Sur le bouton Pause

Je m’en vais faire une pause. On reprendra quand on reprendra, ou pas.

Je m’aperçois billet après billet que nonobstant mes leitmotivs abondamment ressassés – trop ! – la barque continue de dériver, imperturbablement : autant pisser dans un violon ! Ce pays qui se nombrilise et se pâme avec son Pâris, ah Pâris… ; ce pays (*) où tout un chacun fume, a fumé, fumera du shit, de l’herbe… mais où ces produits sont strengt verboten ; ce pays où les flics se crèvent à courir après les voleurs mais où moult juges s’évertuent à les relâcher aussi sec ; ce pays suicidaire qui fonctionne avec la logique absurde Service Public DONC Fonctionnaires DONC {Avantages Acquis + Grosse Force de Nuisance} ; ce pays qui voit chaque grève-prise d’otages répétitive et abusive desdits fonctionnaires ou assimilés s’accompagner des manifestations du syndrome de Stockholm, abondamment brassé par les médias – ah c’est sûr ça nous emmerde salement mais on les comprend ! ; ce pays où les bandes mafieuses qui incendient des locaux publics et tendent des guet-apens aux flics ne sont qu’ une petite bande d’imbéciles et d’irresponsables (panpan-cucul ? rappel à la Loi ? dix heures de TIG ?) ; ce pays où appeler à l’insurrection suscite la plus grande bienveillance, quand manifester pour préserver la famille traditionnelle est vu comme carrément fasciste… bref ce pays est insincère, biaisé, faux-cul, maso, malsain – mal barré.

Et puis ce blog ne m’appartient plus, et là c’est le syndrome du coucou. Et puis je tourne un peu en rond, et puis on me dit que ça devient emmerdant. Donc : à plus tard, qui sait ? sous d’autres hospices auspices, ou ailleurs, ou pas du tout.

Tibert

(*) Tenez, cher Normal-Moi-ex-Président, une anaphore que la vôtre de 2012, à côté, c’est du pipi de scrivaillon stipendié par le PS – mais il faut reconnaître que vous la saviez par coeur et la déclamâtes bien. Et tout ça nous a fait un Président, ou ce qui en a tenu lieu.

A l’avance ou rien

( Une grève de cheminots inédite, dans des ateliers de maintenance des TGV : celle-là ils ne l’avaient pas encore faite ; pourtant ils y mettent de l’inventivité, ça foisonne… Et pourquoi s’embarrasser de préavis ? hein ? voyez l’article fouillé du Parigot sur le sujet : <<  la grève de l’année dernière, plus de 30 jours cumulés, la plus longue de l’histoire de la SNCF, a laissé des traces. Elle n’a servi à rien, grogne un cheminot, syndiqué. On a respecté les règles, déposé des DII (**). Avec ce système, la direction s’organise, le mouvement n’a aucun impact et on n’obtient rien. >>  Ah mais faut pas croire ça, mon gars ! pas se décourager ! si si, il y a de l’impact ! les clients (ooops… les usagers, usagés les décrirait mieux) qui supposaient pouvoir voyager, ayant acheté leurs billets et prévu leur déplacement à l’avance [ voir la suite de ce billet, NDLR] , eux, ils ont observé des effets, je confirme. Ils en ont bavé, encore et encore, et ça continue. )

Mais bon… je vous cause de préparer à l’avance, là (prévoir, etc…) : c’est un pléonasme, évidemment, vu que c’est pré-(avant) paré… essayez donc de préparer juste au moment de faire, ça ne fonctionne pas : il n’y a pas de préparation. Tout au plus pourrait-on utiliser la notion de séquence : préparer d’abord les raisins secs en les trempant dans le rhum, puis verser la farine gnagnana…  Plus fort, j’ai eu droit, au fil d’une page houèbe, à ce message manifestement incitatif , car sans point d’interrogation : « Pourquoi financer vos obsèques à l’avance« . Je ne l’ai pas lu in-extenso, n’ayant aucune envie de financer mes obsèques, perspective aguichante! premio j’ai mieux à faire de mes sous tant que je peux m’en servir ; deuxièmo, mes survivants, s’il en reste, trouveront bien un peu de blé pour m’assurer un départ décent, sans flonflons excessifs, bière (*) de luxe, tralalas inutiles.  Mais, indéniablement, pour financer ses funérailles, il vaut mieux s’y prendre à l’avance ! au moment de son dernier quart d’heure de célébrité, c’est plus difficile.

Tibert

(*) Celle-là ne se boit pas, mais se bois, et sans aucune modération.

(**) depuis 2007 certains cheminots qui veulent faire grève sont obligés de déposer une Déclaration Individuelle d’Intention 48 heures avant le début du mouvement.

Légal et Légitime sont dans un bateau

(Après la RATP, les avocats, les pilotes de ligne, les podologues… inventaire à la Prévert des professions qui ont LEUR caisse de retraite à eux, pourquoi, alors là… L’antienne, c’est « on a cotisé comme des malades, et maintenant on va verser tout ça au pot commun ? ça va pas, non ?  » C’est clair, ce ne sera pas facile. Du pain sur la planche avant d’arriver à remettre de l’ordre dans ce regrettable foutoir des retraites. Où l’on découvre, si on ne l’avait déjà constaté, que pour faire compliqué, résolument corporatiste et indémerdable, nous Français sommes champions. )

Mais au fait : un juge vient de relaxer des militants se réclamant de l’urgence écologique et poursuivis pour vol, façon « Macron ne fait rien pour le climat, donc on pique son portrait dans les mairies pour le brandir dans les manifs avec la tête en bas« . C’est nouveau, ça vient de sortir, voyez les articles ici et … c’est la notion de légitimité d’une action manifestement illégale. La Justice ne dit donc pas la Loi, mais ce qui – aux yeux du juge, car là il n’y a pas de textes, on marche sans filet, au feeling – est justifié, compréhensible et pertinent, nonobstant la Loi.

Notons le fait que les protestataires climatiques se payent ces temps-ci le portrait de Macronious qui, selon eux, « ne fait rien » ; on peut en déduire qu’avant lui et sa déplaisante élection en 2017, ça se passait de manière satisfaisante, Hollande, Sarkozy, Chirac… oeuvrant résolument et dans le bon sens. C’est juste ce sale type, là…

Nécessité fait Loi, dit la sagesse populaire ; la sagesse d’un juge lyonnais y ajoute Légitimité fait Loi : reste à définir ce qui est légitime ! Légitime donc nécessaire, et hop !… Dans cet ordre d’idée, d’aucuns l’ont déjà exprimé, c’est vraiment illégitime qu’on soit élu avec moins de 24 % de suffrages : pas un chiffre satisfaisant, pas légitime, allez hop à la poubelle ! il devient légitime de refaire l’élection (*). Le champ des possiblement légitime est ainsi largement ouvert : une nouvelle certaine Justice se fait connaître.

Tibert

(*) En revanche, dans les élections à 98,5 % de suffrages pour le candidat unique et pour le Progrès, le Peuple et le Socialisme, ce sont les 1,5 % de réfractaires qui sont manifestement illégitimes, et qu’il convient de punir.

Tout m’est chape

( C’était une psy débutante de mes amies, stagiaire dans un centre médico-machin pour gosses à problèmes : des ateliers-terre, modelage, vous voyez le truc… elle eut à rédiger son inévitable rapport de stage, comme de bien entendu, et y écrivit, entre autres considérations vaines et convenues, et dans le lyrisme abscons qui prévalait à l’époque pour toute communication intellectuelle  (« D’où tu parles ? », etc…) : « Tout m’est pâte, je suis pâte à moi-même« . Epatant, non ? )

Mais, foin du G7 et des menus des bouffes de ces messieurs-dames ! je m’en tape. Et je tombe, ce matin, sur le site France 24 qui énonce « Chappe de plomb sur le Cachemire« . Et d’une, mon correcteur orthographique proteste  sur chappe ; et puis je le savais, chape, pas chappe ! Bref je suis allé voir tout ça, et j’en reviens à peine. Car chape vient du latin cappa, avec deux p ! un p s’est égaré… mais tenez-vous bien, l’llustre Littré énonce ceci :

Chappe : poignée servant à fermer, à ouvrir un moule. On en apprend tous les jours !  Un moule, pas une moule, notez bien, quoiqu’un poignée d’ouverture des moules (pour les cuire en marinière, avec un Muscadet bien frais) serait bien pratique, et des huitres, donc !

Et j’y apprends par ailleurs que chape peut aussi bien s’écrire chappe ! Mes certitudes vacillent, en ce dimanche ensoleillé. Mon correcteur orthographique est un gros nul. Pour finir, je tombe sur Claude Chappe, le célèbre inventeur du télégraphe – et de ce mot, donc, qui le définit. L’industrialisateur des signaux de fumée, le type qui a permis de reléguer le coureur de Marathon au fond du classement : l’annonce d’une victoire en une heure à peine ! Je cite : « Le 1er septembre 1794, la ligne de sémaphore informa les Parisiens de la victoire de Condé-sur-l’Escaut (240 km de Paris, NDLR) sur les Autrichiens moins d’une heure après l’événement, grâce à une tour élevée sur le mont Valérien« . Philippidès le coursier grec n’avait, lui, que 42 bornes à couvrir pour annoncer la victoire, et il en est mort.

Bref, le télégraphe de Chappe, avec deux p, était en somme le précurseur de nos mobiles. Ceci dit, vu le boulot que c’était pour transmettre toutes les gesticulations signifiantes des bras articulés en haut des collines, on évitait d’en rajouter, à l’époque, et surtout pas des fake news – oups, pardon, des infox.

Tibert

 

On peut rien faire !

( Tenez : je viens de trouver cet article sur un truc super-branché : le « Niksen » (c’est du batave). Ce concept prometteur théorise et justifie le farniente en tant qu’activité, oxymore juteux… ! Buller, glander de manière organisée et structurée, c’est l’idée : ça fait un bien fou. Je confirme, je fus pionnier en la matière, expert en coinçage de bulle, mais incapable toutefois d’y donner un cadre structuré : il aurait fallu y travailler…)

Mais, au boulot ! je constate qu’on progresse dans la stupide quête du tout-correct / pas un poil qui  dépasse. D’aucuns, en effet, interrogent : Y-a-t’il trop de cigarettes dans les productions Netflix ? et d’autres rouspètent au nom de la cause animale, parce que deux ministres (*) sont allés assister à des corridas. Notez bien qu’ils n’y étaient pas es qualités, ces deux ministres ; il et elle y sont allés (ensemble ? eh eh, c’est à vérifier, ça, voyez Gala ou Clôser) sans costard-cravate ni tailleur-executive-woman, en simples illustres particuliers, possiblement en vacances et en espadrilles.

Et alors ? moi je déteste la corrida, je trouve ce spectacle ignoble. Qu’il y ait une beauté à ces tueries chorégraphiques (**), sans doute… soit… mais à mes yeux ça ne justifiera jamais de martyriser de braves mammifères pacifiques – avant qu’on vienne les emmerder salement. Battons-nous donc pour qu’on en finisse avec ces spectacles barbares. Mais un ministre en vacances y assiste ?  et alors ? c’est un quidam de plus dans la foule des amateurs de frissons tauromachiques. Si ça se trouve, la ministre de la Santé clope « off the records » comme un pompier, le président de la Ligue antialcoolique ne crache pas sur un bon Côtes-de-Nuits-Villages… tenez, dans moult films classiques, de Touchez pas au grisbi à Casablanca, ça fume à en obscurcir l’atmosphère. « The barber« , des frères Coen : ça pétune à mort du début à la fin ! des cigarettes à gogo, des gros cigares… et alors ? le film est contestable ? moins beau ? Bref, pour moi, à choisir entre un bon film-à-clopes et un navet aseptique, c’est vite vu ! Ce que nous subissons du Politiquement Correct est d’un pénible… peine-à-jouir… répressif ! Et ça ne va pas en s’arrangeant.

Tibert

(*) Jacqueline Gourault, ministre de la Ville, et Didier Guillaume, pour l’Agriculture.

(**) Les Romains appréciaient de voir les premiers chrétiens se faire déchiqueter par des fauves à jeun. C’était beau… et Jeanne d’Arc, se tordant dans les flammes de son bûcher : magnifique !

 

C’est pas parce qu’on a du mal avec sa page blanche que…

Un titre de film – un nanar – des années « porno » au début du septennat Giscard énonçait : « C’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule« , citant une boutade d’Audiard. Dans la même veine, il y eut : « Je sais rien mais je dirai tout« , « Comment réussir quand on est con et pleurnichard« , etc. Ces titres à rallonge sur des scénarios improbables et farfelus tentaient d’attirer l’attention des  clients – mâles, essentiellement – partis se rincer massivement l’oeil : la loi de 1975 libérant le porno filmé avait quasiment asséché la veine du cinéma « normal ». Dans l’enthousiasme et l’ivresse des débuts juteux, les promoteurs de films de cul aimaient à orner leurs productions de titres ronflants et inventifs du genre « Avec quoi tu soulèves l’édredon ?« , « Couche-moi dans le sable et fais jaillir ton pétrole« , et il doit y en avoir d’autres. Façon de compenser l’indigence, la minceur des scénarios et la répétitivité de scènes stéréotypées, connues d’avance.

Eh oui, c’est pas parce qu’on a rien à dire etc etc… : un long titre permet de masquer l’indigence du sujet. C’est ainsi que j’avais prévu de vous entretenir de l’indigence des actualités telles que les chaînes de télé nous les fourguent ; à vrai dire c’est quasiment cuit ! si j’étais producteur de JT, de Journal Télévisé, je songerais sérieusement à me recycler. Toutes les infos sont déjà connues au moment où le présentateur vous les réchauffe sous le nez ! On est saturés d’informations, on a même pu les visionner sur son mobile, sa tablette, on en reçoit même si on n’en veut pas… bref, le JT, c’est mort, nonobstant les reporters cadrés en plan américain devant l’Elysée et les reportages sur le nouveau café-épicerie-boucherie qui fait revivre le centre de Bouzeuil-sur-Gartempe. Mais, vous vous en doutiez ? oui ? … c’est bien la peine que je me décarcasse à faire un billet, tiens… ah c’est pas comme sous Giscard, quand Poivre d’Arvor surgissait sur l’écran du 20 heures : il allait nous dire des trucs qu’on ne savait pas, il nous apportait des nouvelles ! fraîches ! c’était une autre époque, on achetait le journal…

Maintenant c’est tout du réchauffé. Tiens, l’autre jour, à propos de cinéma, justement, Mocky rendait l’âme ; trois secondes plus tard c’était diffusé, quasi en direct : J-P Mocky est mort ! J’ai toujours été – ça n’engage que moi – réfractaire au cinéma de Mocky ; évidemment on lui a servi la soupe à titre posthume, la télé nous gratifiés d’une de ses oeuvres,  « Le miraculé« … j’ai bien essayé, je confirme : c’est vulgaire, moche, outré, même Jeanne Moreau y est détestable, c’est dire. C’est pas parce qu’on veut flinguer la religion et les pélerinages à Lourdes qu’on est obligé de faire ça de manière aussi crasse. J’ai abandonné au bout de cinq minutes. On en regretterait presque des trucs comme « Coupe-toi les ongles et passe-moi le beurre » : au moins le titre était marrant, à défaut d’autre chose.

Tibert

Quand ça déliveroue (de vélo)

Un délicieux article de ce site branché engins électroniques et autres gadgets indispensables, nous énonce que « Apple va délivrer des iPhone à des hackers pour renforcer la sécurité d’iOS« . Délivrez-nous des anglicismes stupides ! de fait, plus loin dans l’article sur les iPhone à des hackers, on se reprend, c’est reformulé en presque français : Apple va distribuer des iPhone « jailbreakés » (*) à des hackers pour qu’ils recherchent tous les défauts… eh oui, délivrer c’est chez nous supprimer une contrainte, couper des entraves (… mais délivrez-nous du mâle, par exemple, pour une prière féministe), et non faire une livraison, qui peut se dire tout connement livrer, distribuer, fournir, ou autre, suivant le contexte. Délivrer un message ? livrez-le donc, ça suffira bien.

Ce qui m’amène à évoquer les soubresauts de la plate-forme de livraison de bouffe à domicile et à bicyclette Deliveroo. Les émoluments des livreurs à vélo (pas les délivreurs, notez bien !) ayant changé en faveur des courses longues,  ceux-ci rouspètent, car ils préfèrent faire 3-4 courses courtes qu’une seule longue, c’est plus rentable pour eux – moins crevant aussi, peut-être ? Mais le système qui lie un restaurant, un client, la plate-forme de commandes-livraisons et le coursier, a sa logique perverse : il est tentant pour Deliveroo et consorts de court-circuiter les restaurants, c’est plus juteux ! donc on installe des cuisines « maison » (**) quelque part en banlieue, on y mitonne les trucs habituels – souvent « ethniques » – prisés des urbains branchés (kebabs, couscous, sushis, tacos, chicken wings et autres vacheries exotiques, beaucoup plus rarement du tablier de sapeur, du gratin de nouilles ou de la tête de veau ravigote), ça supprime un acteur, c’est tout bénef… mais il faut véhiculer la bouffe depuis cette lointaine cuisine ! et à vélo…

Bref, outre que par chez moi  les livreurs cyclistes seraient vite rebutés par le dur relief du terrain, outre que la conurbation où je crêche n’a pas la taille critique permettant de rentabiliser un service de livraison, je reste convaincu que cette évolution à commander des plats stéréotypés, improbables et tiédasses au lieu de se mitonner son petit frichti soi-même est une régression dans la civilisation. Boycottons donc tous ces pourvoyeurs, ces délivereurs de tambouille, non pour faire plaisir aux coursiers mécontents, mais pour préserver un peu d’humanité, de créativité, de noblesse à la fonction de manducation. Bénéfice secondaire, ça coûte moins cher.

Tibert

(*) jailbreakés ! oh qui dira le délicieux frisson du jargon technique pour épater le lecteur ! débridés, déplombés auraient fait l’affaire, mais ça n’est pas assez obscur.

(**) on appelle ça des dark kitchens ! bien sombres, les cuisines en question. C’est pour ne pas effrayer les cafards ?

Finasseries et débine des « aux »

Quasi personne n’utilise le pluriel de l’ail. Même celles-et-ceux qui préparent des aïolis, où il faut DES, pluriel, gousses. Et la fête de l’ail rose de Billom, dans le 6-3… C’est pourtant beau, les aulx ! Ma si, pas les eaux (*), ni les os, ni les zoos, mais les aulx ! Les ails, c’est d’un laid… et incorrect. Mais les équarrisseurs de langue, implacables et rabat-joie, feront la peau aux aulx : l’appeau et les zoos…

Ceci dit, je lis dans le Monde, à propos d’un petit progrès dans la protection de notre vie privée (les emmerdeurs-harceleurs au téléphone n’auront plus le droit de nous emmerder par leurs méthodes actuelles), je lis, donc : « le gendarme des télécoms espère protéger les utilisateurs finals contre les nuisances« . Les utilisateurs finalsfinaux, non ? cheval canal festival (oups, pas lui), fanal… fanal-fanaux, final-finaux, ça tombe sous le sens, non ?

Je consulte donc les ayatollahs de la langue (Julie La Rousse, en l’occurrence), et je lis ceci : « Les deux formes finals ou finaux sont admises au pluriel« . Façon de s’en laver les mains… plus loin, La Rousse explique pourquoi, je cite :

« il est préférable d’utiliser finals pour éviter une ambiguïté ou un calembour involontaire avec finauds : après élimination des candidats moins rapides ou moins chanceux, demeurent en lice les concurrents finals ».

Mais c’est justement ça qui était marrant ! Les candidats finaux… pour une fois qu’on pouvait sourire d’une phrase par ailleurs très ennuyeuse. Un calembour involontaire ? mais la langue se nourrit, précisément, de calembours ! Vive donc le calembour voulu, pourvu qu’il soit bon et à point (un bon calembour au lait cru, élevé sous la mer, moulé à la louche…). Je vous concède que « comment vas-tu-yau de poële ? » est assez pénible, mais au second degré, ça passe très bien : n’oublions pas le second degré, qui permet de recycler pas mal de calembours fatigués – et les utilisateurs finauds. 

Tibert

(*)  Clin d’oeil à Massy-Palaiseau, ville dont je me contrefous par ailleurs…

Kebab et (smart) faunes

( Je consulte par nécessité, ces temps-ci, les avis techniques sur les mobiles, les cellulaires, bref les smartphones, comme ils (les journaleux techniques) ont décidé de les appeler : un terme compliqué, long, moche, ampoulé et qui tapisse bien la bouche. Notez trois choses : 1) plus ça va moins ils sera nécessaire d’insister sur le côté supposé intelligent, smart, de ces bébêtes à abrutir : il n’y a plus rien d’autre, sauf quelques reliquats rustiques à grosses touches pour les pépés malvoyants ; autant supprimer smart, c’est par défaut. 2) Ces engins ressemblent de plus en plus à des planches à pain, bientôt il faudra un étui A4 pour les contenir : toujours plus gros, plus lourd, plus envahissant. 3) On nous assomme d’informations sur la puissance pour faire tourner des jeux, sur la fluidité des vidéos en ligne, sur un tas de trucs exotiques ou marginaux, mais jamais il n’est question dans les tests, de la capacité, tout connement, à capter le réseau – quand il y en a  – et à téléphoner ! il semble acquis que de ce côté tout baigne… je puis attester que non. Que ces messieurs-dames des revues techniques très parisiennes se déplacent de temps en temps à la cambrousse, ils découvriront que le réseau ne passe pas également partout et pour tous ; c’est même bigrement discriminant, voire critique. Mais je peux flûter…)

Et puis le débat Ndiaye-Morano… ah la la… quand la seconde ose émettre une critique envers la première… aïe aïe aïe, elle est noire, la première : donc on ne critique pas ! on ne peut pas critiquer, c’est tragique mais c’est comme ça. Que cette personne se fringue à la tribune officielle le 14 juillet comme une pom-pom-girl bleu-blanc-rouge, je m’en moque, on en a vu d’autres (*), le mauvais goût est une des choses les mieux partagées. Mais le coup du homard OU kebab, j’ai trouvé ça lamentable et ça m’a fichu en rogne. Cette femme est évidemment intelligente, du moins on le suppose… mais elle est très très mal renseignée, ou elle se fout de nous. Moi dans la dèche je mange des pâtes… des pâtes et des patates ; je remplace le filet de sole par du maquereau, et l’entrecôte par du paleron. Le pas-le-rond : ça tombe sous le sens. Mais jamais, jamais du kebab : 1) c’est un plat infaisable à la maison, il faut aller dans un restau et donc c’est forcément plus cher ; 2) outre le côté confessionnel qui me contrarie, outre l’ostracisme envers le porc, c’est souvent trop gras et trop salé ; rarement trop sucré, il faut bien l’admettre.

Tibert

(*) D’ailleurs je ne l’ai pas regardé, le défilé. Je boycotte le défilé du 14-07 : la confiscation de cette fête par les militaires et les engins de mort est injustifiable.

Quoi, le « live » et autres gracieusetés

( On aura perçu, je suppose, que la canicule est là ? oui ? ah bon vous êtes au courant, vous aussi ? et vous avez vu le street pooling ? (*) ah ah c’est marrant ces geysers de flotte foutue en l’air, ah ah y a même des blessés, des fois. Imaginez, si les pompiers ont besoin de brancher leurs tuyaux, c’est cuit ! marrant, non ? on se gondole, LOL etc. Mais, beuuuh… c’est des gamineries… des incivilités, des bricoles, et d’abord ceux qui font ça sont pas majeurs, alors keskon peut faire ? hein ? )

Et puis sur le thème de la délicieuse et grisante glissade de notre langue, puissamment impulsée par le journalisme – les glissades, c’est toujours vers le bas, surtout sans élan, et l’élan, ça manque – je vous recommande les pages du Monde consacrées à la Coupe du monde de foot féminin. Extraits de rosbif juteux et de kwa-kwa :

« Qui live ? Laetitia Béraud, etc etc… »

« Quoi lire en attendant ? Notre guide des équipes…« .

Qui live ? non ce n’est pas celle ou celui qui vit, qui a vu ou qui a vécu, c’est celle ou celui qui commente, en fait. Donc en fait c’est du direct-live – du direct, donc, c’est plus court, moins moche et aussi clair. Vous suivez ?

Et puis, Quoi lire en attendant ? nous avons quoi tout partout, maintenant, ça caractérise toute interrogation : Tuféquoi ? Quoi lire ? tenez, ce vieux ringard de Jean de La Fontaine, Le renard et les grenouilles : « Car que faire en un gîte, à moins que l’on ne songe ? »

Eh oui, bon sang mais c’est bien sûr : Que lire en attendant ? autre chose que des rubriques sports écrites en s’essuyant les pieds sur la langue – ce qui est assez sportif, vous en conviendrez.

Tibert

(*) Moi j’aurais essayé les bains de rue, mais un truc en … ing ça le fait forcément mieux, pas vrai ?