Les Dularex de mon enfance

On fait du Perec, là… « Je me souviens »… des assiettes transparentes Radulex que nous utilisions, au réfectoire de mon pensionnat ; avec la couronne extérieure genre pétales de marguerite. Les soirs de potage façon brouet clair amélioré aux pâtes-alphabet, on alignait les lettres du bout rond du couteau, on touillait le bouillon pour faire des phrases, histoire de tordre le nez sur la bouffe. Et parfois – mais si c’est vrai ! – faute de vaisselle idoine, et comme la tradition orale le rapporte, pour accueillir la bouse de compote de pommes « sortie de boîte » ou le petit-suisse dans son cylindre de papier, on retournait l’assiette, après l’avoir épongée convenablement .

Vous imaginez les diners d’état à l’Elysée avec de la vaisselle transparente Rudalex ? un peu fatiguée, la vaisselle, usée par les tournées de lave-vaisselle, transparente mais pas trop, quasi atteinte de cataracte… la reine de Mésopotamie torchant d’un bout de pain les restes du boeuf miroton (ou blanquette de veau, petit salé aux lentilles, pot-au-feu…) dans son assiette avant de  la retourner pour y loger le calendos crémeux et puissant, le pain perdu du chef ? ben non. Il y faut un peu de décorum, tout de même. Faire valoir le contenu des assiettes, et les assiettes avec.

Combien ça coûte, ce prestige national ? ça coûte cher ! les dîners d’état à l’Elysée ça coûte cher, plus cher que le mythique risotto crevettes-artichaut du Fouquet’s ou la salade de mâche à la truffe blanche de chez Laurent. Tiens, rien que de stipendier le nombreux personnel des cuisines, sans qu’il bouge un cil, avant même qu’il saisisse le couteau économe pour plucher les courgettes, ça coûte un max ; faut ce qu’y faut. Alors on a un gros débat sur les bras : combien a coûté le paquet de vaisselle en porcelaine (mille-deux cents assiettes) qui vient d’être acheté par l’Elysée à la manufacture de Sèvres ? cinquante-mille euros ou dix fois ce prix ? les gars de chez Mélenchon, les Insoumis, ceux qui croûtent dans de la vaisselle KAIEA à trois balles et en sont fiers, évidemment, ils en font des caisses, de cette histoire de vaisselle. Monsieur Ruffin, inévitablement inspiré par les révélations du Palmipède-Entravé, ironise sur le sujet, c’est du tout cousu : « ils pètent dans la soie, là-haut (*), pendant que nous on racle les fonds de frigo pour trouver à croûter sur un coin de table« .

Moi je vous fiche mon billet que Macroléon n’a même pas vu passer sur son bureau la commande des assiettes de porcelaine : ce n’est pas son job. Quatre-cent-quinze euros UNE assiette pour la reine de Mésopotamie ? et alors, que voulez-vous que ça lui fasse ? il n’a même pas idée de ce que ça coûte. C’est très certainement un vague, un obscur intendant-fonctionnaire qui a signé le truc. Moi j’aurais fait un appel d’offres, c’est tout de même un minimum pour une somme pareille, j’aurais demandé des devis. Mais bon, à part cette entorse évidente aux règles administratives, ça fait bosser les entreprises françouaises, et puis ça augmente le PIB. C’est bon ça coco l’augmentation du PIB, les Insoumis eux-mêmes en sont d’accord.

Tibert

(*) Dans un de  mes vieux numéros de Hari-Kira, le regretté professeur Choron avait publié une fiche-bricolage à cet effet. Simple et efficace : on coud à l’endroit adéquat un carré de soie au fond de son slip, et voilà !

Tous potes, même Benoît

(A l’heure où nous mettons sous Toile, nous apprenons, ravis et heureux, que monsieur Hamon, Benoît, retisse, tel Pénélope, le lien avec le PS : il a bigophoné à l’illustrissime Olivier Faure (y aurait-il des élections en perspective ?). Mais que de bonnes nouvelles ! sans compter le gros succès des signatures de son bouquin par Normal-Pépère dans les centres commerciaux : il est question qu’il fasse aussi la caravane du Tour cet été.)

Mais au fait ! le 18 juin c’est le jour de l’appel éponyme – pas l’appel à tarte ni de la forêt, encore moins du muezzin. Et c’est assez solennel ; on va au Mont Valérien dans le 9-2, on met son costard de cérémonie, on aligne quelques gardes républicains en rangs d’oignons avec leurs casques et leurs capotes à revers rouges, on fait un discours : bref c’est  cérémonieux. Et quand un collégien vous apostrophe dans la foule des badauds avec un (en fredonnant mezzo voce (*) les premiers mots) « Cella luh-tteuhh finah-leuu… ça va Manu ?  » on lui remonte les bretelles… en le tutoyant : « Non, ça tu ne peux pas, non, non, non, non« .

Et on a bien raison de les lui remonter, les bretelles qu’il ne porte sans doute pas, ce jeune collégien malotru et insolent. La distance, nom de nom ! La distance indispensable à la vie en société. J’ai un ami québécois qui a même théorisé ça avec la « bulle ». Chacun a droit à sa bulle protectrice, son enveloppe invisible mais d’une épaisseur suffisante, quasi palpable, sinon les rapports sont agressants (et un néologisme, un !). A fortiori dans la solennité de l’instant, avec tous les signes visibles qui vont avec, on doit respecter les distances ! Tenez, moi… j’en ai marre, moi, de recevoir des tas de mèls commerciaux à la noix dans lesquels on m’apostrophe avec des « Albert (**), profitez vite de cette opportunité (***) fantastique ». Un minimum de politesse et de distance  veut qu’on me donne du « Monsieur Dugenou, profitez etc etc… » sinon poubelle ! (en fait, poubelle systématiquement, mais je grossis le trait à dessein pour les lecteurs peu aguerris).

Restent deux constats terribles : 1) On tutoie les collégiens, et ma foi ça m’interroge, ah oui, gravement. Est-ce bien pertinent ?  2) On peut plus roter en douce, maintenant. Il y a toujours des forêts de micros et de caméras, sinon de mobiles aux aguets pour immortaliser nos éructations, voire nos flatulences. Honvahoù, là ?

Tibert

(*) En principe l’entonnation – et hop, un second néologisme !  – du chant de l’Internationale veut qu’on lève le poing droit serré au dessus de la tête.  Sinon ça vaut pas.

(**) Pour des raisons de sécurité, le prénom a été changé, et le nom avec – tout, quoi. Eh non, je ne m’appelle pas Albert Dugenou, encore moins Paul Delépaule.

(***) C’est un anglicisme. Une opportunité ? une affaire, une occasion, une aubaine…

Deux coups de blues en juin

( Je sais, je sais, je manque à tous mes billets. On va rectifier le tir. C’est pas une vague vague de chaleur qui aura la peau de ce blog, tout de même. Ni les surdoses de foot à la télé ).

D’abord, une lamentable histoire : la Poste ! la Poste, vous savez, « J’ai une manie singulièèè-reu / je  suis amoureux des postièèè-reu » ; eh bien, la Poste lance une banque « en ligne », une de plus, pour les jeunes, paraît-il – les vieux sont trop cons pour savoir se servir d’un mobile. Quasi pas de personnel aux guichets – pas de guichets non plus, d’ailleurs  – et puis tout se fait via la Toile, sauf les remises de chèques et les mouvements d’espèces, évidemment.  Et vous savez comment ça va s’appeler ? « Ma French Bank » ! Si si, je vous assure, y a pas d’erreur. Plus débile, plus putassier anglomane inculte que ça tu meurs. C’est affligeant… boycottez cette horreur, les amis.

Et puis j’ai rencontré mes voisins du dessus au Super-Méga-Discounte du coin où je vacance présentement. La baraque ? une ancienne quincaillerie-droguerie à l’ancienne, mastic, équerres métalliques et balais-brosses, et  dont le rez-de-chaussée-boutique a été converti et vendu en appartement, le vieux couple de gérants – dans les 82-85 balais sans brosses – restant à l’étage. Autour des paniers à roulettes et des provisions, on fait gentiment connaissance. Le monsieur « a eu un cancer« , et je le complimente, « le cancer ne l’a pas eu« . Sourires, propos paisibles… on évoque la suite, et madame nous balance ça tout de go : « On voudrait partir ensemble« . Où ça ? où ça ? et puis je réalise, « partir » ! nom de dieu… ça prend un tout autre ton. Alors on évoque la loi, les interdits, la Suisse, la Belgique, ce film « Miele« , dont l’héroïne va au Mexique acheter des médocs vétérinaires létaux pour rendre service aux vieillards las de batailler pour tenir, et pour quoi, et jusqu’à quand ? Bref, cramponnés à nos chariots respectifs, on a parlé de choses graves, d’initiatives difficiles et décisives, de choix lucides à sens unique. Ce qui est chouette, tout de même, c’est qu’on avait tous toute notre tête pour en débattre ; et puis que finalement, sans décider de ne pas donner suite, on n’a pas décidé de donner suite : ça peut encore attendre.

Tibert

L’essence précédant l’existence

Ce billet est un cinglant démenti à J-P Sartre : commençons par l’essence !

Une lectrice assidue m’interpelle sur les blocages de raffineries et dépôts de carburants par les agriculteurs de la FNSEA : aurait-elle des problèmes d’approvisionnement ? Et puis qu’en dire ? dans ce pays, s’il vient à un individu isolé l’idée sotte et grenue de bloquer, disons, l’entrée de la Poste de son bled pour protester contre le comportement grossier de la préposée, on le met au trou ou à l’hosto… mais si vous en mettez quarante comme ça avec des banderoles et des pneus enflammés, c’est normal ! c’est tout à fait normal… le « vivre ensemble » en se prenant en otages les uns les autres, en somme : chouette ambiance ! et avec la bénédiction des autorités.

Mais l’existence ? ah oui. Eh oui, l’Italie a voté carpe et lapin, populiste et droite dure, avec un programme idoine, programme qui défrise le consensus mou. L’Italie en a ras la casquette de se taper toute seule les flots de « migrants » dont la très large majorité n’arrive que pour chercher en douce et en Europe un hypothétique meilleur cadre de vie, pas pour fuir les persécutions ou la guerre. L’Europe, lâche, et trop heureuse de laisser la Botte se démerder ; l’Europe, incapable de fermeté et de lucidité. Trier les arrivants, accueillir correctement les vraies détresses humanitaires et refouler les autres sans faiblir, tout simplement parce que l’Europe n’est légalement pas un espace ouvert à tous les vents, et qu’à laisser piétiner les règles d’accès à notre sol on en crèvera tous.

Alors l’Italie refoule un navire humanitaire : eh oui, c’est la logique du programme qui a été choisi par les Italiens. L’Italie montre rudement à l’Europe – après les Hongrois, Slovaques, Tchèques, qui se font pour ça traiter de noms d’oiseaux – qu’il existe d’autres choix que de laisser entrer tout le monde en levant les bras au ciel. L’Italie démontre aussi à quoi mènent des années de laxisme : à des raidissements violents. C’est choquant ? sans doute ; mais il faut l’entendre comme un cri de révolte.

Péroraison… je cite le Premier Ministre, le nôtre, Philippe ; il commente l’initiative espagnole d’accueillir le navire humanitaire boudé par l’Italie :  « Nous sommes évidemment prêts à aider les autorités espagnoles pour accueillir et analyser la situation des personnes pouvant bénéficier du statut de réfugié « . Voilà qui est clair : accueillir les réfugiés, et basta ! Les autres, il faut poliment mais fermement les renvoyer chez eux. Je sais, c’est plus facile à dire qu’à faire.

Tibert

Demandez le programme !

Les mairies, c’est quand que ça change ? euuh… eh beh… c’est en 2020 ? six ans, eh oui, mars 2020. C’est là qu’à Paris on débarquera, acceptons-en l’augure, la calamiteuse madame Hidalgo ; et alors, on en prendrait un / une autre ? enfin c’est le projet de certains.

Il y en a un qui y pense dur, c’est Gaspard, Gaspard Gantzer. C’est un bon copain, dit-on, de Macroléon, ils ont usé ensemble leurs fonds de costards et les bancs de l’ENA, promotion Léopold Sédar Senghor. Ce fut le brillant (!) conseiller en communication de Moi-Normal-Président, et l’on sait comme ce fut étincelant : pensez que si ça se trouve c’est lui qui a soufflé à Pépère la brillantissime idée d’aller très vite, trop vite (*), au chevet du malheureux Théo, dont on connaît aujourd’hui les ennuis judiciaires. Peut-être est-ce lui également qui a orchestré le magistral et surréaliste duo entre l’auguste Flamby et la lycéenne kosovar Leonarda Dibrani…

Ce qui s’est dit noir sur blanc mais ne sera sans doute jamais validé – chuuut c’est confidentiel – c’est que ce serait lui l’organisateur du bombardement et de la descente en flammes du candidat Fillon aux Présidentielles (avec, soyons juste, la coopération dudit Fillon, dont l’entêtement à rester en piste mordicus fut un tragique hara-kiri) . Désinformation ? (en amerloc,  « fake news » ?) il serait curieux que les révélations du Coin-coin Déplumé – l’affaire dite du PénélopeGate – soient sorties d’ailleurs que du Ministère des Finances, qui seul sait tout. Le circuit qui a été décrit, que je cite ci-après et que vous pouvez consulter, figure sur tous les bons moteurs de recherche, au hasard, tenez, le NoumeaPost, qui depuis la lointaine Nouvelle-Calédonie vous détaille le montage supposé.

Evidemment tout ça a fait des vagues, monsieur Gantzer a véhémentement démenti être à l’origine du PénélopeGate ; il a d’ailleurs été pour cela menacé de mort, rien que ça. Mais  bon… passons. Il est intéressé par la mairie de Paris, monsieur Gantzer, et pour lancer la dynamique, pas con, il lance un mouvement ! c’est plus vivant que de lancer un immobilisme, admettez. Le mouvement serait du genre « Allons-y les Parisiennes, allons-y les Parisiens« , en abrégé « P,P », ou « Parisiennes, Parisiens » !. Les LGBT etc… se trouveront entre les lignes, je suppose qu’il ne les oublie pas, mais seuls deux sexes sont cités.

Notez la virgule : importante, cette virgule ! « Parisiennes, Parisiens ». C’est là l’ébauche d’un programme de maire, à n’en pas douter ; un programme soigneusement fignolé dans les détails. Si vous avez des questions…

Tibert, Tibert

(*) Ce faisant (avec un t, attention !) il prenait clairement parti contre la Police, sans autre précaution. Bravo les p’tits gars !

Spots, prouts et des fèk’niouzes

Un soudage du Figues-à-rôts nous interpelle : « Etes-vous pour ou contre la loi anti-‘fake-news’ ?  » (au fait, j’ignore le résultat du sondage, un sondage stupide de plus, et je m’en fous : la politique ne se fait pas au sondomètre, et heureusement !). Le Monde, Le Parigot… tout partout c’est « … la loi sur les ‘fake-news’ « . Question : les intox, les infos bidon, les bobards… seraient-ils systématiquement en provenance des pays anglophones ? j’en doute, il en est venu pas mal de l’Est ces derniers temps. Comment dit-on bobard en russe ? La vraie question, celle que je me pose et vous pose, c’est de savoir si la loi en préparation sur la répression des intox osera le  terme « fake news« , au cas où chez nous il n’existerait pas de désinformation.

Bon sang, mais c’est bien sûr : la désinformation ! monsieur Dugenou, l’illustre Dugenou, aurait des moeurs spéciales et aurait été vu en compagnie compromettante ; l’escaladeur d’immeuble sans-papiers (pas l’immeuble, l’escaladeur) aurait mis au point son numéro de grimpette improvisée deux jours avant son exploit ; nos services secrets auraient canardé au Bataclan et à la kalach’ pour mouiller de braves islamistes barbus qui se trouvaient là par hasard… de la désinformation. S’ils mettent ‘fake news‘ dans la loi, je vous préviens, j’écris un billet vengeur. Nous avons les mots ! les journaleux, non ; ils copient par dessus l’épaule des Amerloques.

Et puis le Firago balade le touriste et l’autochtone dans la capitale : « Cinq spots gourmands les pieds dans l’eau à Paris« . Un spot ? je pensais ce terme anglais dédié aux  coins chéris des surfeurs, plongeurs, véliplanchistes – un terme de sport, en somme, comme penalty, tie-break etc (*). Mais pas du tout ! ces lieux, ces coins, ces endroits, ces adresses, rades, canis, troquets, restos, salons de thé… ce sont des spots ! (c’est lumineux). L’incorrigible canard anglolâtre l’avoue ensuite dans son développement : « voici cinq adresses sur la Seine, le canal Saint-Martin... ». Alors, que vient foutre là ce spot ? un prout, quoi, une envie de prout.

Tibert

(*) Quoique… les Italiens ont leurs termes cohérents, pallacanestro, pallavolo, calcio… qui remplacent sans problème nos foot, volley, basket etc. Je me suis laissé dire qu’ils ont systématisé ça du temps du Duce… ah bon, alors si c’était du temps du Duce

Le blues des bariste du Palais Bourbon

Ouais, je sais : dans le titre, deux mots pas de chez nous. Un amerloc, et ma foi ça restera, car « leu bloouuz ça veut dir’ queu jeu t’aïmeuuuhh » : irremplaçable, merci Djohnny ; et puis barista, pluriel bariste, c’est de l’italien : le bariste, bref le mec qui est derrière le zinc et qui sert les cafés (au passage, un bras d’honneur à l’anglais barman, qui pourrait être une wo-man). Tout ça pour constater que nous l’ignorions, mais ça fait surface : il y a environ 1.200 fonctionnaires travaillant – disons « salariés », c’est moins pesant – à l’Assemblée Nationale. Et ça fait surface parce qu’un entrefilet du Firagots – seul à ma connaissance à sortir ce scoupe – nous informe sur une rumeur de grève des fonctionnaires qui oeuvrent au palais Bourbon : on veut repenser leurs fonctions !

j’ai voulu en savoir plus… le site officiel ne dit que pouic des effectifs du petit personnel, les obscurs, les sans-grade qui parcourent laborieusement – du moins on le suppose – les couloirs et les vestibules ; en revanche on y apprend qu’il y a 577 députés. Soit, à la louche, un peu plus de deux salariés pour un député. Je ne parle pas ici des suppléants, assistants parlementaires… divers et variés, mais des salariés des lieux, les machinistes, les soutiers, en quelque sorte.

Inévitablement, on s’y attendait – comme en soulevant une pierre dans l’herbe humide on peut s’attendre à déranger de paisibles porcellions – on découvre à la lecture de cet article du Fig’machin le même système absurde et ruineux qui nous coûte, mes chers compatriotes, la peau des fesses : au Palais Bourbon, pour trôner derrière le bar, servir à la cantoche (excellente, entre parenthèses), peler des patates, tenir un vestiaire, passer l’aspirateur, toutes fonctions hautement régaliennes, il faut des fonctionnaires ! il se trouve même des députés qui trouvent ça tout à fait normal, tel monsieur Chassaigne, du 6-3, qui évoque «un statut qui fait qu’ils ne sont les obligés d’aucun lobby, les prisonniers d’aucun intérêt. Ils sont simplement au service de tous les députés et d’une neutralité politique totale» (ça m’évoque les eunuques des harems du calife, d’une opportune « neutralité totale » au milieu des pulpeuses propriétés du pacha). En somme, selon monsieur Chassaigne,

1) il n’y a jamais de fautes ou de fuites d’informations chez les fonctionnaires, c’est « par construction », et les infos croustillantes sorties par ci par là par le Coin-coin-Déchaîné ou Pédiamart sont sans doute issues des révélations de la Bonne Vierge à Fatima ;

2) tout salarié du secteur privé souffre hélas d’un manque congénital de conscience professionnelle, c’est aussi « par construction » : c’est moins cher, certes, mais on peut pas avoir confiance !

Bon, on verra ce que ça donnera ; mais il est archi-normal qu’une grosse boîte comme l’Assemblée (dans le privé, elle serait une ETI, une Entreprise de Taille Intermédiaire) s’interroge régulièrement et souvent sur ses effectifs, ses emplois, sa gestion des ressources humaines, sa mauvaise graisse et ses gisements d’économies ! Il y en a, j’en suis persuadé ! et les nombreux salariés du Palais Bourbon, au lieu de penser étroitement à faire grève pour la préservation de quelques menus avantages, devraient se sentir solidaires de cette démarche positive, que dis-je, d’excellence ! et qui permettra, acceptons-en l’augure, de porter plus haut le prestige de cette magnifique institution que le Monde nous envie.

Tibert

Fou de courtes

(pré-propos liminaire et initial pour commencer : une ex-djihadiste française capturée en Irak vient d’être condamnée en Irak à la prison à perpette. Elle sauve au moins sa tête, qui était en jeu… les avocats français qui l’ont défendue trouvent que c’est pas juste : ah c’est dur, c’est trop dur, il aurait fallu selon eux la rapatrier en France – retour en somme au sein douillet et protecteur de la communauté nationale ! rappelons que ces « brebis égarées » – mon oeil ! des adultes pleinement conscients de leurs choix de vie – qui, comme système de défense bien huilé, affirment n’avoir, dans le califat autoproclamé, jamais fait que la vaisselle, épluché des patates et balayé la cantoche, ou bien qu’on les a emmenés chez Daech quasiment malgré eux et à l’insu de leur plein gré, ont déclaré la guerre à notre pays, LEUR pays… alors, hein, les bonnes-âmes, une sourdine s’il vous plaît, et une pensée pour Nice, le Bataclan, etc, etc : les victimes, là, n’ont jamais pu faire leurs choix de vie).

Et puis chez nous on découvre l’eau tiède, en l’occurrence les « food courts » ! imaginez : vous installez sur une place des tables et des chaises, tout autour vous mettez des échoppes de bouffes diverses et variées – un mexicain, un burger, un flammenküche, un grill avec deux « l » roi-de-la-barbaque, un bar à salades bio, un truc à fruits de mer, un alsaco-choucroute, un débit de bière, de smoothies, de pinard… et le chaland alléché se trouve une table, fait son petit tour, choisit et commande ses plats vite prêts (point de grivèlerie : le plat contre le fric, sinon rien), et puis miam-miam. Génial ! sauf que ça existe depuis des décennies en Asie. Le principe veut d’ailleurs que ce soit 1) – de service rapide et peu cher, en tout cas moins longuet et moins cher que de mettre les pieds sous la table dans un boui-boui ; 2) – propre : à Singapour, Hong-Kong, les échoppes sont sérieusement contrôlées et notées, avec affichage sur les devantures ; 3) – que les lieux et les tables soient nettoyés quasiment comme des chiottes d’aéroport, c’est-à-dire constamment.
Mais, la vraie question : comment appeler ça ? évidemment les anglo-dingos s’excitent, tout émoustillés… ahhh… food-court ? les journaleux ont déjà tué notre « manger », LE manger, substantif (la bouffe, quoi !) ; ils lui préfèrent le fooding, ce néologisme moche et laid. Et puis le court, c’est une cour, tiens, c’est tout con, et c’est plus court ! Une cour, une placette, un terrain, comme le terrain de boules, le boulodrome… le boulodrome… eh voilà ! le bouffodrome !

A propos de bouffodrome, il paraît – grande victoire de l’Oncle Sam et de Donald T. – que la Corée du Nord ne s’opposerait pas à l’implantation d’un avant-poste de la malbouffe, de la néfaste-food,  un premier Mac’Donald. Horreur et putréfaction… justement, à propos de putréfaction… avec du kimchi bien rassis et largement aillé-pimenté entre les différentes strates des hambourgeois, ça pourrait donner quelque chose d’intéressant, qui sait ?

Tibert

Déglingue et voile intégral

Le Danemark, rejoignant la France et bien d’autres, interdit les visages masqués dans l’espace public. En fait, suite aux nombreux problèmes rencontrés là-bas, cette loi vise précisément les femmes voilées façon Belphegor : les musulmanes en burqa ou en niqab. Il est évident que c’est une simple et bête exigence de sécurité : n’importe qui peut se planquer sous la bâche qu’est le niqab, y compris avec un couteau, un flingue, etc… Fine analyse du Monde qui nous relate cette affaire, il appert que le port du casque intégral des motards fait exception : c’est un équipement de sécurité qui donc se justifie… tout en masquant farpaitement le visage et la chevelure ! Reste aux imams astucieux et inventifs à lancer une tenue féminine islamique intégrale mais légale, avec burqasque intégral. Détail ennuyeux : il y faudra un accessoire coûteux, une moto, une mob’, une meule, bref un deux-roues motorisé, mais ça vaut peut-être le coup.

Et puis la société Autolib a du plomb dans l’aile ; Bolloré réclame des sous aux municipalités qui en sont partenaires. C’était une belle idée, qui se fracasse, comme tout le reste, sur un constat sombre et navrant : le vol, le vandalisme et l’incivilité font capoter, dans ce pays, toute initiative tant soit peu  partageuse. C’est ainsi que Vélib fait face à moult bécanes saccagées, que le mobilier du métro est constamment maltraité, que les adeptes du vélo renoncent après le troisième vol de bicyclette… C’est sinistre de le dire, mais le civisme et l’altruisme – bref l’éducation citoyenne – se sont fait la malle, et il faudra ramer longtemps pour retrouver ces « valeurs », comme ils disent candidement – si tant est qu’on en ait la volonté !

Tibert