule longue, c’est plus rentable pour eux – moins crevant aussi, peut-être ? Mais le système qui lie un restaurant, un client, la plate-forme de commandes-livraisons et le coursier, a sa logique perverse : il est tentant pour Deliveroo et consorts de court-circuiter les restaurants, c’est plus juteux ! donc on installe des cuisines « maison » (**) quelque part en banlieue, on y mitonne les trucs habituels – souvent « ethniques » – prisés des urbains branchés (kebabs, couscous, sushis, tacos, chicken wings et autres vacheries exotiques, beaucoup plus rarement du tablier de sapeur, du gratin de nouilles ou de la tête de veau ravigote), ça supprime un acteur, c’est tout bénef… mais il faut véhiculer la bouffe depuis cette lointaine cuisine ! et à vélo…

Bref, outre que par chez moi  les livreurs cyclistes seraient vite rebutés par le dur relief du terrain, outre que la conurbation où je crêche n’a pas la taille critique permettant de rentabiliser un service de livraison, je reste convaincu que cette évolution à commander des plats stéréotypés, improbables et tiédasses au lieu de se mitonner son petit frichti soi-même est une régression dans la civilisation. Boycottons donc tous ces pourvoyeurs, ces délivereurs de tambouille, non pour faire plaisir aux coursiers mécontents, mais pour préserver un peu d’humanité, de créativité, de noblesse à la fonction de manducation. Bénéfice secondaire, ça coûte moins cher.

Tibert

(*) jailbreakés ! oh qui dira le délicieux frisson du jargon technique pour épater le lecteur ! débridés, déplombés auraient fait l’affaire, mais ça n’est pas assez obscur.

(**) on appelle ça des dark kitchens ! bien sombres, les cuisines en question. C’est pour ne pas effrayer les cafards ?

Finasseries et débine des « aux »

Quasi personne n’utilise le pluriel de l’ail. Même celles-et-ceux qui préparent des aïolis, où il faut DES, pluriel, gousses. Et la fête de l’ail rose de Billom, dans le 6-3… C’est pourtant beau, les aulx ! Ma si, pas les eaux (*), ni les os, ni les zoos, mais les aulx ! Les ails, c’est d’un laid… et incorrect. Mais les équarrisseurs de langue, implacables et rabat-joie, feront la peau aux aulx : l’appeau et les zoos…

Ceci dit, je lis dans le Monde, à propos d’un petit progrès dans la protection de notre vie privée (les emmerdeurs-harceleurs au téléphone n’auront plus le droit de nous emmerder par leurs méthodes actuelles), je lis, donc : « le gendarme des télécoms espère protéger les utilisateurs finals contre les nuisances« . Les utilisateurs finalsfinaux, non ? cheval canal festival (oups, pas lui), fanal… fanal-fanaux, final-finaux, ça tombe sous le sens, non ?

Je consulte donc les ayatollahs de la langue (Julie La Rousse, en l’occurrence), et je lis ceci : « Les deux formes finals ou finaux sont admises au pluriel« . Façon de s’en laver les mains… plus loin, La Rousse explique pourquoi, je cite :

« il est préférable d’utiliser finals pour éviter une ambiguïté ou un calembour involontaire avec finauds : après élimination des candidats moins rapides ou moins chanceux, demeurent en lice les concurrents finals ».

Mais c’est justement ça qui était marrant ! Les candidats finaux… pour une fois qu’on pouvait sourire d’une phrase par ailleurs très ennuyeuse. Un calembour involontaire ? mais la langue se nourrit, précisément, de calembours ! Vive donc le calembour voulu, pourvu qu’il soit bon et à point (un bon calembour au lait cru, élevé sous la mer, moulé à la louche…). Je vous concède que « comment vas-tu-yau de poële ? » est assez pénible, mais au second degré, ça passe très bien : n’oublions pas le second degré, qui permet de recycler pas mal de calembours fatigués – et les utilisateurs finauds. 

Tibert

(*)  Clin d’oeil à Massy-Palaiseau, ville dont je me contrefous par ailleurs…

Kebab et (smart) faunes

( Je consulte par nécessité, ces temps-ci, les avis techniques sur les mobiles, les cellulaires, bref les smartphones, comme ils (les journaleux techniques) ont décidé de les appeler : un terme compliqué, long, moche, ampoulé et qui tapisse bien la bouche. Notez trois choses : 1) plus ça va moins ils sera nécessaire d’insister sur le côté supposé intelligent, smart, de ces bébêtes à abrutir : il n’y a plus rien d’autre, sauf quelques reliquats rustiques à grosses touches pour les pépés malvoyants ; autant supprimer smart, c’est par défaut. 2) Ces engins ressemblent de plus en plus à des planches à pain, bientôt il faudra un étui A4 pour les contenir : toujours plus gros, plus lourd, plus envahissant. 3) On nous assomme d’informations sur la puissance pour faire tourner des jeux, sur la fluidité des vidéos en ligne, sur un tas de trucs exotiques ou marginaux, mais jamais il n’est question dans les tests, de la capacité, tout connement, à capter le réseau – quand il y en a  – et à téléphoner ! il semble acquis que de ce côté tout baigne… je puis attester que non. Que ces messieurs-dames des revues techniques très parisiennes se déplacent de temps en temps à la cambrousse, ils découvriront que le réseau ne passe pas également partout et pour tous ; c’est même bigrement discriminant, voire critique. Mais je peux flûter…)

Et puis le débat Ndiaye-Morano… ah la la… quand la seconde ose émettre une critique envers la première… aïe aïe aïe, elle est noire, la première : donc on ne critique pas ! on ne peut pas critiquer, c’est tragique mais c’est comme ça. Que cette personne se fringue à la tribune officielle le 14 juillet comme une pom-pom-girl bleu-blanc-rouge, je m’en moque, on en a vu d’autres (*), le mauvais goût est une des choses les mieux partagées. Mais le coup du homard OU kebab, j’ai trouvé ça lamentable et ça m’a fichu en rogne. Cette femme est évidemment intelligente, du moins on le suppose… mais elle est très très mal renseignée, ou elle se fout de nous. Moi dans la dèche je mange des pâtes… des pâtes et des patates ; je remplace le filet de sole par du maquereau, et l’entrecôte par du paleron. Le pas-le-rond : ça tombe sous le sens. Mais jamais, jamais du kebab : 1) c’est un plat infaisable à la maison, il faut aller dans un restau et donc c’est forcément plus cher ; 2) outre le côté confessionnel qui me contrarie, outre l’ostracisme envers le porc, c’est souvent trop gras et trop salé ; rarement trop sucré, il faut bien l’admettre.

Tibert

(*) D’ailleurs je ne l’ai pas regardé, le défilé. Je boycotte le défilé du 14-07 : la confiscation de cette fête par les militaires et les engins de mort est injustifiable.

Quoi, le « live » et autres gracieusetés

( On aura perçu, je suppose, que la canicule est là ? oui ? ah bon vous êtes au courant, vous aussi ? et vous avez vu le street pooling ? (*) ah ah c’est marrant ces geysers de flotte foutue en l’air, ah ah y a même des blessés, des fois. Imaginez, si les pompiers ont besoin de brancher leurs tuyaux, c’est cuit ! marrant, non ? on se gondole, LOL etc. Mais, beuuuh… c’est des gamineries… des incivilités, des bricoles, et d’abord ceux qui font ça sont pas majeurs, alors keskon peut faire ? hein ? )

Et puis sur le thème de la délicieuse et grisante glissade de notre langue, puissamment impulsée par le journalisme – les glissades, c’est toujours vers le bas, surtout sans élan, et l’élan, ça manque – je vous recommande les pages du Monde consacrées à la Coupe du monde de foot féminin. Extraits de rosbif juteux et de kwa-kwa :

« Qui live ? Laetitia Béraud, etc etc… »

« Quoi lire en attendant ? Notre guide des équipes…« .

Qui live ? non ce n’est pas celle ou celui qui vit, qui a vu ou qui a vécu, c’est celle ou celui qui commente, en fait. Donc en fait c’est du direct-live – du direct, donc, c’est plus court, moins moche et aussi clair. Vous suivez ?

Et puis, Quoi lire en attendant ? nous avons quoi tout partout, maintenant, ça caractérise toute interrogation : Tuféquoi ? Quoi lire ? tenez, ce vieux ringard de Jean de La Fontaine, Le renard et les grenouilles : « Car que faire en un gîte, à moins que l’on ne songe ? »

Eh oui, bon sang mais c’est bien sûr : Que lire en attendant ? autre chose que des rubriques sports écrites en s’essuyant les pieds sur la langue – ce qui est assez sportif, vous en conviendrez.

Tibert

(*) Moi j’aurais essayé les bains de rue, mais un truc en … ing ça le fait forcément mieux, pas vrai ?

Philippe-piques

Je vous cause ici des derniers échos journalistiques sur le Premier Philippe… le Philippe barbu, qui quitte ces temps-ci la gent pileuse des « mal rasés » (très à la mode, le mal-rasé pas propre et qui pique, au désespoir de la maison Gillette) pour intégrer les rangs des VBA, les Vrais Barbus Authentiques. Le Monde, pas franc du collier (de barbe), titre : « Edouard Philippe se dit « fier » de la limitation de vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires » (sur laquelle, est-il ajouté, il n’entend pas revenir, et vlan ! pour les provinciaux). Or, verbatim, ledit Philippe a dit :  « Je suis attaché à tout ce qui peut garantir le plus haut niveau de sécurité routière. Nous avons sauvé des vies, et j’en suis fier… ». Vous pouvez chercher, vérifier, il n’est pas fier de la limitation à 80 gnagnagna… et on l’espère ! car, je le ressens chaque fois que je parcours par exemple les ex-nationales bien fichues devenues départementales (genre Feue la N89 Bordeaux-Lyon), c’est une mesure conne, adjudantesque –  je veux voir qu’une tête – vexatoire, jacobine – très parisienne en fait – et destinée à grossir les rangs des automobilistes forcément payants sur les autoroutes (quand il y en a), écoeurés de se traîner, impuissants, derrière des kyrielles de semi-remorques roumains ou lettons.

Mais passons… ailleurs, sur le Fig’ragots, on a aussi interviouvé Philippe, décidément ubiquiste et bavard comme jamais. Et là, titre claironnant, tataaaaaa ! : Pour une France forte dans une Europe solide.  Je ne sais pas – en fait, si, je sais ! – où il a acquis cette maîtrise du langage de bois massif, mais c’est là un bel échantillon ligneux. Et je me permettrai de marquer quelque peu mon désaccord : une France solide dans une Europe forte, ce serait nettement mieux. Sans évoquer ceux qui, plus nuancés, nous proposeraient une France poussiéreuse et coincée dans une Europe démissionnaire, etc.

Quant à cell’z’éceux (ceux, quoi) qui supposent que tout ce ramdam et ces coups de trompette c’est à cause des élections européennes, ce sont des soupçonneux et des paranos.

Tibert

Nos phares dans la nuit

Les canards nous racontent ce journaliste d’un organe sulfureux, très orienté et « indépendant » (sans carte professionnelle), mis en garde à vue puis inculpé etc… et désormais interdit de manifs du samedi, le pauvre. A cette occasion on apprend qu’un majeur brandi vers le ciel en forme de doigt d’honneur c’est une injure, et passible de poursuites, mais on s’en doutait.

On ne va pas s’appesantir sur ce cas devenu somme toute banal, la banalisation des gestes obscènes, des insultes et des slogans les plus ignobles, tant ce pays devient le pré carré des haineux. Mais je dois dire que je me suis fendu la pipe à lire l’article du Monde que je vous ai cité plus haut, qui relate un rassemblement de soutien à ce malheureux journaliste persécuté ; cet extrait en est la cause, je cite – c’est un peu long :

« Un couple de trentenaires en tenue d’été [c’est moi qui souligne, NDLR] faisait aussi partie des personnes venues en soutien. Kaspar Vogler, réalisateur de cinéma, ne participe pas aux manifestations des « gilets jaunes » et « se sent de gauche, plutôt PS », mais « a l’impression de se radicaliser et que plus personne ne nous représente ». « Les médias ne jouent pas assez leur rôle de contre-pouvoir aujourd’hui, estime-t-il. Gaspard Glanz incarne, avec quelques autres, une certaine forme d’indépendance. Même si son information peut être un peu partisane, c’est nécessaire aujourd’hui. » »

Voilà… le couple de trentenaires en tenue d’été… ! on s’y croirait, merci le Monde, c’est du vécu, ça. Et les médias qui ne jouent pas assez leur rôle de contre-pouvoir ! mais c’est eux le pouvoir ! eux qui nous dictent ce qu’il faut croire et penser. Nos lumières dans la nuit, cerveaux exceptionnels, QI prodigieux, formés, dans nos prestigieuses écoles du journalisme, à décrypter leur pénétrante vision du monde – parfois un peu partisane, certes – pour nous les simples d’esprit. On devrait leur baiser les pieds.

Tibert

No-show, lapin…

( Les canards bruissent tous d’échos et servent la soupe à Games of thrones, games of thrones par ci, par là, tout partout : ces jeux de trônes, a) je ne sais même pas de quoi ça cause et je m’en tape à un point que vous n’imaginez pas ; b) je leur souhaite le bide le plus total ; c) je les voue à la poubelle sans hésiter. De trône, je n’en fréquente qu’un , celui de mes houatères. On passe à autre chose, de plus consistant )

On cause sérieux, là, on cause bouffe, bouffe conflictuelle. Le Parigot et d’autres en traitent, et vous la soufflent, la version française du coup du type qui téléphone à 18 h 17 à la femme du patron « Au bon coin » ou « Chez Milou » pour réserver une table de quatre vers 20 h 30, et qui ne vient pas, laissant ladite table orpheline, et le manque à gagner ! et les clients qu’on a refusés ! il paraît que c’est fréquent… le client a fait faux-bond, mais en anglais de français anglolâtre on dit « faire un no-show« . Remarquez que c’est idiot, cette expression, ça se traduit (mal, c’est du charabia) : « ne pas montrer ». Ne pas montrer quoi ? ne pas se montrer, d’accord, ça aurait du sens, « not-show-oneself« , mais avouez, c’est nul, ces phonèmes barbares au mitan d’une phrase en bon français ! «  patron, keskonfé ? la résa de la 12 did not show itself ? « . Alors, forcément, on « fait un… (néologisme rosbif)« .

Nous, nous avons un lapin pour ça : ni tartiné de moutarde, ni chasseur, ni en gibelotte avec du vin blanc et des champis, encore moins en civet accompagné de pavés de polenta grillée… un lapin posé ! le client a posé un lapin, ce salaud (pas le lapin ; le client). Les Anglais eux-mêmes n’évoquent pas de lapin ni ne disent qu’on leur a fait un no-show ; d’ailleurs ils n’en mangent surtout pas, du lapin ! (*) non plus que des escargots ou des grenouilles ; ils ont un truc moins imagé que notre lagomorphe (**) ; on les « stood them up« . Pas fameux, hein ? pas assez claquant comme expression. Mais le problème de notre lapin, justement, c’est qu’il est ambigu : si l’on déclare qu’on a fait dix-huit lapins hier soir, étaient-ce des faux-bonds, ou des assiettes ?

Va pour le faux-bond, donc, et mort au no-show. On pourra constater que les remèdes actuels aux impolis et désinvoltes faux-bonds sont tous deux désastreux : 1) prendre le numéro de carte bancaire du type qui réserve une table, avec menace de rétorsions ; 2) refuser les réservations, et à la queue comme tout le monde ! dans les deux cas, c’est la mort de la bouffe festive et spontanée. Aller sur le Houèbe pour organiser un repas, pffft, vous voyez l’allégresse ! et puis j’ai horreur de faire la queue. J’aime autant une assiette de nouilles au beurre chez moi.  Ou du lapin ? réchauffé c’est encore meilleur.

Tibert

(*) Nous en mangeons, certes – sauf les phobiques et les végétariens – mais les Espagnols avec leur conejo, et surtout les Italiens et leur coniglio, en sont bien plus amateurs que nous.

(**) doctus cum wikipedia : le lapin fait partie de la famille des lagomorphes. Avouez, vous l’ignoriez. La lecture de ce billet n’aura pas été totalement vaine…

En panne

Vous savez sûrement que la panne a au moins quatre acceptions dans notre belle langue : la première panne, c’est la poutre, la pièce de bois qui relie horizontalement deux murs-pignons et qui supporte les chevrons de la toiture ; la deuxième ? « La panne est la graisse entourant les reins des porcs, aussi appelés rognons« . Cette panne est tout indiquée comme corps gras, et au diable le cholestérol, pour faire frire le boudin dans une poêle, accompagné (miam-miam) de patates en rondelles (de la Belle de Fontenay si possible) ou de quartiers de pommes genre Canada grise ou reinette ; si votre charcutier chéri ne vous en propose pas grassieusement et gratuitement avec vos 40,64 cm de boudin – soit 16 pouces, ou 1 pied 4 pouces pour les Etats-uniens amateurs de black pudding et qui préfèrent leur système merdique au système métrique – changez de charcutier !

La troisième acception voisine avec la quatrième, à une grosse différence près. Le bateau est en panne ? en fait il est à l’arrêt, ancres ancrées, immobile ou presque, mais ne vous y trompez pas, lui n’a pas besoin qu’on le répare ! contrairement à la bagnole en panne, au sèche-linge en panne… et au blogueur en panne ! Eh oui, le malheureux scrivaillon perplexe devant son écran blême à pas d’heure, tandis que la ville dort, qu’esse je vais bien pouvoir leur raconter ? et de se battre les flancs, en vain.

La restitution du Grand Débat ? bof. Je changerai d’avis quand on nous donnera – c’est le cas de le dire, au sens de dénoncer, balancer – la liste exhaustive des agences et missions rattachées à nos gouvernants, avec les effectifs, les budgets… et puis les intitulés (ronflants, forcément)… et les missions, justement ! attendez-vous à être épatés. Les budgets de bouffe dans les maisons de retraite, genre 2,50 euros par jour et par ancien ? ouais… valable, mais sujet rebattu. Voyons voir, voyons voir…

Mais Slate, l’ardoise en français, me donne le bon tuyau. Décoiffant ! je cite : « On a une idée de la durée des vacances à ne pas dépasser.  Pour profiter sans se lasser, il ne faut pas atteindre le point de béatitude. Une fois ce pic dépassé, l’excitation se mue en ennui. » Rien que de très banal, en somme : quand vous pouvez dire « tout baigne« , « tout va très bien« , c’est mathématique, ça s’appelle un extrêmum : ça ne peut donc qu’empirer, dégringoler, aller plus mal. Le truc, donc, c’est de rester juuuuste sous la barre du tout baigne, je m’éclate un max etc : gâtez un poil vos vacances, qu’elles ne soient pas farpaites ; et puis interrompez-les avant qu’elles ne vous emmerdent ! combien de jours ? à vous de voir, nous ne sommes pas égaux devant la pénibilité de vacances trop copieuses.

Et puis, appliqué au domaine du sexe, le propos de Slate a de la gueule, avouez : « Pour profiter sans se lasser, il ne faut pas atteindre le point de béatitude« . Eh oui, ça se sait ça, post coïtum etc etc… donc évitons d’atteindre le point de béatitude – je sais c’est dur – tout en essayant d’en être très proches. C’est toute la grâce que je vous souhaite.

Tibert