Tout le monde le fait mais faut pas le dire

( Au fait : au Canada, on a fait les comptes et additionné deux plus deux, puis tiré les conclusions : c’est maintenant possible d’acheter de l’herbe dans les boutiques – et de la fumer en privé, ça va de soi – sans raser les murs ni  s’exposer à des poursuites policières : ils sont moins cons que nous, les Canadiens )

Mais bon… autre chose : quatorze trotskistes sur cent-vingt-sept cadres de FO, paraît-il, soit un petit 11 %… FO, la centrale syndicale qui est a priori le point de chute et de nidation préféré des émules de Léon le barbichu. Pourquoi je vous cite ce chiffre ? eh bien le Palmipède Bridé révélait il y a peu l’existence d’un fichier (informatique ? en tout cas lisible à l’oeil nu après impression) façon trombinoscope enrichi de commentaires divers et variés, « ordure« , « homo« , « trop intelligent pour entrer au bureau confédéral » (sic), « collabo » etc… fichier qui fiche, justement, les « cadres » de cette centrale syndicale. Qui fiche illégalement, bien entendu : c’est strictement interdit, atteinte à la vie privée. Le rigolo de l’affaire, c’est que les syndicats – tout à fait dans leur rôle – ne manquent pas de pousser des hurlements chaque fois que dans une boîte on découvre l’existence de ce genre de pratiques.

Et alors ? et alors c’est l’arbre qui cache la forêt ! même moi je suis fiché ! Ah-ma-zone et LeChouetteCoin savent farpaitement tout ce que j’y ai acheté depuis que ça existe, Le Parigot (et tous les autres) sait lesquelles de ses pages houèbe j’ai bouquinées, si j’ai cliqué sur une accroche de cul – c’est juste un exemple – ou plutôt le nouvel aspirateur de chez Dugenou, etc. Nous sommes tous fichés, et le plus amusant c’est qu’il y en a plein qui en rajoutent, qui veulent en dire plus ! qui se racontent en long et en large sur Fesse-bouc ou Ouate-Sape, les photos du petit dernier, le barbecue de dimanche et le selfie avec la marchande de cacahouètes qu’était sympa.

Evidemment, on ne trouve pas sur les serveurs du Chouette-Coin les annotations pittoresques du fichier de FO, « abruti » ou autres noms d’oiseaux. Et alors ? on est toujours l’abruti de quelqu’un. Je vais vous dire : ces trucs de fichage, c’est massif et irréversible, depuis que Gutemberg a inventé l’imprimerie – avant, avec les moines copistes, ça limitait les possibilités, et puis peu de gens savaient lire. En latin, en plus… comment on écrit « abruti« , en latin ?

Juste un truc à savoir : quand d’aucuns trop curieux découvrent un fichier nominatif gênant et illégal, toujours se dire sidéré, abasourdi, ciel que vois-je ? comment se fait-ce ? ça alors !  toute autre attitude serait contre-productive.

Tibert

Qualité, brand safety et transparence

( L’actualité me gonfle, par ces temps de mi-automne : le Macroléon rumine en silence – à vrai dire, il n’est pas idiot qu’il se fasse quelque peu oublier après ses lamentables selfies aux Caraïbes – et la classe politique récite ses classiques, sans surprise ni conviction. Attendons pour voir, donc ).

Mais au fait : « qualité, brand safety et transparence » sont les trois mamelles de Ligatus, ce leader du native advertising, c’est lui qui l’écrit dans un français impeccable, où il manque toutefois l’implémentation, le B-to-B et le win-win. Ligatus ? voyez les canards-sur-Toile, qui invariablement nous proposent en queue d’articles, et nonobstant les efforts d’un bloqueur de pub, des « contenus sponsorisés par Ligatus » : des bagnoles, des « kärchers » pour vos intestins, le prix des monte-escaliers, la douchette géniale qui…, encore une bagnole, une autre… bref de la pub invasive, répétitive et qui en plus nous prend pour des billes. Ligatus pour les gâteux, en somme.

Mais le choix des « accroches » n’est pas innocent et pose question : les monte-escaliers, c’est pour les séniors, façon « Notre temps » et  « Veillée des Chaumières » (il manque la baignoire qu’on n’a pas besoin d’enjamber) ; les aliments pour nettoyer les intestins ça cible le troisième âge chroniquement constipé, etc. Les bagnoles ? que des modèles pépères. Bref Ligatus s’adresse aux anciens – des anciens qui surfent sur la Toile, tout de même. C’est bien vu, comment ont-ils fait ? j’en suis un ! C’est vrai que la démence sénile et l’envie absurde d’acheter n’importe quoi me guettent, tête chenue et doigt tremblotant sur le bouton de la souris, des fois que je cliquerais par maladresse ?

Tibert, plus côté à l’Argus.

Interlude et nonos’talgie

Qui se souvient du petit train qui, sur l’écran blafard aux coins arrondis de l’épaisse et moche télé noir-et-blanc – avec le napperon au crochet dessus – tournait en rond avec son panonceau « interlude » et son rébus simplet, prétendant ainsi faire patienter le téléspectateur avant le programme suivant…  ? j’entends, moi, j’entends encore la musique qui allait z’avec.

Et le voici-le voilà mon interlude, mon petit train en noir-et-blanc. Tenez, cette info du Parigot-Madame m’enchante et je vous la fais partager, au cas où vous l’auriez loupée. Pied-de-nez aux Tartuffe « cachez ce sein etc etc…« , cette femme états-unienne interpellée parce qu’elle allaitait son marmot dans un espace public a eu de l’humour et de la répartie. En attendant un sujet grave, forcément, sociétal bien évidemment, interpellant en diable, un sujet à la mesure du blogueur à griffes rétractiles. C’est l’été, ne l’oubliez pas, profitez-en pendant qu’il est là : les beaux jours seront bientôt derrière nous. C’est le moment d’aller cueillir – aïe ! – d’odorantes et juteuses mûres mûres. Et la peste soit des Tartuffe.

Tibert

Ringards trains de bouseux

Les grèves en pointillés de nos « amis » syndicalistes cheminots (c’est dans les coups de vaches qu’on les reconnaît, les « amis ») se suivent et se ressemblent, ceux-ci rêvant de mettre à genoux le pays et son gouvernement par voie (de garage) et de conséquence. Bon… et donc tous les 2-3 jours la SNCF-pas-en-grève nous annonce, et les canards télé, papier, sur toile… nous le répercutent : va y avoir W % de TGV, X % de TER, Y % de Transiliens, Z % de Thalys… (le tout ne faisant pas 100 %, attention !). Voilà, chers-z-auditeurs… mais les Intercités ? quoi ? ah oui les trains Corail ? ce vieux truc, là ? il en roule encore ? oulahh ça remonte à loin !

Eh bien oui c’est justement ce qui roule le moins, du fait de la pugnacité syndicaliste et militante des cheminots affectés à cette branche obscure et sans grade. Trains de pelés, de galeux, qui n’ont pas accès à Notre-Seigneur le TGV, qui ne sont pas dans la Région Parisienne, qui sillonnent la France, et qui donc doivent se taper les Intercités (les trains Corail) : les ploucs, quoi !

Notez, il en reste encore pas mal des villes desservies par ce truc : en voici la liste chez Wiki. Mais qui s’en soucie là-haut ? j’ai été abondamment et je suis encore parfois, par la force des choses et de la géographie, un utilisateur, un usager, bref un client – quand on paye on est un client – des Intercités, et j’ai pu apprécier amèrement et notamment, en son temps, la combativité cheminote syndicalo-gréviste des agents de Clermont-Ferrand, y ayant trouvé inopinément ou pas, et moult fois, les quais déserts faute de trains.

Et quand on vous dit – si jamais on vous le dit, mais c’est vachement rare –  qu’il y va y avoir T % d’Intercités, c’est toujours T < {W, X, Y, Z} : c’est toujours le pourcentage de trafic le plus faible. C’est peut-être pour ça qu’ils en causent pas, ils ont trop honte…

Tibert

PS – Ce matin je découvre l’intervention de monsieur Pépy, le Chef-de-Gare en chef, qui annonce des tas de cadeaux aux voyageurs, pour les dédommager des emmerdes actuelles : pas un mot des Intercités, pas du tout cités ! En revanche, des tombereaux de billets TGV et autres…

Balance ton #pernil de cerdo

Au Vénézuéla, le #porc est un plat de fête, notamment via son jambon à l’os qu’on découpe en tranches tel un gigot (voir ce mot). La découpe du gigot d’agneau et celle du jambon de porc sont en effet assez voisines dans leurs techniques respectives, c’est un fait connu. Le pernil de cerdo se bouffe pour les fêtes, eh oui : pas hallal pour 2 pesos, le jambon de porc à l’os est lié aux moments festifs de la vie vénézuélienne, servi avec des champignons des bois, des airelles, une sauce à la canneberge – et du riz cantonais, quand on est cantonais.

Eh bien, nonos-stant la sollicitude de Jean-Luc, notre futur ex-Lider Maximo des Forces Insoumises, le Vénézuéla, manque de pot, manque de porc ! que faire, madre de Dios ? que acer ? Mais voici que, n’écoutant que sa seule sollicitude à elle, et sans aller tirer monsieur Mélenchon par la manche, la Colombie, oui, la Colombie itself a envoyé 50 tonnes, vous lisez bien chers auditeurs, cinquante tonnes de jambon de porc au Vénézuela. Comme ça, cadeau ! pour fêter le Nouvel An vénézuélien avec du #pernil de cerdo.

Mais bon, #balancetonporc, Colombie amie ! balance-le, merci tout de même, mais sache que 31 millions de Vénézuéliens vont se partager 50 millions de grammes de pernil de cerdo, y compris les os. ce qui, en comptant large et en éliminant les nourrissons au biberon, les vieillards édentés, et puis les Juifs, les Musulmans et les diverses obédiences végétariennes qui ne voudront pas toucher au #pernil de cerdo, procurera environ 2 – allez, grand maxi 2,5 grammes de pernil de cerdo à chaque convive. De quoi caler une dent creuse, de quoi regretter amèrement que ça soye pas un chouïa plus copieux.

Voilà, c’était notre conte de Noël, pardon, de la fin de 2017, année ingrate. C’est beau mais c’est triste… Allez, tout de même, le coeur y est : ¡ Feliz Año Nuevo !

Tibert, presque 2018

Quand les grosses mouches bombinent

C’est du Rimbaud, le titre – enfin, un petit bout de Rimbaud. « Voyelles« , ça s’appelle, et ce sonnet vous cause sûrement, vous l’apprîtes en vos jeunes années, peut-être l’aimâtes-vous :

"A, noir corset velu des mouches éclatantes

  Qui bombinent autour des puanteurs cruelles,

 Golfes d'ombre..."

…eh bien, pour moi c’est ça le Cabinet Noir. Pas celui du 55, Rue du Faubourg-Saint-Honoré ; celui-là on ne peut pas l’approcher – secret secret, passez au large – et l’on ne peut que l’imaginer. Pour moi c’est irrésistiblement, dans les années d’immédiat après-guerre, au fond du jardin, cette cahute de bois, sans fenêtre et fermée par une porte pleine mais laissant filtrer quelque peu le jour – et l’air pur ! – du haut et  du bas, avec un crochet de blocage pour préserver l’intimité de l’occupant – y avait-il un crochet ? j’aime à l’imaginer.

Une banquette de bois, percée de deux trous ronds de la taille d’une assiette, avec des couvercles en bois : le luxe, un biplace ! Des carrés de vieux journaux sommairement découpés au mur, accrochés à un clou plié. Ce devait être la « République du Centre-Ouest », ou ce genre de presse régionale ; une fois lus, les quotidiens alimentaient en effet le démarrage du feu le matin dans la cuisinière à bois, permettaient de torcher les poêles à frire avec du gros sel, et de torcher itou les fesses des utilisateurs de l’édicule. Tentez donc de faire de même avec la presse sur-la-Toile !

Ce cabanon m’intimidait. Le jour y pénétrait chichement  une fois la porte fermée ; sombre et inquiétant, avec ses deux trous menaçants prêts à vous avaler : pas de fausse manoeuvre ! En hiver on ne s’éternisait pas trop… en été c’était fortement odorant, et il y avait ces grosses mouches noires et velues qui vous tournaient autour, celles de Rimbaud, « puanteurs cruelles« , et qui « bombinaient« , quand ce n’étaient pas les notes suraiguës des mouches vertes au corset dur et brillant.

C’était mon cabinet noir, j’y fus maintes fois pour d’excellentes raisons et puis témoigner de son existence. On peut supposer que de nos jours un tout-à-l’égoût l’a envoyé aux oubliettes, ce chalet de nécessité. Mais les cabinets noirs ombreux et malodorants où ça bombine perdurent, depuis Richelieu, en passant par les officines abritées par l’Elysée du temps de Tonton, qui donnèrent lieu à procès et condamnations. C’est trop tentant, TOUT peut remonter au monarque, il suffit de claquer des doigts… Droite et Gauche se reprochent alternativement ces pratiques, chacun son tour. Comment ne pas imaginer les mêmes dispositifs subreptices sous l’aile bienveillante du futur ex-Président actuel, quand les juteuses révélations d’affaires sortent bien en rang comme à la parade, et que les journaux s’assoient quasiment tous les jours sur les secrets des instructions judiciaires ? ça doit bombiner, forcément.

Tibert

Le printemps est trop loin

Le fils de Swika A. nous a téléphoné hier : son père est mort, jeudi 9 février. Pourquoi pas le 10 ou le 8 ? c’est comme ça, un jour de plus ou de moins au fond d’un lit d’hôpital… février est  court mais de toutes façons trop loin du 21 mars, les petits oiseaux, les bourgeons, les premières jupes, tout ça.
Joseph, alias Swi ou Swika : on s’est rencontrés au début des années soixante-dix, et je n’ai jamais vraiment vu son visage, pour la bonne raison qu’il était hirsute de cheveux et barbu comme un djihadiste , sauf que lui était résolument je-m’en-foutiste comme religion. Barbe et cheveux hirsutes et noirs en sa jeunesse, hirsutes et blancs sur le tard. Il avait la coquetterie d’assortir ses fringues à la couleur de sa pilosité : très longtemps je ne l’ai vu que vêtu de velours côtelé noir, mais ces dernières années il portait du lin blanc ou presque.

On ne peut pas dire que Swika se soit jamais soucié de sa santé : il savait lever le coude sans trop calculer la limite, et puis il fumait comme une locomotive, de la Gauloise sans filtre, le paquet bleu avec le casque à oreillettes… à la fin il les roulait, pour réduire les doses. Ces clopes maison, faits de papier OCB et de tabac à rouler, il aimait jadis les assaisonner de résine odorante préalablement chauffée pour l’émietter. Et puis ça circulait, on tirait dessus à tour de rôle…

Le sport,  à pratiquer ou à regarder, était un terme inconnu de lui : comme Churchill, « no sport« , c’était sa devise, son hygiène de vie. Forcément sur le tard il avait un peu épaissi, mais je l’ai quasiment toujours vu mince. Et puis finir avec un cancer des poumons, ça ne fait pas vraiment grossir.

Où pouvait-on trouver-on Swika ? vers la Contrescarpe, très souvent, attablé dan un des rades du coin, devant une mousse… ou draguant au Quartier Latin. Les femmes le passionnaient, et s’il avait – comme les cow-boys sur la crosse en bois de leur flingue – fait une encoche pour chaque coup réussi, il aurait sérieusement entamé son manche !

C’était le Retour à la Nature, le temps du baba-cool, et la nature de Saône-et-Loire nous a beaucoup vus, éclusant des pots de blanc dans les troquets de Cluny, ou rôdant autour des pélerines – féminin de pélerin – de Taizé : Frère Roger nous intéressait beaucoup moins. Nous avions dégotté les meilleurs boui-bouis pour les andouillettes au Mâcon ou les quenelles à la lyonnaise, à la Croisée de Cray, à Bonnay, Salornay ou Cormatin. Nous sillonnions les routes du Clunisois – Swika n’avait pas son permis – dans ma Deudeuche bleue, et les notaires du coin nous ont souvent vus étudiant leurs ventes de baraques plus ou moins en ruine… on cherchait un truc pas trop cher, évidemment, à retaper… avec du terrain, et de la gueule.

Baraques en ruine : ce fut d’abord la Chagueurne, ou une orthographe patoisante de ce genre. Lieu isolé, quelques pans de murs plus ou moins écroulés, une cave effondrée, la végétation qui envahissait tout. Nous y avons campé dans ma canadienne pour nous imprégner de l’atmosphère des lieux, et au matin – Swika dormait encore, évidemment – j’ai inauguré les travaux, dégageant une allée entre les bâtiments à  grands coups de goyotte, cette machette locale à long manche. Beau début… et on en est restés là.

Et puis tant d’autres ruines ou lieux inhabitables et magiques, des sites pour refaire le monde : la Pierre-Badot qui dominait les collines du Mâconnais chères à Lamartine, Saint-Martin-la-Patrouille, la Lochère… la musique qui me vient aux oreilles à évoquer ces lieux et ces temps c’est Satie, les Danses de Travers, moment unique dans la nuit froide et claire, chez Tatasse le potier de Jalogny.

Plus tard, toujours créatif, Swika a fabriqué des métiers à tisser, des canapés, importé des laines, vendu des chaînes hi-fi, et puis il s’est mis à la plomberie… c’est pourtant peu bucolique, la plomberie. Rien de tout ça n’a fonctionné, mais rien ne l’accrochait vraiment. L’oiseau sur la branche, en somme.

Voilà, comme on dit maintenant quand on ne sait plus quoi dire. Adieu donc Swika.  On ne l’a pas refait, le Monde, d’autres que nous ont persévéré dans les pots de blanc et l’élevage de chèvres dans le Clunisois. Et la musique qui me vient aujourd’hui c’est Ma jeunesse fout l’camp, comme chantait Françoise Hardy.

Tibert, avec un crêpe noir

Bancal + bancal (bancaux ?)

Il est difficile, ces temps-ci, de traiter de la reproduction des bigorneaux dans les mers du Sud. Non que ce sujet soit rébarbatif, bien au contraire, mais la Cité ne bruit que de l’Affaire (Le Monde, allez hop, en énumère cinq !) et, en toute objectivité, les différents supports médiatiques, radio, papier, télé, internet… sont tous à souffler sur le brulôt, à enfoncer François et Pénélope à qui mieux-mieux, que ç’en est indécent. Plus un espace pour les bigorneaux… tout ce ramdam m’évoque…  vous avez assisté à une chasse à courre, quand la meute des Beagles hurlants assaille le cervidé acculé ? moi non plus, c’est assez fermé comme milieu, la chasse à courre. Mais au cinéma, tenez, ce lien… pas beau à voir, hein ?

Un des chroniqueurs de BFM, hier soir, insistait sur un aspect peu fouillé de cette affaire : les bidouilles imputées à tort ou pas au ménage Fillon remontent à 1988, ça fait un bail, et il y a eu paraît-il de multiples épisodes, et et l’on sort ça maintenant, à 3 mois de la Présidentielle, quand le susnommé est sous les feux des projecteurs ? mais quand il était Premier Ministre il y a 6 ans de ça, c’était sans importance, ces supposés errements ? ça ne méritait pas une enquête du « Canard empêché » ?  ou alors quoi ? et si c’était Juppé qui était sorti de la Primaire, on avait aussi le panier de casseroles tout prêt au chaud pour lui ?

Bref : on a clairement attendu de savoir qui devait s’y coller pour la Droite et le Centre, avant de le flinguer en plein vol, si je puis dire. En technique guerrière, ça s’appelle une embuscade. Bien exécutée, d’ailleurs, félicitations au préparateur. Alors, on peut faire plein de scénarios, envisager de ré-embaucher Juppé, trouver des doublures de dernière minute, décider de se cramponner au choix établi… on va voir comment ça évolue.

Mais faisons ce constat : 66 % de 4,2 millions de votants ont choisi Fillon, soit 2,8 millions d’électeurs. Pour sa bonne bouille, ou pour son programme ? les deux mon colonel, mais le programme – assez radical, « clivant » comme on dit maintenant – a certainement pesé. Alors, QUI pour porter ce programme, ce programme précisément, pas une version pour Bisounours, si la personne qui l’a porté est « empêchée » d’aller au bout de sa démarche ? 2,8 millions d’électeurs en désarroi… un programme sans candidat… bancal, terriblement bancal.

D’un autre bord, on reproche au petit prodige du milieu-gauche, Macron, de n’avoir pas de programme… un candidat sans programme, en quelque sorte. Bancal aussi, indéniablement. Mécaniquement, un candidat sans programme + un programme sans candidat, ça colle, ça devrait le faire, non ? hélas non, j’en ai bien peur.

Tibert

 

Qui chauffe le Pôle

Vous aimez « liker » ? J’en connais qui se cognent aux réverbères, les yeux rivés sur leur petit écran, les doigts pianotant fiévreusement sur la vitre du bidule chéri, le sourire extatique aux lèvres : la rue n’existe plus, ils causent sur Fesse-bouc… j’ai une copine, appelons-la Paulette, elle « actualise son profil » Fesse-bouc quatre fois par jour. Et que je t’ajoute une photo, et que je te remets un lien vers une page web, et que je te sors Urbi et Orbi une phrase creuse… elle y passe sa journée, c’est sa vie, ce machin, on se demande quand elle trouve le temps de bouffer. Grand bien lui fasse, direz-vous, après tout si elle y trouve son compte, si ça l’occupe, pendant qu’elle fait ça elle emmerde personne (*). Sauf que si, justement !

Sauf que ces fondus du Fesse-bouc font fondre la calotte glaciaire et fuir les ours blancs. Ce n’est pas de leur faute, notez, c’est la maison Fesse-bouc qui,  pour économiser l’énergie et réduire ses frais, a installé ses grosses bécanes informatiques au Pôle Nord, enfin, pas bien loin : au Nord de la Suède, près du Cercle Polaire, à Lulea. Electricité très bon marché, et surtout, refroidissement pas gratoche mais presque : l’air froid-froid ambiant est aspiré et utilisé directement pour réfrigérer les milliers de serveurs informatiques qui vous permettent de dialoguer dans le vide, de populariser vos pensées creuses, de répandre vos images sans intérêt et votre vacuité existentielle.

Et l’air polaire, lui, sort évidemment réchauffé de cette superbe installation de Lulea, mais ça tout le monde s’en fout. Réchauffé pour tiédir le Cercle Polaire, cuire la banquise et faire fondre les icebergs. « Le réchauffement climatique il est là« , mes amis, comme on dit dans le poste : ce ne sont pas les gaz à effet de serre – qui soit dit en passant nous coûtent la peau des fesses en taxes écologiques, c’est la planète Fesse-bouc et ses monceaux quotidiens de niaiseries oiseuses. Qu’on taxe donc Fesse-bouc : un euro la pensée stupide, la photo inutile envoyée aux « amis ». Moi je vous le dis, ça va se calmer, ça va cogiter avant d’envoyer des âneries sur la Toile. Et ça sera bon pour la planète. A tous points de vue.

Tibert

(*) Enfin, si quand même. Moi par politesse je l’ai conservée dans ma liste des « amis » avec plein de guillemets : eh bien N fois par jour la maison Fesse-Bouc me notifie, driiiiing,  que Paulette a diffusé sur son site une nouvelle niglerie. Pensez si je me précipite toutes affaires cessantes !

Après la Journée de la Jupe…

… le « hijab day » ? ça le fait tellement mieux en anglais ; en français ça ne vaut pas un clou, « la journée du voile » (islamique, what else ?) et si Isabelle Adjani avait exigé, au cours de ses négociations bidon avec la Police dans le film éponyme, un « Skirt Day », peut-être l’aurait-on prise au sérieux, peut-être ne serait-elle pas morte d’avoir réclamé l’impossible, peut-être (*) y aurait-il un Skirt Day chaque année à l’Educ’Nat’ ? un jour, pas plus, il est si impudique, mesdames les profs, de vous balader autrement qu’en pantalon dans votre bahut, n’est-ce-pas ; alors, un foulard en plus, on n’est plus à ça près… tiens, la burqa, ça vous tente (canadienne) ? on peut planquer un max de trucs là-dessous, même des femmes.

Bref, des étudiants de Sciences-Politiques invitent très gentiment leurs collègues à se coiffer volontairement d’un foulard, pour un jour, « pour voir » (pour voir l’ostracisme ambiant, ce que ça fait, comme on est bien, comme on est libre, etc). Ils / elles leur montreront comment le mettre, ce foulard, comment bien cacher les cheveux ; c’est ça qui est important, cacher les cheveux. Le diable est dans la chevelure des femmes. Notez au passage comme sur la photo d’illustration au document d’invitation la femme en foulard est mignonne : on n’a pas pris la plus moche !

Mais  dans cette optique, et pour vous faire une idée d’un tas de trucs très cool, allons-y pour… (en anglais si vous y tenez : en français c’est d’un commun…) : le Kippa Day, la Journée du Turban Sikh, le Jour de la Sainte Médaille de la Bonne Vierge, celui de la ceinture d’explosif factice, le Moustache Day,  The French Hare-Krishna Day (crâne rasé, sari orange, pieds nus évidemment, et les mini-cymbales pour rythmer les psalmodies), la Journée de Boudha… on évitera bien sûr – rien d’irréversible, c’est juste pour voir – les initiations d’un jour à la circoncision, à l’excision, à l’anneau bovin dans la pointe du nez et autres modifications corporelles plus ou moins teintées de religiosité.
Le sinistre là-dedans c’est que les lois sur la laïcité  on été promulguées pour endiguer l’empiètement de TOUTES les religions sur l’espace public : à ma connaissance il n’y en a qu’ une qui occupe le terrain médiatique. C’est dommage, tout de même. Que font les autres ?

Tibert

(*) Je vous ai fait une anaphore, là : « peut-être… peut-être… » comme « Moi Président gnagnagna… » : c’est beau, non ?