A la pêche au péché

Causons de monsieur Zemmour… il est quasiment à la Une de tous les canards, cet homme ! Tenez, Elle, cet hebdomadaire (?) féminin, truffé de pub à tous les coins de pages – nanas jeunes, lisses, fermées, posture hiératique, moue sévère voire méprisante, ostensiblement porteuses d’un sac Goutchi, d’une écharpe Air-Messe, du fond de teint L’encaume – Elle, donc, lui consacre plusieurs pages (*), démontrant et démontant son machisme et sa misogynie supposés… voilà déjà connu l’un des angles d’attaque destinés à le dézinguer, cet homme, si le besoin s’en fait bientôt sentir. A vrai dire, sachons qu’on fera feu de toute munition : il dérange madame Marine dans son objectif de finir deuxième, il trublionne la primaire des Républicains dont, d’ailleurs, monsieur Bertrand ne veut pas, persuadé d’être LE légitime. Restons calmes : si Zemmour doit y aller, comme on dit, on aura tout loisir de potasser, commenter, critiquer son programme : il faudra bien qu’il ait un programme… Et puis il vient de sortir (auto-édité, paraît-il, car son éditeur habituel a retiré ses billes) un bouquin, « La France n’a pas dit son dernier mot » (et lui non plus). A ce propos, Ouest-France, zélé chasseur de coquilles à marée basse, a trouvé un angle de critique pertinent : une faute d’orthographe ! « Dès les premiers mots, Eric Zemmour commet une faute d’orthographe… » . Ce n’en est pas une – le correcteur de l’ordinateur ne bronche pas – mais si, en fait, et d’une grande banalité. Comme d’aucuns écrivent à tort  « Il ne voulait pas finir en tôle »  quand il s’agit de taule, lui a trébuché sur la pêche (aux bigorneaux, ou de vigne, selon le contexte ) et le péché. Ce qui donne « J’ai pêché, je le confesse… Pêché d’orgueil, pêché d’arrogance …». C’est un péché bien véniel, on en conviendra, en ces temps où l’orthographe fait figure de science des imbéciles. Ouest-France en profite pour émettre l’hypothèse que l’auto-édition, cette solution de débrouille, de raccroc, exclurait la relecture : Zemmour n’aurait pas eu de correcteur ! C’est évidemment absurde, tout texte un peu fourni peut et DOIT être relu, pour y débusquer les maladresses, les contradictions, les coquilles, les allitérations disgracieuses… et les fautes d’orthographe ! Disons que son ou ses relecteurs ont péché par distraction…

Juste une remarque pour finir : Ouest-France cite une consoeur qui commente le pêché zemmouresque : « On sait que chez Proust comme chez Balzac, la première phrase est capitale et résume tout le roman » . Balzac ? sûrement pas. Balzac ne se lit pas d’un bloc, comme Simenon d’ailleurs ; Balzac c’est un feuilleton ! des romans, au pluriel. Concernant Proust en revanche, si « Longtemps je me suis couché gnagnagna… » a pu acquérir cette immense notoriété – supérieure au « ça a débuté comme ça » de Céline – c’est que nombreux sont ceux qui n’ont pas été beaucoup plus loin !

Tibert

PS – Je viens d’apprendre la mort de Julos Beaucarne. Adieu Julos (adios, donc, ça rime), on va te regretter chez les Wallons, chez tous les francophones épris de musique, de leur langue et de ses particularismes locaux – et savoureux !

(*) Au passage, un coup de chapeau, de bibi, à Elle pour un bon et long reportage sur les femmes afghanes et le retour des Talibans, reportage qui prend position fermement et sans ambiguïté, pour les femmes, justement.

Fou de treuc et couleur du vert

Tenez, bille en tête, une citation : « Bao au pulled pork chez Substrat-La Panifacture, dans le food court Food Traboule, dans le Vieux Lyon, le 11 septembre 2021 » . C’est la légende d’une photo de plat (*) présenté au Lyon Street Food Festival qui se tient présentement à Lyon, on l’aura deviné. Il paraît aussi, à lire l’amorce d’article – bien évidemment réservé aux abonnés – que « le voyage, ce melting-pot de chefs… » mais on ne saura pas la suite. Le « pulled pork » ici en cisManche (**), c’est de l’effiloché de porc (ça fait tout de suite moins appétissant), et puis le « food court Food Traboule » on pourrait le traduire – je suis sympa, je fournis l’idée gratuitement – par « la cour à mâchons Traboul’ Bouffe », qui sonne nettement mieux. Mais je me creuse le ciboulot en vain, là ; bien évidemment  il faut que ce soit en anglais, sinon c’est indigeste.

Le food-truck est impropre : en fait ce n’est pas un truck au sens états-unien du terme (un pick-up chez nous : un gros 4×4 avec une benne au cul) ; c’est un fourgon, et ça vaut mieux ! Essayez donc de cuire des galettes saucisse-oeuf-gruyère, juché sur votre benne et sous la pluie ! Non, c’est le bon vieux Tub Citroën aux tôles nervurées, le Peugeot J7 des paniers à salade noir-et-blanc d’antan, convertis en friterie, saucisserie, pizzeria… qu’attend l’Académie Françouaise pour y proposer un substitut de notre cru ? il n’y a pas de food-truck devant le Quai Conti, à Paris ? de camion-p’tit-creux, de fourgon-mâchon, de bouffe-à-roues ?

Cerise sur ce gâteau anglomane, le melting-pot, c’est simplement un creuset. Ah bon, ce n’est que ça ? c’est plat… eh non c’est tout sauf plat, un creuset, c’est creux, ça vaut mieux d’ailleurs, pour y chauffer un mélange jusqu’à la fusion.

Mais un dernier mot : ici, un intéressant article sur la couleur du vert. L’écologie est-elle de droite, ou de gauche ? louable et apparente impartialité, deux experts y  sont conviés à débattre, chacun d’un bord. Ma foi, si vous avez du temps, ça vaut le coup.

Tibert

(*) Une assiette, plutôt : Il n’y a plus de plat, tout est assiette. C’est individuel, l’assiette, et ça s’organise comme un tableau, avec, forcément, le trait de vinaigre balsamique épais et brun disposé artistiquement en face des rondelles de radis. Il paraît que ça se mange…

(**) cisTruc : de ce côté du Truc. Par opposition à transTruc, de l’autre côté. Cisgenre, transgenre, par exemple. Les préfixes cis- et trans- font fureur, très cher, en ce moment.

Si, si !

Enoncé  de maths : « Un triangle est isocèle » . Ah bon ? tiens…vous êtes sûr ?

Variante : « Un triangle est isocèle si deux de ses côtés sont égaux » : ça vous change la donne, pas vrai ? avec des si, on peut mettre Paris en bouteille, et surtout on nuance, on précise ses propos.

Ceci pour paraphraser le titre, puis le contenu d’un article de France-Info sur la visite de Macronibus à Marseille. Titre : « Les quartiers nord de Marseille sont une chance, affirme Emmanuel Macron » ... Ah vraiment ? ça ne me semble pas tout à fait évident, pour employer une litote.

Développement, sous le titre : « Les quartiers nord de Marseille sont une chance si nous nous donnons les moyens d’investir dans les personnes et de réinventer les lieux » . Vous voyez la nuance ? oui ? eh bien, si vous ne lisez que le titre, vous n’allez pas saisir ce qu’il a vraiment voulu dire, Macronious. C’est, disons, de l’information biaisée. Notez, ça va juste pile-poil dans le « bon » sens, la Bonne-Pensée, et vient conforter la maxime rabâchée à gauche sur cette chance pour la France – ajoutons-y maintenant, cerise sur le baba au rhum, l’inéluctable, irréfragable créolisation guettée impatiemment à l’horizon mélenchonien…

Bref les tendances rédactionnelles sont bien telles qu’on les connaît, France-Info campe à gauche, mordicus, et ses titres vont z’avec. Ce qui n’étonnera pas ceux qui prennent la peine de se renseigner un peu à gauche et à droite, ou inversement, si vous préférez.

Tibert

Nommer, plus ou moins

J’ai eu l’occasion de feuilleter un vieux numéro de Bébective de l’année 1963, à propos d’un assassinat en Auvergne : TOUS les noms y étaient. Les proches, les suspects, la victime, les lieux, tout. En ce temps-là, on ne prenait pas des airs de vierges effarouchées à propos de « stigmatisation » : Robert, Mouloud ou Paulette, on nommait.

De nos jours, on ne nomme plus, ouhlala non ! Le gars pris, les mains pleines de sang, un couteau tout poisseux à la main au dessus d’un cadavre égorgé de frais, c’est un « suspect », un « présumé »  ; sa couleur de peau ? son blaze ? rien. Vous pourrez vérifier aisément, les faits divers… pas de stigmatisation !

Sauf que, samedi dernier, une nana dans une manif « Anti-passe + vaccin assassin + GJ + Macron démission etc… » à Metz brandissait une pancarte citant des noms juifs – mais pas que – du genre « qui c’est qui tire les ficelles » . C’est lamentable, c’est une saleté de sortir de tels slogans, on est d’accord. Condamnable, c’est clair, sans être du même ordre que de violer et torturer une joggeuse avant de l’étrangler – chuut, là c’est « le suspect » , surtout ne pas stigmatiser. La pancarte anti-juifs, en revanche, on sait qui c’est ! visage bien visible et non flouté sur les photos, nom en caractères d’imprimerie dans les articles, pedigree détaillé. Il se trouve que « la suspecte » a – c’est dit clairement – fréquenté le RN, le parti de la Marine : si vous y voyez une justification pour qu’on lui réserve un traitement de faveur, qu’on la montre du doigt, qu’on l’attache au pilori et qu’on lui crache à la figure, vous avez bon.

Tibert

Tirages de couverture

( Le passe sanitaire… dans les vrais restaus « assis » , c’est jouable, on a le temps, entre la commande et la carafe d’eau sur la table – mais avant d’apporter les amuse-gueules. Mais dans les bars ? « Salut ! tiens, sers-moi un petit sauvignon – Ton QR-Code d’abord, Paulo ! » .  Vous imaginez ? moi pas trop, non plus. A mon humble avis il y aura des trous dans la raquette. La vaccination pour tous, sans nuance, aurait évité ce genre de système usine-à-gaz. Ceci étant, d’autres pays le font sans problème depuis jolie lurette ; aux USA, tout jeunot voulant aller boire un coup se voit demander par le patron ou le videur « Let’s see your ID » ( t’as une preuve que tu es majeur ? ). Il faut croire que c’est une autre culture… )

Mais au fait : l‘amorce d’article du Parigot sur la prochaine traditionnelle « manif du samedi » permet d’ouvrir plein d’hypothèses. D’abord, pourquoi des tas de Français, au lieu de pousser comme d’hab’ leurs caddies dans les allées des supermarchés pour refaire les stocks de cacahouètes goût fumé, de Daïète-Cauque et de pizzas surgelées, vont-ils pousser des hurlements et brandir des pancartes ? bonne question… et puis, tout le monde le dit, c’est un incroyable patchwork de revendications pour des tas de causes, de toutes nuances, unies, peut-être ? par la même curieuse haine de ce jeunot insolent et à rouflaquettes qui dirige le pays (*). Le Parigot pointe la chose : Mélenchon et Le Pen vont évidemment tenter de résoudre l’équation en leur faveur respective, de tirer à eux, chacun pour soi, la couverture des gueulards. Bon courage les amis ! la capacité à synthétiser « à la louche » sera mise à rude épreuve.

Tenez, Méluche est pour la science, si si, il se fait vacciner… Marine ? pas clair ! elle évite de communiquer là-dessus, même si a priori, oui, elle se ferait vacciner – en évitant la technique de l’ARN messager, précisait-elle : trop récent, pas de recul, gnagnagna… Bref, donnons-nous rendez-vous lundi, pour admirer les acrobaties des contorsionnistes, à LFI et au RN. Le match sera serré.

Tibert

(*) Curieux comme certains Français, nombreux, sont indulgents, voire ont un faible pour les présidents « doucement le matin, pas trop vite le soir« , façon Chichi ou Pépère, mais hargneux envers ceux qui s’agitent, prétendent faire bouger les lignes…

Aujourd’hui ? rien

C’est l’étiage. Les basses-eaux étales. Le jusant en fin de course. Rien à se mettre sous la dent du chroniqueur, sauf si l’on est accro aux exploits sportifs, évidemment. Mais pour ça, voyez vos canards habituels, ils essayent de faire mousser le truc, une médaille par ci, trois déceptions par là. Bon… les samedis bien noirs de chez Noir sur les routes, forcément, sinon la France ne serait plus la France ; le temps ? aff-freux ! comme de juste ; les prix (gaz, électricité, etc…) qui grimpent comme par enchantement quand on a la tête ailleurs. Que du très banal, quoi, en ce début Août.

Mais bref… hier, je suis allé me balader au bord d’une petite plage, je ne vous dirai pas z’où. Air vif et frais, basse mer (fraîche, elle aussi !), peu de soleil… peu de baigneurs ! vacanciers dispersés, pas du tout le genre bronzette à point et serviettes à touche-touche sur le sable. Et en retrait d’une levée de galets, trois bistrots alignés, aux terrasses bien remplies. Clairement, on est mieux avec un chandail à bavasser et siroter une mousse qu’à se geler les cacahouètes cent-cinquante mètres plus loin dans son maillot de bain. Devant un des rades, mais largement audible des trois, un couple guitariste-chanteuse avec un ampli… concert à la plage ! la nana module gentiment du blues ou similaire ; le guitariste accompagne, accords bien connus, classiques du genre. Les textes ? de l’anglais, du moins on peut le supposer, à tendre l’oreille : c’est du yaourt. Tout le monde semble se foutre, d’ailleurs, des textes en question. Que Germaine (appelons-la Germaine) chante en Rosbif « Allez tous vous faire mettre »  ou « Ah si je pouvais me gratter le dos » , aucune importance. A la limite, elle articulerait « lala, lalala… » , ça ferait pareil. Des textes ? quels textes ? (*)

Et, pensais-je, outre que de ces chansons on n’avait que la partie musicale, de quel droit ces deux musicos venaient-ils casser les claouis aux buveurs des terrasses ? si j’aime le calme, le silence, juste le bourdonnement des conversations aux tables voisines, je dois aller voir ailleurs ? Il se trouve que si l’on peut voir ailleurs, justement, ou toucher autre chose, on ne peut ni renifler, ni écouter ailleurs. L’odorat et l’ouïe sont comme ça, et donc nous imposer du blues – très-très moyen, le blues – là où nous sommes, c’est intrusif. Je proteste !

Au fait… j’ai lu il y a peu que l’on a installé, ici et là dans quelques rues, des radars à bruit ; juste à titre expérimental pour le moment. Le but : identifier et sanctionner les « mouches à merde » , mobs trafiquées-débridées, les motos à pots customisés, les caissons de basses à donf‘-vitres ouvertes, bref tous les amoureux des décibels déchirants. Une lueur d’espoir dans cette sombre actualité…

Tibert

(*) Une chanson c’est un texte lié à une musique, et vice-versa. Une belle chanson ? un bon texte enveloppé d’une bonne musique : les deux, mon capitaine. Un art mineur, disait Gainsbourg, qui en était un maître. Mineur, oui, mais bipède.

Pavés de bonnes intentions

( Ce titre de France-Info, ce matin : « Culture : le pass sanitaire exigé pour rentrer »  (sous-entendu, dans les musées, cinémas…). Hélas, à propos de culture, il faudrait à nos chers journaleux un passe de logique, de musique – écoutez donc ce pourrrentrer… ! – et de français : pour rentrer, il faut d’abord être sorti. Véhicule indispensable, le français n’en est pas pour autant ménagé ; certains s’essuient les godasses dessus. )

( Et puis tiens, lisant hier un bouquin de Florence Aubenas, je suis tombé sur cette laide formule franglaise : l’ « ADN retrouvé ne matche pas avec celui de …  » (*) . Bien. To match, verbe transitif rosbif = coïncider avec, correspondre à ; donc l’ADN retrouvé ne correspond pas à celui de… ; je sais, c’est mou, ça ne claque pas. C’est une journaliste, donc il faut que ça claque, pas vrai ? match ! paf ! Soit, mais on a la colle, nous ! L’ADN retrouvé ne colle pas avec celui de…. français, clair, court et propre. Allez, Seccotine (**), encore un effort. )

Mais à propos de l’affaire de la boîte israélienne NSO Group, qui a vendu à des états plus ou moins démocratiques mais presque (Azerbaïdjan, Mexique, Maroc, Bahreïn, Arabie Saoudite, Inde…) son logiciel Pegasus, destiné soi-disant à piéger et surveiller les « méchants » , trafiquants, mafieux et autres comploteurs , mais qu’on a en fait pas mal utilisé à espionner des journalistes, des hommes politiques, des opposants : les dirigeants de NSO arguent que leur logiciel partait d’une bonne intention, et a permis de sauver moult vies, grâce à la surveillance des malfaisants. Laissons à NSO la responsabilité de ses vertueuses protestations ! Un couteau, ça sert aussi bien à égorger qu’à émincer les carottes.

Mais revenons à la genèse de Pégase (tiens, le Cheval de Troie s’appelait Pégase ? avec des ailes aux sabots ? ah…). Les créateurs de NSO ont d’abord, je cite,  développé « un logiciel d’identification d’objets dans des images ou des vidéos qui renvoyait ensuite les utilisateurs vers un site de vente en ligne » . Chouette idée, non ? vous photographiez un vieux chausson au bout du rouleau, clic, hop, et en deux-trois secondes A-Ma-Zone ou AbaLili vous sort quatre pages de charentaises rutilantes ! il  reste juste à choisir et acheter. Mieux : pourquoi attendre que vous ayez photographié l’objet et actionné la recherche ? en se branchant discrétos sur la caméra du mobile, on capte, on analyse, on identifie, et on propose ! C’est intrusif ? bof… si peu…

Et tenez, si vous doutez encore… aujourd’hui c’est demain ! madame Gougueule est à l’écoute 7/7, 24/24 sur votre mobile, à moins que vous ne le mettiez en sommeil, et elle avec. Hier ma copine causait à voix normale, modérée, à 2-3 mètres de son cellulaire : cette dame a lancé, sans qu’on lui ait rien demandé : « Je ne comprends pas votre question » . C’est cocasse, c’est drôle ? tant que madame Gougueule ne vous cafte pas à qui de droit…

Tibert

(*) En franglais respectueux des règles grammaticales, ce devrait être « … ne matche pas celui retrouvé… » . Mais là ça devient abscons, voire encore plus court.

(**) Seccotine, célébrissime journaliste, terriblement féminine, et pot-de-colle ! chez Spirou et Fantasio.

Pluralité dans l’unisson

(Macronibus s’est enfin décidé à dire les choses crûment : soit on se fait vacciner, soit on se moque de la santé des autres et du bien collectif : donc on se fait vacciner, point-barre ! Les fanatiques anti-vaccins « en général » vont rouspéter ? qu’ils rouspètent, qu’ils flûtent ! On ne va pas se retaper du confinement, des couvre-feux etc… à cause de l’égoïsme des uns (je m’en fous, je suis jeune et je crains rien) ou des lubies des autres (et si ça change mon ADN ? et s’il me pousse des bubons ?). Une bonne décision, pas trop tôt. )

Mais au fait : le pluralisme rédactionnel de la presse… il est loin le temps où mon pépé, fumant ses Gitane-maïs, lisait tous les matins « son » journal, l’Aurore (disparu, racheté par Le Figaro il y a un bail). Moi j’achetais Le Monde le soir à la gare, il y arrivait plus tôt… de nos jours on peut, sans trop se ruiner, butiner entre la radio, la télé, les sites internet : faire son miel des informations glanées à gauche ou à droite, c’est le cas de le dire ! Car quoi de commun entre les lignes de, disons, CNews et Arte ? Entre Mediapart et BFM ? Tenez, le « bal des migrants » , à Paris – forcément à Paris – et dont j’apprends qu’il avait déjà eu lieu l’an dernier… chez Médiapart, on est pour, et l’on dénonce des bobards, des infox « contre » ce bal délicieusement transgressif ; chez 20-Minutes, les infox « malveillantes » sont des infos sérieuses : il y a vraiment pour cette sauterie un DJ qui veut que les « blanc.he.s » (écriture délétère !) restent derrière. Bref : les infos changent, d’une source à l’autre.

Et justement, à France-Inter et Europe-1, ça renâcle dur : d’aucuns veulent y introduire de la diversité politique, pas vraiment souhaitée par les gens bien en place. On sait la ligne éditoriale de France-Inter jusqu’à présent, pétrie de Politiquement Correct. Si un chouïa de diversité, de dissonance dans le discours lisse et convenu s’y introduisait, ça serait, ma foi, bienvenu ! Un peu d’air frais, de controverse, et moins de prêchi-prêcha « Bonne-Pensée » , ça ferait du bien. Les journaleux, même de gauche, comme phares de l’intellect, très peu pour moi.

Tibert

PS – Je ne résiste pas à vous citer cet entrefilet délicieux du Fig’ragots de ce jour. Tenez : « L’Espagne ressert la vis face à une explosion brutale des cas du variant delta » . Patron, remettez nous ça, une vis, sans faux-col !

Rentrez votre commune

( Le Tour de France ! ouaaiiis ! Un canard de l’aube (de l’Aube également, pourquoi pas ? un canard de l’aube de l’Aube) confie la joie d’un spectateur : « On revit !  » . C’est sûr que de voir à nouveau défiler des bagnoles-Mutella, des Girls-Choko-Popses sur le plateau d’un pick-up, des brocs  jaune vif « Ric’art » sur roues, c’est revigorant, ça fait oublier ces mois de confinement, ces plus de cent-mille morts. Et des vélos, avec des types dessus, au milieu, et qui pédalent. Au fait, une grosse chute collective s’est produite au cours du trajet : c’était une spectatrice qui s’était trop avancée, croyant à une corrida, et munie de sa pancarte en carton « Vas-y Poupou ! » (ou « Allez les Bleus ! » si elle a confondu avec l’Euro de foot)*. Eh oui, les bleus, les gnons… aux cuisses et aux épaules. C’est très con, n’est-ce pas ? c’est très con, c’est ça le Tour de France. Des vélos, oui, avec des galériens dessus, mais de la pâte à tartiner aux noisettes, de l’apéritif anisé, et des gens hystériques en bob siglé « Pastiche 52 », short, espadrilles et marcel, plantés au bord des routes, ou même carrément sur le bitume. )

Mais, le titre… il ne sort pas de mon imagination enflammée, mais de la page d’accueil du Figaro, ce matin : c’est élégamment formulé… Rentrez votre commune, qu’ils disaient. Lumineux libellé centré dans son cadre cliquable. Vous pourrez y « rentrer », comme suggéré, le nom de votre ville, si les résultats des élections vous intéressent. Les écoles de web-masters n’enseignent pas le français, mais les scripts, les balises et les hyperliens. La clarté, la concision et la précision ? bof… Le français ? whesh… on maîtrise ! on a le bac, minimum.

Tibert

PS – Après mûre enquête, cette nana est germanophone : sa pancarte largement trop large était dédiée à papa et maman ( «  Allez – opi, omi  » ), qui devaient sans doute, placés en face et munis de leur handy – leur téléphone cellulaire – immortaliser cette conn… ânerie. Ce n’est même pas pour une équipe de cyclistes qu’elle a envoyé 40 coureurs au tapis !

 

Capsules et tango

A Tou-loûseu, les automobilistes se garent comme partout : comme ça peut et en payant, forcément ; et comme partout ils font ça avec leur inséparable appendice, leur smartphone – bientôt obligatoire, vous verrez –  grâce à l’appli ParkNow. ParkNow, et pas Onz’Gare, SchnellParkieren, FissaParc ou PoseTonChar. Du Rosbif, sinon rien ! des fois que des Britanniques auraient besoin de se garer à Toulouse… dans la même veine, j’ai fini par découvrir ce qu’était en principe une story, sur YouYout’entube ou autre indispensable machine à tuer le temps, avaler de la pub et se fatiguer la vue. Mais, savez-vous qu’il existe un mot français pour ce genre de scénette éphémère de quelques dizaines de secondes ? une capsule. J’ai trouvé ça dans un roman, et ma foi ça vaut nettement mieux que le vague et creux story. Mais gageons que story l’emportera sans coup férir : c’est anglais.

Mais à Tou-loûseu, on croise en se baladant à pied dans la ville un kiosque ombragé sous de superbes platanes ; une sono portative déroule les notes argentines d’un bandonéon : du tango ! Des couples plutôt chenus s’y adonnent, là, à danser le tango, sérieux, concentrés, habités. Nulle violence, nulle atteinte à l’ordre public ; ça change des rodéos. Et je me disais, tiens donc, si notre juvénile Macronious, après avoir fait des selfies avec de beaux jeunes gens bronzés et torse nu, après avoir caressé dans le sens du poil les influençeurs du Houèbe à coups d’anecdotes juteuses et décontractées (les élections ne sont pas si loin, semble-t-il), si donc notre très communicatif président venait se dandiner sur la Cumparsita ou Como Te Quiero (*) avec la vieille classe ? hein ? Y a pas que les fauteuils roulants et les EHPADs pour rameuter des votes… « Vous venez souvent danser ici ? »

Tibert

(*) ça change agréablement de l’anglais.