Futurismes

Futuriste, cet article du Monde d’hier ( pas trop obsolète donc) ; n’ayant ni le temps ni la disponibilité d’esprit de fournir par moi-même un billet ce matin, je vous invite vivement à lire ça.

Pour moi, « Le couple voiture-hypermarché va disparaître » est un article de citadin pur et dur, un article de Parigot, pour tout dire.

Que les villes vivent cette évolution, c’est bien possible, et bigrement intéressant à lire.

Mais je formulerai deux constats ici, et m’en tiendrai là, je n’ai pas le temps de développer plus :

– l’habitat des villes est – globalement, sauf bien entendu quelques havres dorés ou cachés – un ramassis de clapiers inconfortables, exigus et indignes de nos moyens techniques modernes. Vivre de sorte qu’on entende, nolens volens, son voisin pisser et qu’on assiste, impuissant, à ses engueulades avec sa femme correspond ni plus moins à un environnement concentrationnaire. Si donc j’avais à noter les industriels du bâtiment et les urbanistes, je dirais : copies à revoir ! Il faudra faire des efforts pour nous donner envie d’habiter les villes.

– La voiture est ni plus ni moins, en ces temps et compte tenu de la structure de vie des campagnes, indispensable et vitale. Vitale, sauf à vivre avec un siècle de retard, comme nos arrière-grands-parents donc, qui prenaient leur journée pour aller « au docteur ». Les écolos-vélos qui ricanent n’ont qu’à monter la côte de Combre avec leur bécane et leur cabas rempli de victuailles sur le porte-bagages : ils comprendront ce que j’exprime ici.

Odieux visuel

Odieux débat sur l’audiovisuel public, ces temps-ci : les personnels de France Télévision, comme on dit, se battent, disent-ils, pour la survie, la qualité blahblahblah. Bon, soit… il est bien évident que la télé à coups de « Star Ac’  » et de « Koh-Lanta » ou « Vis ma vie », c’est direct poubelle. On est bien d’accord.

Mais la télé à coups de « Fort Boyard », « Amour Gloire et Beauté », « Magnum », « Inspecteur Derrick », « Dallas » (si, si, Dallas respire encore), « Tout le monde veut prendre sa place », plus des tonnes de pub’, le tout sur France Télévision, ce n’est pas mieux. Et quand il faut payer une redevance pour ces rognures de télé, ces « divertissements » poussifs, ces râclures de fonds de stocks Hollywoodiens, on trouve que les personnels de France Télévision se foutent de nous.

Donc, on est bien d’accord : couper la ressource pub’ pour le « service public » c’est lui couper les vivres, quelque part, refiler la manne publicitaire à TF1 et M6 notamment ( miam miam) et donc nous priver de toute possibilité de voir de la télé de qualité sur A2 FR3 etc. Encore faudrait-il que ledit service public se montre à la hauteur. On en est loin. On a du mal à adhérer.

Allez, autre chose, plus léger, pas méchant, anecdotique, sans conséquence : cette annonce de LIDL sur le Web : le concept de lecture pliable est en effet intéressant. Mais pourquoi pas ? métonymie, métonymie… on dit effectivement, par exemple, « je range ma lecture ». Et l’on plie son « Sud-Ouest » ou son « Nouvel Obs ». Et l’on range itou ses lunettes LIDL à 2,99 euros (pas 3 euros, hein, 2 et quelque !) achetées tout exprès pour cette presse pliable.   lecture pliable

Encore du vrac

La hantise du billétiste matinal c’est la panne sèche, l’aridité de l’écran blanc, le trou de sujet. Et pourquoi faut-il qu’écrivant cela j’aligne trois images, 1 panne sèche, 2 aridité etc, 3 trou de sujet ? parce que ça fait plus jouli, parce que si je ne donne que deux images c’est boîteux – sauf à y insérer un « et », pour rendre à ma phrase un balancement correct ( toujours ça de rempli pour ma rédac’ ).

Tout comme en musique, allons-y sur le parallèle écriture textuelle / écriture musicale : la reprise d’une phrase mélodique une note en dessous, puis encore une note en dessous… jusqu’à ce qu’on trouve la sortie. Exemple, le très connu refrain des « Feuilles mortes », que même Lionel le Pénible Disponible connaît, l’ayant  occasionnellement entonné : (chantez en lisant, vous verrez, c’est évident) :

C’est une chanson

Qui nous ressemble

Toi qui m’aimais,

Moi qui t’aimais…

Vous voyez, ici c’est même quatre fois la même phrase musicale, en décalage d’une note en dessous chaque fois. Trop fort, Vladimir Kosma !

Bon, mais je vais vous entretenir d’autre chose, en trois images, comme dans mon début de billet ; ça balance mieux comme ça.

1 – Le nouveau Président du Sénat est lancé dans une entreprise de réduction des frais de cet organisme inutile et fort coûteux, et s’efforce de communiquer sur le sujet… j’ai une meilleure idée : par ces temps de débine, au lieu de virer les postiers et de fermer les bureaux PTT dans nos campagnes profondes, qu’on affecte donc les Sénateurs à la distribution du courrier : ils serviront au moins à quelque chose, et retrouveront la forme, du moins ceux qui feront leurs tournées à vélo.

2 – Je le disais bien, ou plutôt l’écrivais bien : « Les Français préférent les prix bas aux promotions ponctuelles« , je ne l’invente pas, voyez ce lien. Donc, ras le bol des « semaine anniversaire », des « 3 jours de prix fous », des « prix coûtant sur les épluche-légumes » et autres niaiseries : des prix tirés et corrects tous les jours, point. Et ça permettra à des milliers de marquéteux,  devenus inutiles, de se reconvertir, euh, disons dans les PTT, il paraît qu’on va manquer de postiers dans les campagnes.

3 – Là où je crêche, le téléphone mobile est limite inutilisable : Orange c’est faible faible, Bouygues, dehors sur la route à 30 mètres à la rigueur, SFR faut monter sur un arbre, en hiver c’est dur. Donc comme mon pauvre cellulaire ne capte presque que pouic et s’épuise à la tâche, je souhaite en changer. Justement, celui de ma louloute capte nettement mieux, mais il est vieux et à moitié cassé. Que faire ? me faire offrir pour Noël un nouveau mobile, doté, lui,  d’une bonne sensibilité… et alors ? et alors NULLE PART n’existe une mesure, une notion de sensibilité des mobiles. Ah ça pour la couleur rose, les aptitudes à jouer du MP3, les musiques d’appel, le dessin du boîtier… tout ce que vous voulez, mais aucun renseignement sur la sensibilité. A croire que nous sommes tous citadins, et tous à moins de 300 mètres d’un relais de téléphonie, en plaine, et à vue.

C’est une bouteille à la mer, ce paragraphe 3 ; mais si quelqu’un dans l’assistance détient des informations pertinentes sur la hiérarchie des marques de mobiles quant à la capacité à capter dans des conditions défavorables, qu’il se manifeste et parle sans crainte, il aura droit à toute mon attention, voire à ma reconnaissance.

Discrimination sexiste, toujours

La langue est bizarre, on le découvre tous les jours, du genre des mots affecté au petit bonheur – quoi de plus féminin qu’un corsage, un vagin ? – à l’usage des adjectifs composites, tels rectiligne et isochrone… rectiligne et curviligne font la paire, et recti- (droit) fait pendant à curvi- (courbe) ; mais son voisin iso- (égal) se trouve, lui, orphelin, a perdu son frère ennemi, erre seul dans la langue. Où est passé « inégal-chrone » ?? où es-tu, an-iso-chrone ? anisochrone est hélas inusité, et isochrone, tout comme isobare, isocèle, isocline, iso… etc, sont seuls au monde. Pauvres iso(s)… y z’au…raient pu y remédier, tout de même.

Et rectifier, hein ?  encore un qui est tout seul, lui aussi. Curvifier est aux abonnés absents. Et pourquoi ne pourrait-on pas curvifier une structure rectiligne ? hein ? tout ça fait la part belle au droit, au tout droit, et, écrivons-le, n’ayons pas peur de le coucher sur le clavier du portable, à la morale victorienne, au « straight« , comme on dirait outre Manche, et même nettement plus loin – vous pouvez continuer à nager – outre-Atlantique.

« Straight« … justement, j’y viens !  car la cerise sur le gâteau, celle que je voulais poser, vermillonne et visiblement bourrée d’additifs, au sommet de ce billet, là d’où je vous écris (tôt sous la neige, ravitaillé par les corbeaux), ce sont les deux composites violemment sexistes, carrément réac’ : hétéroclite et hétérodoxe. Où sont passés homoclite et homodoxe ? hein ? disparus corps et biens, probablement victimes d’une expédition anti-homos.

L'épaisseur du trait

L’épaisseur du trait de la démocratie, s’entend.

Ayant pas mal glosé sur les caténaires (donc, féminines, les caténaires), sur la langue et le Beaujolais nouveau, sur la difficulté de faire entrer un déménagement de 220 m2 dans un 150 m2, sur le dicton « neige en novembre, gla-gla-gla en décembre », il faut bien sortir de l’impasse, et donc sortir idem un billet salvateur sur l’impasse du PS. Trouver une issue à l’impasse, qui dès lors n’en sera plus une.

Ben oui, moi aussi j’ai le droit d’en traiter, de l’impasse du PS.

Mme Royal était donc allée attendre et fêter sa supposée victoire dans un resto chic du 7ème arrondissement (de Paris, sous-entendu) ; c’était évidemment moins dur que sous une tente Quechua « clic-clac » au bord du canal St Martin. Et patatras, Mme Aubry pétait tous les compteurs les plus optimistes dans le ch’Nord… bien évidemment, c’est là qu’elle crêche, donc c’était fastoche. Et ladite Mme Aubry virait en tête au virage des tribunes, et l’emportait d’un poil. Un poil de duvet : 42 voix sur 230 000, soit 1,8 pour 10 000 : allez, à la grosse, 2 petits militants pour 10 000. Un souffle, une paille, une erreur de mesure.

Du temps où j’usais mes fonds de culotte sur les bancs des cours de physique, on m’enseignait la bonne gestion des ordres de grandeur, et la notion d’approximation. Et une élection où l’on compte à la main des bouts de papier, 230 000 bouts de papier, dans des coins sombres, sur des tables tâchées de Beaujolais nouveau, couvertes de cendres de cigarettes, avec des préposés au comptage pas forcément clairs dans leur tête, je dirais, au pif, que sur 1 000 bulletins, il y a bien 1 chance de se planter. Entre 999 et 1 001 bulletins, quoi. Et si l’on recompte, ça devient 1 sur 2 000 : entre 999,5 et 1 001,5.

Bon, vous suivez toujours, où je vous réveille ? donc, on compte les tas de Royal, et les tas d’Aubry. et l’on se plante un peu. Dans quel sens ? ah là c’est aléatoire. Allez savoir, ma pauvre dame. Mais ce qui est remarquable, ici, c’est que les élections, ce n’est pas comme au foot, c’est comme au tennis. Eh oui: au foot, si le score est 4-2, et que vous invalidez le dernier but du vainqueur, ça fait 3-2, pas 3-3 : ça ne donne pas le but à l’adversaire pour autant ! Aux élections, en revanche, si un bulletin passe de la pile Aubry à la pile Royal, c’est moins 1 pour Aubry, et +1 pour Royal. Donc, faites basculer 21 bulletins de la pile Aubry à la pile Royal, et c’est l’égalité farpaite ! Basculez-en 22, et Royal gagne. D’un millipoil, mais elle gagne.

Bref : à 21 voix hésitantes près, à 21 croix dans la mauvaise case (il faisait sombre dans l’isoloir), Royal a loupé le coche. Soit moins de 1 sur 10 000. Comparez avec mes savants calculs d’erreur : 1/2 voix d’erreur sur 1 000. Et donc, on est largement dans le doute quant à la fiabilité du résultat.

Tout ça pour dire qu’en toute apparence arithmétique, mais au mépris de la bonne gestion des marges d’erreur, le FAR a gagné, d’un poil de cul. Le FAR : le Front Anti Royal. Ca ne fait pas un programme, un salmigondis de programmes Hamon-Aubry-Delanoé-Fabius-Lang-Hollande et tutti quanti, mais ça fait un barrage. C’est un programme, ça, un barrage ? Non, mais Royal n’a pas gagné, nananè-re.

Spaghetti sous les caténaires

… et j’écris « caténaires » au féminin, comme vous pouvez le constater ! non mais. Car si je mets caténaires au pluriel, ce n’est pas par ignorance du genre, pour éviter donc d’avoir à choisir entre « le caténaire » ou « la caténaire« , mais parce qu’en général les voies SNCF vont par deux, sauf les voies uniques ; il y a ainsi deux caténaires au dessus des voies. CQFD.

Oui, des spaghetti sans S, car c’est déjà un pluriel : mot italien, masculin, lo spaghetto, gli spaghetti … quoi de plus mâle en effet qu’un spaghetto, mais c’est insuffisant pour se nourrir, un’ spaghetto ; il en faut en général plusieurs, dei spaghetti – et sous les caténaires ! d’où ce double pluriel. Il eût été radin, voire malsain d’écrire « spaghetto sous la caténaire ».

Et pourquoi ce titre ? parce que la SNCF va confier ses voitures-bars à une société italienne ! « Fini, les affreux sandwichs au thon mous et glacés », claironne l’article dont au sujet duquel je vous cause – et remarquons au passage ce « fini » singulier, au lieu de « finis« , s’agissant de sandwiches au pluriel !! audacieux.

Oui donc, nous pourrons sous peu nous taper, dit l’article, ‘du «pain focaccia aux tomates mozzarella» à 5 €’ : fantastique, mais quand aurons-nous des spaghetti ? avec de la sauce bolognaise pour s’en mettre partout et sur les genoux du vosin quand il y a un cahot ? j’y tiens, moi, à mes spaghetti sur Clermont-Ferrand – Moulins en Corail Theoz.

Ceci étant, notons que l’article sus-cité pousse un peu quant aux baisses de prix « de 20 à 30% moins cher » : un café à 2,10 au lieu de 2,40, c’est 30 centimes de moins, soit 14 %, pas plus. Par ailleurs, quant les cafetiers vous fourguent une dose de 20 gr. de cahoua, acheté 6 euros le kilo, soit 12 centimes plus le sucre, à 1,50 euros au comptoir, ils se mettent une jolie marge dans la poche – avant 2002, c’était 5 francs. Donc 2,10 euros, ce n’est pas spécialement bon marché !!

Et terminons ce vaste tour d’horizon – sans omettre le match à 50,0002 contre 49,999 entre Martine et Ségo, ah quelle empoignade ! quel suspense au bout de la nuit ! – avec la baisse annoncée du prix du sandwich jambon-beurre : « de 4,10 à 3,50 €« . Petit calcul. Soit un tiers de baguette de pain à 1 euro , donc 34 centimes ; une feuille de laitue, grand luxe, disons 5 centimes, il y a bien 20 feuilles dans une laitue à 1 euro, une tranche de jambon SNCF à 14 euros le kilo, soit pour 60 grammes, je suis généreux, 0,84 euros, et disons 10 grammes de beurre, soit 12 centimes, à ce prix-là c’est de l’extra-fin : total 1,35 euros pour un magnifique sandwich frais, craquant, goûteux. Vendu 3,50. Bon, c’est juste un exemple, mais vous voyez…

Moralité, soyez  prévoyants : avant de prendre le train, faites vous cuire des spaghetti al dente et al pommodoro, mettez-les dans un récipient plastique étanche, emportez une fourchette plastique pour les entortiller autour, et mangez-les dans le train. Froids, les spaghetti, c’est infect, mais pas cher, et en plus ça ne mange pas de pain.

Y va pas tarder à arriver

En vrac :

Un déménagement hypertrophique hier, et je pèse mes mots. Assommant. On en reste sur le cul.

Un Beaujolais dans les startings-blocs, mais il y a longtemps qu’il est rendu chez les grossistes, c’est rien que du marketing, et il sera comme d’habitude, comme tous les ans, un fin nez de banane et de levures.

Un(e) Premier(e) Secrétaire du PS qui ne pas tarder non plus à arriver, sans goût de banane probablement, mais pour le marketing c’est râpé : toute la vieille garde recuite derrière Martiiiiine(*), alias mâame 35 heures (avec le succès que l’on sait), les Delanoé, Lang, Fabius, dont de nombreux pré-retraités de la politique, mais tous cramponnés à un mandat électif…

Une vignette automobile – coucou la revoilà – qui va pénaliser les gros moteurs à 250 gr CO2/km dans un premier temps, puis les moins gros moteurs, puis les encore moins gros etc… ça s’appelle « serrer le kiki » et on peut tous s’y attendre à plus ou moins brève échéance.

Une loi de plus qui n’est pas applicable, j’ai nommé le SMA, Service Minimal d’Accueil des élèves en cas de grève des enseignants : loi nulle car si les maires ne l’appliquent pas (« on peut pas, on n’a pas les moyens, etc etc ») il n’y a aucune possibilité pratique de les y obliger. Beau travail, encore un texte qui ira rejoindre le cimetière des 47.512 lois en vigueur mais pas appliquées – mais nul n’est censé les ignorer, n’est-ce pas…

Et un match de foot (France-Uruguay, m’a-t-on dit) nul de chez Nul, 0-0, ils n’auraient pas joué que ça aurait été tout aussi bien. Mieux valait un bon bouquin.

Allez, demain sera meilleur.

(*) Interrogée sur A2 par le père Pujadas, elle répète à l’envi « nous avons des propositions« . Chouette, elle a des propositions. D’ailleurs qui n’en a pas ? Les buveurs de petit blanc au comptoir ont tous des propositions. Même moi j’en ai, des propositions.

Vigo, médaille de bronze

Le Fig’à rôts de ce matin nous envoie dans les gencives une liste des « 100 plus beaux films du monde ». Ah ? je n’aurais pas eu cette idée, ni en musique (premier, la 5ème de Beethoven… 23ème, Viens Poupoule de Mayol) ni en littérature ( Dan Brown en compétition avec Proust), pas plus donc qu’en matière de cinéma, ou de chanson, ou d’architecture : l’intérêt et l’émotion que suscite une oeuvre artistique sont des sentiments personnels, non mesurables, changeants.

Ce qui est savoureux, c’est que le même journal nous donne des commentaires somme toute assez pertinents sur ce classement, notant l’absence d’un tas de belles choses (alors pourquoi nous vanter cette entreprise inepte ? ) mais aussi que le courrier des lecteurs abonde de réactions fort divertissantes, du genre « le jury est un con, le meilleur film c’est Les Charlots font du ski  » ou provocatrices, dans le ton « moi tous ces vieux trucs poussiéreux en noir et blanc m’ennuient, vive Hollywood ».

Bref, on est heureux de savoir que L’Atalante de Vigo a été primé, c’est un film magnifique, oui oui, mais qu’il soit derrière La nuit du chasseur, franchement, qu’est-ce qu’on en a à cirer ? Michel Simon serait moins bon que Mitchum ? et quoi encore ? cette entreprise de classement est inepte, je l’ai déjà exprimé plus haut.

Bref : qu’on nous recommande des oeuvres, oui certes, voilà qui est utile. Qu’on ait aimé Alice dans les villes – moi j’aime beaucoup – eh bien qu’on nous le dise (et je vous le dis), ça peut servir. Quant à décréter que ce film est devant Rio Bravo et derrière Mes chers amis, alors là… laissez-moi ma liste à moi ; en plus elle change tous les jours.

Bourgeoises

Je m’impose, souvent de bonne heure-de bonne humeur, de relire régulièrement mes billets d’un oeil critique (en fait, j’en ai deux, mais « un oeil critique », c’est une image : je ne suis pas borgne, ni cyclope, soyez rassurés). Pas pour singer Flaubert, ni pour satisfaire aux innombrables remarques, ajouts, critiques que vous m’adressez, chers lecteurs – vous pouvez y aller encore un peu, il y a de la place – mais pour ma propre satisfaction personnelle, comme on se rase le matin non pas pour son aspect extérieur, mais pour se sentir propre.

Bref, je relis « Avant l’heure c’est pas l’heure », et y trouve cela : « caténaires bourgeois ». Mon dieu mon dieu, quelle horreur. Ciel ! ma doué ! by Jove ! En effet : caténaire : mot féminin !!! C’est « caténaires bourgeoises » qu’il eût fallu écrire. D’ailleurs j’ai rectifié.

Et dire qu’aucun de mes lecteurs ne m’a alerté sur cette erreur…

A vrai dire, plus ça va, moins je suis capable – et vous, ça vous le fait aussi ? – d’affecter correctement le genre idoine aux substantifs un tant soit peu inhabituels. Bon, LA verge, féminin, ça va, LE vagin, LE sein, pas de problème, c’est en quelque sorte normal, de même que LA pluie, LE matin. Mais LE, LA ? coriandre ? UN, UNE ? amphibole ?

Pas simple. Langue difficile que la nôtre, de même que l’Italien, l’Espagnol, l’Allemand, qui ne nous aident pas : DER Mond : LA lune ; LA mattina : le matin ! c’est fou, non ? Dire que pour les anglophones, c’est tout pareil. Heureux anglophones.

Consolons nous, si c’est difficile pour nous, c’est encore plus difficile pour eux. Là où « UN chapeau » nous paraît évident, pour eux, c’est l’enfer. Au point que les plus astucieux échappent – pas partout, mais ça marche assez bien – à cet horrible dilemme masculin / féminin en traitant tout au pluriel : au lieu de « donnez moi UNE kilo de carottes (UN ? UNE ? who knows…) ils disent tout bonnement : « donnez-moi deux kilos de carottes ». Et paf, pas de problème. Ensuite, évidemment, il faut manger les carottes.

Fracture numérique, remettez-nous ça

On nous annonce que désormais les voyageurs européens dispensés de visas pour aller aux USA – nous en sommes, quel bonheur ! – n’auront plus à remplir dans l’avion les 3 brouillons défectueux, plus l’exemplaire correct du formulaire ad hoc préalable à l’atterrissage ( formulaire piégeux, ouh là là !! les zones de saisie des informations ont été dessinées par un pervers).

Non, désormais ils devront remplir un formulaire par Internet.

Simple, moderne, commode, enfin facile. Sauf évidemment si les zones de saisie des informations, etc etc…

Sauf aussi que tout le monde, et loin de là, n’a pas accès à Internet. Ah bon ?  Vous me direz que les gens qui n’ont pas internet n’iraient de toutes façons jamais aux USA, ils sont vieux, pauvres, incultes, campagnards… si ça se trouve ils n’ont jamais pris l’avion… d’ailleurs il vaut mieux avoir internet pour prendre ses billets d’avion… et puis pour avoir son passeport biométrique c’est pareil, il faut Internet… sinon 2 heures de queue à la Préfecture… et puis et puis…

Et puis pour lire ce que je vous raconte, il faut aussi avoir Internet, et toc ! d’ailleurs pour rédiger ce que je rédige ici, c’est pareil.

Eh bien, alors, pourquoi je vous raconte tout ça ? je peux y aller, moi, aux USA…