Barbarie et surdité

La démocratie paisible a vécu ; on fait mine de commencer à s’en apercevoir… quoi ? des barbares saccagent La Plus Belle Avenue Du Monde ? (AOC franchement chauvine, faut pas pousser !). Eh oui, et c’était prévisible, au vu des appels guerriers des divers dirigeants historiques des GJ. Un détail : le mot ultimatum a-t-il un sens ? on a posé un ultimatum à Macronious ce samedi n° 18, modestement nommé ACTE XVIII. Et l’on apprend ça benoîtement, pas de problème… « Ultimatum et Démocratie : vous avez deux heures« .

D’un autre côté, on a des dirigeants  – ce n’est pas Macron qui a inauguré ça, il suit le sillon, c’est peinard – qui pendant des décennies nous ont fait du « chante beau merle, tu peux flûter, ça ne changera rien ». Des qui sont bien confortables dans leurs bulles dorées – et il y a en plusieurs, des bulles moëlleuses, des tas, même ! Tristement, on a constaté au début du mouvement des GJ que, hélas, ce n’est que lorsque ça pète gravement que là-haut ça finit par s’intéresser à ce qui nous soucie. Ah tiens ? il y aurait un problème ? le peuple gronde ? qu’est-ce ?

La démocratie est très mal armée pour résister aux voyous : elle prend trop de pincettes, fait trop de ronds-de-jambes. Il va falloir muscler les moyens de riposte, arrêter de jouer les Bisounours : faire les gros yeux, ça ne suffit pas. Il est clair, d’un autre côté, que les institutions doivent se réformer vite, vraiment, sévèrement, vers plus de sobriété, moins de décorum et plus d’écoute : les Scandinaves savent faire, eux, donc c’est possible. On a des progrès à faire ! C’est dur, je sais, la soupe sera moins épaisse, mais ça urge. Et ne demandez surtout pas aux sénateurs s’ils sont d’accord : ce sera non. On prend les paris ?

Tibert

Gérontologie et plafonds bas

Tout d’abord : on apprend que le chenu mannequin de la maison Smalto, Jack, 80 balais aux prunes cette année, est actuellement toujours Président de l’Institut du Monde Arabe (IMA) , à Paris, ceci en contradiction formelle avec les dispositions sur l’âge de la retraite des fonctionnaires. Au fait, les costards sur mesure, le célèbre couturier rital s’en est collé pour environ 200.000 euros, mazette ! Fillon fait vraiment petit joueur à côté. Ce ne sont pas des cadeaux avec ou sans renvoi d’ascenseur, meuuh non, qu’est-ce que vous allez chercher ; c’est pour les défilés de mode à l’IMA. Ben quoi… le cadre est chouette, et il y a même un restau au sommet sur la terrasse pour organiser des coquetels face à la Seine. Feu Lagerfeld, qui lui n’était pas fonctionnaire, n’aurait pas imaginé mieux.

Et puis cet article éclairant sur l’urbanisme nul de chez Nul de chez nous. Figurez-vous que les Français ne veulent décidément pas densifier correctement le tissu urbain ; ça fait de la peine aux écolos. Le rêve, le credo des écolos-logiques et ayahtollesques, c’est… 1) le maximum d’espace terrestre pour cultiver des légumes évidemment bio (*) ;  2) et puis des grandes tours dans des conurbations, pour y loger tout le monde, comme ça plus besoin de prendre sa bagnole, pas de place perdue, convivialité gnagnagna… eh bien c’est loupé ! ces cons de Français s’efforcent de miter le paysage en faisant construire leur petit « Sam’suffit » ou « Mon repos » un peu partout, de préférence en pleine cambrousse au milieu de nulle-part, pelouse, allée gravillonnée, portail et haie de tuyas (voire barbelés, miradors et doberman), toiture deux-pentes en tuiles-béton marron foncé avec casquette sur l’entrée, deux chambres rikiki mais suite parentale royale comme le couscous, terrasse pavée en grès non-gélif, et puis grand garage ; on y met la tondeuse, la table de ping-pong, les vélos et le barbecue en hiver, en attendant de pouvoir se construire la chapelle à merguez en parpaings, enduit taloché. Et, forcément, le matin pour aller au boulot – quand ils ont du boulot – ils prennent leur bagnole (pas le choix) : eh bien c’est la-men-ta-ble. Mais c’est comme ça.

C’est comme ça et ça démontre tout bonnement que ce qu’on nous propose pour habiter collectivement est tout sauf engageant. Des parallélépipèdes rectangles d’un conformisme consternant, des balcons étriqués et miteux donnant sur le parking en dessous, des plafonds de plus en plus bas – en dessous de 250 cm maintenant ! (**) -, les voisins qu’on entend péter, des WC et des salles de bains aveugles, des parties communes aussi plaisantes qu’une journée chez Roblot, les chambres où pour pouvoir poser le pied le matin il faut d’abord pousser le lit contre le mur ; peu ou pas de rangements… il manque plein de choses, outre des architectures un peu chouettes, spacieuses et lumineuses : le vestibule ! le quoi ? le vestibule : les godasses, le parapluie, les manteaux, tout ça… et puis une arrière-cuisine, si si, la souillarde ! pour les provisions, le congèle, les confitures, le stock de PQ, les bassines et l’aspirateur. Des prises électriques dans les parkings, pour les futures bagnoles rechargeables. Et des prix corrects, des syndics pas trop gourmands, des charges supportables, des… autant flûter, tiens. Alors ? alors on fait construire, comme on dit. Dans des lotissements et des paysages aussi enthousiasmants qu’une journée aux PFG.

Tibert

(*) et puis des élevages bio de volaille bio en plein air, et des fermes bio d’aquaculture bio, avec recyclage bio des déchets – si les vegans n’ont pas pris le pouvoir.

(**) Les différents ministres du logement ont tous été incapables – ils s’en foutent, eux n’habitent pas là – de fixer une norme nationale, pourtant indispensable pour contrer les manips des promoteurs tendant à nous empiler de plus en plus serré. Deux-cent-soixante-cinq centimètres MINIMUM sous plafond, ça serait trop demander ?

Three billboards outside Garat, Charente

C’est un billet pour cinéphiles – pas cynophiles ; les klebs, plus tard ! On a peut-être vu ce film réjouissant avec Frances McDormand dans le rôle-vedette, « Three billboards outside Ebbing, Missouri » ( Trois panneaux d’affichage à la sortie de Ebbing, Missouri). Une femme dont la fille a été violée et tuée, excédée de l’inertie de la Police, loue ces grands panneaux quatre-par-trois pour dénoncer, justement, l’inertie, l’inefficacité des reherches. Eh bien on l’a fait en France ; ici c’est à la sortie de Garat dans le un-six, la Charente.

Le Parigot-en-France vous en parle, bien que Garat ne soit pas de sa sphère géographique : un plombier retraité passe au tribunal pour avoir affiché, lui, ses avis tranchés sur Hollande, Valls, Fillon, Cahuzac… « Hollande, le plus grand menteur de France« , clamait-il. Et c’est là que le bât blesse : le plus grand menteur de France ? c’est douteux… y a-t-il eu de plus grands menteurs que Pépère-Normal ? difficile à dire, tant ça se bousculait – ça se bouscule, encore –  au portillon ! « les yeux dans les yeux, je n’ai jamais eu de compte en Suisse« , ç’en était un de compétition, celui-là, par exemple.

Mais bref, notre accusateur sur panneaux routiers s’est vu proposer un « stage de citoyenneté », pour apprendre qu’il y a des choses qui ne s’écrivent pas impunément au bord des routes. On peut louer, encenser ; pas de problème ! critiquer ? avec des pincettes, en termes soigneusement édulcorés et châtiés – pardon, châtrés. Il a refusé ! obstiné qu’il est… à ce sujet, combien ça coûte un stage de citoyenneté ? deux-cents euros. Pas cher : pour le prix de deux-trois gueuletons, on apprend qu’il est des constats qu’il est prudent de garder pour soi.

Tibert

Pour quinze euros de haine

J’ai déjà titré jadis un de mes billets « Pourquoi tant de haine » ; ici je ne m’interroge pas sur le pourquoi, mais sur la mise en valeur de cette haine, son marquétinge, en quelque sorte. Car, on le sait, si aux Insoumis monsieur Mélenchon souffre gravement du complexe du candidat n° 4 qui se voyait déjà n° 1 et brâme sa peine – c’est pas juste ! – et sa rancoeur depuis bientôt deux ans, son collègue François Ruffin (*), lui, vante et vend sa haine envers Macronious (15 euros, « Ce pays que tu ne connais pas « ). Le Monde, qui curieusement prend ça avec assez de recul, vous détaille quelque peu le sujet.

D’abord, une précision : je ne filerai pas 15 euros (dont X % pour l’auteur) à un libraire pour avoir ce bouquin. J’en traite donc « du dehors », je sais, c’est inconfortable. Je l’emprunterai peut-être à une médiathèque, à un groupie du Ruffin, mais bon, ce sera une perte de temps, on connaît le contenu : c’est tout noir, y a rien à garder, au total 208 pages et un tombereau de haine. Avec des arguments, sûrement ; on peut formuler des tas de critiques pertinentes envers le Big-Chief, ce n’est pas un président blanc-bleu, mais là c’est autre chose : c’est viscéral. Et ça interroge.

Notons au passage que si le titre tutoie, « … que tu ne connais pas« , le corps du texte vouvoie : « je vous avais classé “salopard de banquier ultralibéral”, comme vous ironisez vous-même » (ah, il lui reconnaît des capacités d’auto-dérision, c’est déjà ça). Mais je vous parle de ça, et pourquoi ? eh bien j’avais, en son temps, vitupéré les haineux qui insultaient bassement Sarkozy (« le nabot » et autres amabilités) ; je ne suis pas un fan de Sarko, loin de là, mais le brocarder sur sa taille, c’était haineux, oui haineux, bas de front, et sans jeu de mots, c’était petit. Et puis on a eu Pépère-Moi-Normal, et à ma connaissance – détrompez-moi au besoin – nul n’a exprimé de haine à son égard. De la pitié, oui, de l’aversion envers un homme-savonnette et une politique d’immobilisme au son du « changement (vers où ? alors là…) c’est maintenant « . Bref je pose la question : la haine ouverte serait-elle une valeur « de gauche » ?

Tibert

(*) avec 2 ff ; ne pas confondre avec l’excellent romancier Jean-Christophe Rufin, dont j’ai tout particulièrement aimé Le collier rouge, mais pas que. Bouquin de prix similaire au brûlot de Ruffin avec 2 f, mais à le lire on prendra du plaisir !

Bailleurs et râleurs

( Les Césars du cinoche… le « Grand Bain » a fait quasiment plouf et c’est bien normal ; cette histoire de cabossés, de loques et d’épaves engagés dans une victorieuse thérapie de groupe grâce à la natation synchronisée est un remake de remake de remake de la toujours vieille même histoire – un exemple, nettement meilleur,  parmi des tonnes : « The full monthy » – et à la fin ils sont champions du monde, vous ne l’auriez pas cru ! d’ailleurs on n’y croit pas. Enfin, les acteurs sont bons, quoique caricaturaux pour certains, mais alors le scénario… pfff… )

Mais le Parigot (*) se fend de TROIS articles sur les locataires parisiens des HLM de luxe, là-bas à Paname. Les trois disent la même chose : il y a eu les bienheureux loyers très-très modérés dans des immeubles « à loyer modéré », justement ; rupins, bien propres et super bien situés à Paris (Place de la Catalogne, dans le 14ème, par exemple) pour une clientèle pas vraiment nécessiteuse, voire carrément aisée, et sacrément veinarde. Il n’y a plus ! c’est fini, paraît-il. Les locataires aisés vont devoir payer nettement plus : ils bénéficiaient de loyers « dérogatoires », et la loi Elan dit que c’est illégal, le loyer dérogatoire… alors…

On notera que dans l’article que je vous cite, il y a un hic : la dame interviouvée, qui habite son chouette petit nid HLM depuis perpette au prix de 1.115 euros/mois, et concède avoir une bonne retraite avec son mari, déclare ceci :  » le nouveau surloyer de 820 € de ce mois-ci (…) représente pile-poil 30 % de nos revenus » : alors 820 / 0,3 = 2.734 euros… c’est pas boucoup ! ça doit être autre chose… en revanche, si avec 820 euros de plus ça fait un loyer à 30 % des revenus, 1115 + 820 = 1935 = 0,3*X, ça donne X = 6.450 euros : c’est confortable et moëlleux pour deux, et l’on conçoit bien que 1.935 euros de loyer pour un 86 m2 avec terrasse dans le quartier Champerret, ce n’est pas délirant. La cote donne entre 22 et 44 euros du m2, moyenne 32 ; ici ça donne 22,5… le prix plancher, quoi, et avec la terrasse ! pas cadeau-cadeau, mais pas loin.

Reste une question, lancinante : les beaux immeubles HLM de Paname sont menacés, nous dit-on, de devenir glauques, pisse dans les ascenseurs – cassés, les ascenseurs – tags, détritus, mecs chelous etc… car le départ des « riches » bien polis et propres va amener les « pauvres » : les pauvres c’est mal-éduqué, c’est sale, ça braille, ça respecte pas le matériel etc. C’est en tout cas ce que je crois comprendre, à lire les articles. On en apprend de belles… si en plus la concierge –  portugaise, forcément – se plaint que ses étrennes c’est plus ça…

Tibert

(*) Le même Parisien se demandait, en UNE de vendredi matin, « A quoi va ressembler l’acte 15 des GJ ? « . Outre qu’il abandonne la noble et royale numérotation romaine qui sied à des Actes – XV en l’occurrence, ça devient trop compliqué – le Parigot cire les pompes et sert la soupe ! la soupe aux GJ : quelles brillantes initiatives vont-ils encore nous trouver ? on est tout émoustillés.

Petite cuillère contre raz-de-marée

Les sujets sérieux sont si nombreux… tenez, Benalla a couché en taule, quelles sont ses premières impressions ? La Santé, comment l’a-t-il vécue ? la bouffe, tout ça… c’est un scoop du Parigot, rubrique pipôle, captivant. Mais zut, ça fait un bail que je n’ai pas abordé de sujet léger, genre mâdâme Firagots, « Comment masquer ses cernes matinaux ? » Mais j’ai justement  cet article du Monde sur les atteintes supposément constatées aux droits des « migrants » – puisque c’est le terme oh combien choisi, lisse et propre, pour désigner pêle-mêle les demandeurs d’asile en détresse et les jeunes mâles en quête de cocagne européen sans visa valable – qui me procure un chouette sujet léger. C’est parti…

Les migrants fuient l’Italie de Salvini & Co, nous dit Le Monde : eh oui, là-bas c’est assez tendu, on a pris des mesures pour éloigner les immigrants illégaux – et peut-être aussi les demandeurs d’asile légitimes, mais je n’ai pas les billes pour en discuter. Et où vont ces migrants qui fuient l’inhospitalière Italie ? traverser l’Adriatique à la nage pour gagner l’Albanie, la Boznie, le Kosovo ? eh non, c’est la dèche, là-bas, pas l’Eldorado… à pied, alors : L’Autriche ? presque aussi ronchon que l’Italie. La Suisse ? on oublie. La Slovénie ? tout petit, pas bien riche. Qu’est-ce qui reste ? chez nous, pardi ! Par la route, les sentiers, le train, il y a le choix.

On fera son profit de l’article dont je vous ai donné les références plus haut ; comme d’hab’ « des associations » (rendons grâce au journaleux qui nous a épargné l’abusif « les associations ») dénoncent des pratiques pas belles, illégales, cruelles. Tenez, les policiers font des « contrôles au faciès » dans les trains qui passent la frontière à Vintimille : ils vérifient surtout les Noirs, c’est quand même dingue, où vont-ils chercher ça ? Bref… et l’Anafé, l’assoce en pointe sur le sujet, de dénoncer : « Les procédures expéditives sont notifiées en quelques minutes seulement », sans qu’il soit procédé à un entretien individuel ou à un examen approfondi de la situation et « sans information sur les droits », comme celui de bénéficier d’un interprète, d’un médecin, de faire avertir un avocat ou de bénéficier d’une assistance consulaire».

Voilà : c’est mal organisé, c’est mal fait, c’est injuste, nous dit-on. Pensez, ils n’ont même pas droit à la scène classique de tout polar états-unien, « je vais vous lire vos droits » en V.O.,  swahili, arabe, albanais… Certes… mais voyons les volumes… on a déjà eu des vagues d’arrivées… les Polonais (*), et puis les Italiens (**), les Ritals, qui dans les années 50 venaient chercher du boulot à l’Ouest des Alpes ; c’était calme… pas de menace terroriste ; et puis on avait besoin de main-d’oeuvre, vraiment. On a connu de 36 à 39 des situations dramatiques, l’afflux dingue, au Perthus et ailleurs, de centaines de milliers d’Espagnols fuyant la victoire de Franco… interprètes ? médecins ? avocats ? information sur les droits ? on était dans l’urgence, on a fait, et effectivement mal fait – des camps de concentration, littéralement – comme on a pu. Il s’agissait pourtant de vrais demandeurs d’asile, qui eussent risqué leur peau à rester chez le Caudillo.

Ici et maintenant, ce ne sont pas 25 petits gars par ci par là qui tentent de se faufiler chez nous : ils sont tous les jours des milliers, et quand ils se font refouler ils reviennent le lendemain, des fois que. Alors, « Les procédures expéditives sont notifiées en quelques minutes seulement ». Eh oui, les journées n’ont que 24 heures ; à respecter pile-poil les procédures, on n’y arrivera pas. Ou alors on y met les gros moyens, et ça va (nous) coûter un pognon dingue, comme disait quelqu’un.

Résumons : il y a un afflux de migrants tel qu’il est humainement impossible de respecter les procédures nominales. Le contexte est maintenant très dur : notre chômage massif et qui ne veut pas régresser, l’inadéquation culturelle criante, évidente, des arrivants, et des menaces terroristes par dessus le marché. C’est tout ça, le problème, et on ne voit pas comment ça va s’arranger – sauf à tarir ledit flux, mais là…

Tibert

(*) 700.000 Polonais, tout de même, à la fin des années 30. Mais les procédures étaient moins lourdes, le pays bien moins peuplé, le contraste culturel minime, sauf les S Z C Z W tout partout.

(**) La France a reçu jusqu’au milieu des années 1970 1,8 million d’immigrés italiens ; elle est devenue, à partir des années 1930, le premier pays d’accueil. Les Italiens y sont maintenant invisibles : « ils sont accueillis comme des cousins un peu turbulents, mais fréquentables », cf wikipedia. Des Latins comme nous, quoi, avec des noms prononçables.

… et vice versa, ne l’oublions pas !

Je ne vois pas au nom de quoi on peut interpeller et mettre en garde à vue le vendeur de mobiles de Mulhouse qui invectivait monsieur Finkielkraut, disons A.F., samedi dernier à Paris : 1) la victime des horions n’a pas porté plainte, ni personne en son nom, à ma connaissance ; 2) c’est un discours de haine, certes (il traite A.F. de haineux, mais visiblement c’est çui qui l’dit qu’y est ), et puis débile, relevant de vieilles superstitions religieuses, punition divine, enfer… des sornettes.

On est sous le coup de l’émotion, là, on veut réagir à ce flot de vindicte : très bien, manifestons notre solidarité avec un intellectuel très probablement insulté et agressé, a) parce qu’il est Juif, nobody’s perfect, même pas moi – b) pour ses positions politiques envers Israël… mais le suspect dont je traite ici, lui, n’a pas insulté A.F. verbatim en tant que Juif – ce qui tomberait illico sous le coup de la Loi. On l’entend beugler – entre autres amabilités – « barre toi, sale sioniste de merde », et c’est là the point, comme on dit outre-Manche, c’est là le hic…

… le hic, donc, car le Monde met dans le mille du sujet avec cet article des Décodeurs  – que je vous recommande – « aux origines du glissement de vocabulaire de « juif » à « sioniste »  : le suspect aurait en quelque sorte articulé « sioniste » en pensant « juif  » – hypothèse que renforce l’adjectif « sale », classique duo de l’insulte, comme belle lurette ou Réaumur-Sébastopol. Le Monde, donc, nous explique que « sioniste » est utilisé en lieu et place de « Juif », je cite :
« L’antisémitisme, apparenté au racisme, est puni par la loi. Mais l’antisionisme, en tant que critique d’un projet politique, ne l’est pas. D’où un usage de plus en plus répandu du terme « antisionisme » pour parler en réalité d’antisémitisme, voire de « sioniste » pour « juif ».

Dont acte : d’aucuns se planquent derrière le terme sioniste pour dénigrer le Juif, et le type de Mulhouse en est peut-être – il pourra sûrement s’en expliquer. Mon propos va plus loin, et j’inverse le discours : il est tout aussi injuste d’assimiler toute critique du sionisme à de l’antisémitisme ! car dès lors il n’y a plus de critique du sionisme : c’est le baillon ! en ce sens je ne suis pas d’accord avec Macronious énonçant (voir l’article du Monde) : « Nous ne céderons rien à l’antisionisme, car il est la forme réinventée de l’antisémitisme ». Eh non, et moult partisans de la paix au Proche-Orient, de la solution dite « de deux états » – si tant est qu’elle soit encore envisageable – critiquent le sionisme tel qu’il se montre dans sa forme actuelle, et avec de solides arguments. J’aurais préféré une formulation telle que « Nous ne céderons rien à ceux qui sous couvert d’antisionisme manifestent leur antisémitisme ».

D’ailleurs, de l’eau à mon moulin, les Décodeurs citent, dans le droit fil de mon propos, le député LREM Sylvain Maillard, président du groupe d’études sur l’antisémitisme de l’Assemblée nationale : « On doit pouvoir continuer à critiquer la politique de l’Etat d’Israël ». Je ne dis pas autre chose, et en même temps fustigeant le caractère infect de l’anti-judaïsme.

Tibert

En avoir ou pas, ou un peu

( Les insultes à Finkielkraut samedi…  le véhément excité qui lui criait… « t’est un haineux et tu vas mourir, t’iras en enfer« … de quel enfer s’agissait-il ? quelle religion ? on se perd en conjectures. Et admirons au passage la maturité intellectuelle et politique, la mesure, la jugeote des intervenants ; Finkielkraut aura sûrement infléchi son point de vue après ce fructueux brainstorming).

Mais je rebondis sur la citation que commentait l’un de mes lecteurs-intervenants les plus prolixes ; citation de monsieur Jacques Attali, 75 ans aux châtaignes, ex de la politique (notamment avec Tonton-Le-Miteux), ex-haut fonctionnaire, ex-banquier, romancier fécond, etc. Mon contributeur écrit ceci : Sa dernière déclaration, ruisselante de lucidité et d’empathie : « Les gilets jaunes n’ont pas un problème avec la pauvreté, mais avec la richesse ».

A propos de Lucidité et d’Empathie, ces deux mamelles de la dérision… bon, la seconde est manifestement là pour le fun et le second degré ; l’empathie de J. Attali pour les GJ, on oublie ! Mais la lucidité ? ce qui est dit là me paraît en revanche, à moi, assez bien vu. Je vais même encore plus loin : ce sont les Français dans leur entièreté qui ont un problème avec la richesse ! Feu Jacques Martin, l’amuseur de « Dimanche Martin » jadis à la télé, arguait du lien freudien entre le caca et l’argent pour justifier son mutisme devant la question « combien gagnez-vous ? « . Un Français ne dit jamais volontiers combien il gagne… sauf s’il considère que c’est trop peu. Et s’il est des secrets bien gardés, ce sont certains salaires : les salaires des hauts fonctionnaires (dont a fait partie J. Attali, qui est retraité, je suppose). On a bien du mal à lever un coin du voile par ci par là – voir la diffusion des émoluments de madame Jouanno, qui a provoqué l’émoi et un tollé – ça paraissait vraiment très-très confortable pour le job. Mais le top du top du secret-défense, sans doute, ce sont les salaires des grands chefs de Bercy (*), le ministère des finances. Si vous avez une idée, un ordre de grandeur…

Alors ? je reformule : mais bien sûr que si, les GJ – les GJ pauvres – ont un problème de pauvreté, de frigo vide etc… comme tous les pauvres, d’ailleurs, avec ou sans ce laid gilet qui ne tient pas chaud en hiver. Et puis les Français en général ont un problème avec la richesse, eh oui. D’abord parce qu’ils en sont réduits à la taire mordicus s’ils en sont ou s’ils supposent qu’on pourrait les soupçonner d’en être. Jadis ça excitait l’envie ; maintenant c’est la haine ouverte, salauds de riches, les représailles, les bagnoles qu’on brûle comme jadis les bouquins sulfureux, les beaux quartiers qu’on dévaste quand on est en foule et impunis. Le rapport des Français à la richesse a été débattu, commenté maintes fois ; Attali énonce là une fadaise, sinon un truisme. Ce qui a changé, c’est le surgissement de la haine et de la violence. Les réseaux sociaux – qui enrichissent leurs propriétaires, et comment ! –  y ont une large responsabilité. Les riches planquent leur richesse, les vociférateurs insultent et appellent impunément au meurtre, planqués derrière leurs pseudos.

Tibert

(*) Je ne me souviens pas avoir entendu parler de manifs, d’actions des GJ face au vaisseau de Bercy ! s’il est un lieu où fleurissent à foison les taxes nouvelles, fraîches écloses comme jonquilles au printemps, c’est bien là, pourtant, et ç’eût été une cible autrement plus parlante, symbolique, que le drugstore ou le rond-point des Champs-Elysées !

1 ou 2, c’est qui le chef ?

On est confus, la sécu et l’INSEE vont sûrement avoir à se repentir, car depuis que le n° sécu existe, le mâle c’est 1, et la fumelle c’est 2. Or, c’est instinctif, tout le monde sait ça, 1 c’est le Premier, le UN, quoi, d’abord lui, et deux ça vient après. Suprématie du mec… et bizarrement personne ne hurlait jusqu’ici au scandale. Les matheux vous soutiendront cependant que deux c’est deux fois un, ce qui sous-entendrait donc qu’une femme vaut deux hommes ; mais les matheux, admettez, sont tordus question raisonnement. Une femme = deux hommes ? farfelu.

Et voilà que cette histoire de 1 et 2 revient à la surface : on veut, à l’école, amender les fiches des élèves, celles que, minots, nous remplissions en début d’année… on avait, moi en tout cas, les cases « père » et « mère » (prénom, profession, gnagnagna…), mais ça remonte à loin. On va nous changer ça, car les couples homo n’y sont pas ! rédhibitoire. Alors on a pensé à « Parent 1 » et « Parent 2 », exemple :

– Parent 1 : Georges Dugenou, plombier / – Parent 2 : Paul Schmurtz, comptable.

Oui mais, pourquoi Georges en 1 et Albert en 2 ? c’est Albert qui cuisine ? fait le repassage ? c’est Georges qui change les joints de robinets ? (*) Georges, le chef de famille, cette notion d’un autre âge ? c’est discriminant ! Donc exit « parent 1 » et « parent 2 », on propose de nous coller quatre cases à cocher, soit deux groupes « père » / « mère ». On pourra cocher sans hiérarchie, donc ! père à gauche, père à droite ; mère à gauche, père à droite… on se sent tout de suite nettement mieux, c’est politiquement vachement plus correct. On pourra même avoir jusqu’à deux pères et deux mères ; génétiquement c’est idiot, mais allez savoir, avec les évolutions sociétales…

Reste qu’il y en a qui vont râler. Tenez, je vous avais causé de LGBTQQIAAP, l’extension moderne du LGBT réducteur. Eh bien, les Q (Questionning, qui suis-je ?), les A (Asexués), les I (Intersexués), les P (Pansexués, les deux à la fois) : où va-t-on les caser ? ni père ni mère, les deux mon colonel, je sais pas… allez, refaites-moi ces cases, il faut prévoir large, zut quoi. Et briefez sérieusement les gamins, qu’ils comprennent de quoi il retourne, qu’ils ne cochent pas n’importe quoi.

Tibert

(*) C’est bien normal, il est plombier !

Jamais content.e.s

Une lectrice me soumet par la bande cette histoire, que je trouverais rigolote si elle n’était pas décourageante et révélatrice d’une mentalité de râleurs quoi qu’on fasse. Pas d’embauche en perspective ? ça rouspète. Deux-cents emplois nouveaux à pourvoir ? ça ne va pas. Alors ? onfékwoua ?

la société Vuitton – des machins de luxe – annonce recruter, donc, deux-cents maroquinières et maroquiniers, tout ça en Vendée, où elle a trois usines. Ouest-France s’en est fait l’écho… si ça vous tente, répondre à l’annonce n° 079NJVV. Mais il y a un os : le PCF vendéen. Ce parti souhaite faire de l’annonce du maroquinier de luxe « un sujet du grand débat national ». En effet,  « cette firme multinationale confine les ouvrières et ouvriers à des tâches basiques « d’opératrices » et « d’opérateurs » dont précisément les « petites mains » ne sont jamais reconnues à leur juste valeur. D’où la difficulté intrinsèque de Vuitton à trouver une main d’œuvre durable. » Et donc ce parti veut profiter du Grand débat national pour poser la question de la formation et de la reconnaissance des salariés « et tout particulièrement en direction des femmes ». «  Beaucoup ont des « mains d’or » et elles doivent être reconnues en conséquence ». La secrétaire PCF du coin demande donc au préfet de la Vendée, représentant de l’État, de veiller « à ce que ce plan d’annonces d’emploi ne participe pas à nouveau d’une opération visant à tirer vers le bas les salaires et la compétence ainsi qu’à précariser les salarié-e-s. »

On aura apprécié l’écriture inclusive, signature désormais de tout texte « de gauche » bien propre sur lui – hein, mesdames, vous voyez, vous y êtes aussi, dans le texte – au mépris de la lisibilité et de la syntaxe de notre langue. Et puis ce « … à nouveau d’une opération visant à tirer vers le bas… » : je pensais connement que Vuitton voulait du monde pour fabriquer, mais pas du tout !  Vuitton embaucherait pour « à nouveau« , derechef, one more time, rebelote etc, peser sur les salaires et augmenter la précarité ! ah ces capitalistes… retors, les mecs… bon, alors il s’agirait de déjouer ces embauches mielleuses mais piégeuses ? refuser cette augmentation de la précarité (où ça ? comment ?) et ces offres lourdes d’intentions funestes pour la classe ouvrière ? faire faire ça au Vietnam ? ou alors quoi ?

Tibert