C’est long, cinq ans…

Quatre-cents millions d’euros foutus en l’air – pas pour tout le monde ! clairement, rendons à ces arts ce qui leur est dû : Nous les contribuables contribuons, raquons, payons, allongeons les biftons, comme d’hab’. Les salariés de l’Educ’Nat, eux, soyez rassurés, continuent d’être payés… avec des systèmes informatiques cacochymes, genre gros bahuts Bull des années 90 – mais payés quoi qu’il arrive, dusse-t-on établir les bulletins de salaire à la mimine ; et puis, et puis,  tout de même, certaines sociétés de services en informatique, audit, conseil… se sont rempli les poches ! Ah, vous voyez, tout le monde n’y perd pas !

Il s’agit de ceci : le SIRHEN (*), le superbe paquebot qui devait, au bout de cinq ans de boulot acharné, permettre la paye presse-bouton des innombrables salariés de l’institution. On a recommencé là exactement les mêmes co… errements que pour d’autres (trop) gros projets en Ressources Humaines, LOUVOIS etc. Cinq ans c’est trop long – en cinq ans le contexte évolue – , les règles de calcul trop complexes, les exigences trop lourdes, les décideurs trop sûrs d’eux, les intervenants trop gourmands, les proportions pharaoniques. Chez nous on est incapable de traduire « make it simple and sensible« . Allez, je vous le fais : faites simple et raisonnable ! meuh non, nous on est plus fortiches qu’ailleurs, alors on construit des cathédrales, vouées immanquablement à devenir des chapelles de cimetière : trop lourd, trop complexe, trop fragile… et plein de bugs.

Je vais vous dire : aucune boîte raisonnable ne peut compter plus d’un million de salariés – pour utiliser des nombres ronds. C’est indémerdable, c’est le fameux « mammouth » de monsieur Claude Allègre, qui avait fichtrement raison de vouloir le dégraisser (ou, plus modestement, faute de mieux, de le tronçonner en unités de taille gérable). Qui plus est, on s’ingénie à complexifier tout ce qui pourrait être simple. Voilà… et donc on se plante, comme de bien entendu.

Tibert

(*) Tentons une traduction qui n’évoque pas la femme à queue de poisson : Système Informatique de Rémunération des Heffectifs de l’Educ’ Nat)

Retards

( Il paraît que Louise Ciccone, chanteuse-danseuse (*) se faisant passer pour la Madonne, se prend aussi pour une reine ; des gens sont assez masos pour payer 300 euros et poireauter trois heures sans moufter (« une reine n’est jamais en retard« ) pour enfin apercevoir ladite Madonne – sans vergogne aucune pour ses retards horaires grossiers – se trémoussant et débitant ses chansonnettes au milieu de sa troupe de faire-valoir. Enfin… il en faut pour tous les goûts ! ).

Mais au fait : le débat sur les retraites à l’Assemblée… il y aurait, me suis-je laissé dire, environ 40.000 amendements, des rappels au règlement, des explications, etc : bref d’aucuns font tout pour enliser le débat, empêcher que ça se passe normalement. Le but avoué, claironné même, est simple : faire de l’obstruction. Se profile également une autre manoeuvre, d’une grande limpidité : si ça ne peut pas passer normalement dans un cadre de débat ouvert, discussions, retouches, amendements… les Chefs seront probablement obligés de passer en force : 49-3 et allez hop, vote bloqué, tout le paquet ou rien. C’est alors que les créateurs des 40.000 amendements se dresseront sur leurs ergots, hurleront comme il se doit au déni de démocratie, passage en force, gnagnagna. Bon, on a vu le truc, c’est noté : engluer le débat, puis protester qu’on ne peut pas débattre ; tout et le contraire de tout.

J’ai une autre suggestion… il reste deux ans à tirer, c’est court deux ans ; on fait en sorte (yaka… ) que Macronious se plante aux prochaines Présidentielles en 2022 et que soit élu un Président hostile à la retraite à points « pour tous » ; ensuite on casse tout ce qui a été bâti, on remet en selle les régimes spéciaux, etc etc. Exaltants progrès en perspective.

Tibert

(*) L’énergie à se trémousser sur scène est inversement proportionnelle à la qualité des textes qu’on soumet au public. Brassens ne gigotait guère, non plus que Barbara et des tas d’autres ; Cohen se contentait d’un feutre mou et de trois choristes statiques. Et les spectateurs n’avaient pas besoin de bouchons d’oreilles pour préserver la pérennité de leur ouïe.

Exercices de calcul

Je suis allé pêcher, non la sardine à Messine ou le hareng à Lorient, mais des chiffres.  Je cherchais en effet une idée, un ordre de grandeur…j’ai trouvé ! Je cite : « Les fumeurs parisiens jettent (…) environ 10 millions de mégots dans les rues chaque jour, soit 350 tonnes par an« .

Et pourquoi cherchais-je ces chiffres ? j’étais en face d’un article des Echos sur Paris-la-crasse. Effectivement, cette ville est sale, ça se sait, y compris à l’étranger, et très largement du fait, non d’un budget rikiki, ni du manque de bonnes intentions, mais du fait de ses habitants, dont un bon nombre se comportent comme des cochons. On a un terme aseptique pour ça, bien poli : les incivilités.

Oui, les chiffres, donc… je re-cite : « La Ville essaie aussi la coercition. Elle a créé en 2016 sa propre brigade « anti-incivilités », la DPSP. Celle-ci compte aujourd’hui 3.400 agents, autrefois répartis dans différents services de la Ville. Ils ont dressé l’an dernier 37.866 procès-verbaux pour dépôts de déchets sur la voie publique. »

Donc 10 millions de mégots par jour… Supposant que les mégots sont jetés également entre 8 h et 21h, soit sur 14 heures, ça donne 714.000 mégots à l’heure, soit environ 200 mégots à la seconde balancés sur la voie publique.

Or (*), chaque agent de la DPSP a verbalisé 37.866 / 3.400 = moins de 12 fois par an, soit à la louche 1,2 prune par mois (eh oui, les congés payés) : sur 20 jours ouvrés, 0,06 prune par jour.

Bref : 6/100 ème de prune par jour / par agent de la DPSP, quand on jette (c’est interdit) 200 mégots à la seconde. Je ne cite pas – en fait, si, je les cite, mais je n’ai pas les chiffres – les crachats, mictions abusives, papiers, emballages, bouteilles vides, détritus divers, crottes de chiens « oubliées », tags… quoique les tags relèvent plutôt des interventions nocturnes, c’est un exercice typique d’insomniaque.

En termes de « rentabilité » (**) – il y a toujours une utile notion de rentabilité, ou d’efficacité, y compris  dans un service public -, calculez par agent le ratio salaire+charges, rapporté au montant des prunes collecté ; en déduire le nombre d’années pour un retour sur investissement. Vous avez deux heures.

Tibert

(*) Tout raisonnement matheux comporte au moins un « or », pour introduire une   nouvelle assertion à croiser avec les éléments déjà établis. Sinon c’est pas du jeu.  Voilà qui est fait.

(**) Dit de façon moins lisse : en termes de fric foutu en l’air.

Machintruc-cide

Le parricide, l’infanticide, le plébiscide… euh non pas lui… régicide, déicide, taupicide, raticide… on peut tuer (…cide) tout plein de trucs, avec chaque fois un terme précis-cide. Votre belle-doche vous insupporte ? un belle-mèricide y remédie.

Mais on a un cas bien particulier, le féminicide. Un féminicide c’est particulièrement affreux et ça doit être traité à part, prônent certain(e)s, du fait que,  a) une femme c’est plus faible, donc c’est un acte particulièrement lâche ; b) ce serait trop fréquent, plus fréquent en tout cas que le mâlicide, ce qui ne respecterait pas la symétrie. Sur cette dernière assertion, je me permettrai d’être dubitatif : y a-t-il vraiment plus de meurtres de femmes que d’hommes ? bien au contraire, disent les statistiques. La violence physique létale est principalement mâle, s’exerçant sur les mâles. Ce qui est vrai en revanche, c’est qu’il y a plus de femmes tuées par des hommes que l’inverse. Et c’est là que ça fait désordre : qu’attend-on pour rétablir l’équilibre, l’équilibre macabre des genres ?

Une étude diligentée par nos gouvernants devait statuer sur l’utilité de traiter spécifiquement le féminicide au plan pénal : des féministes virulentes le réclament. La conclusion vient de tomber : ben non ! pas la peine de traiter à part ce type de meurtre ou d’assassinat. Car tue-t-on une femme justement parce que c’est une femme, chromosomes XX ? parce que c’est SA femme ?  parce que c’est la femme d’un autre ? parce qu’elle passait par là et que c’est sur elle que ça tombe ? en fait, tuant une femme, on tue un être humain.

Tuer un être humain, mâle ou femelle  (et même les mammifères autres que les nuisibles, et encore !) c’est interdit, et heureusement ! sinon numérotons nos abattis et rasons les murs. Rayant le féminicide de la liste des trucs à traiter à part, Le législateur s’économisera un distingo douteux, voire pervers : quelle échelle établir ? est-ce plus supportable de tuer un ado qu’un retraité ? une jeune femme qu’une mémé ? un enfant que sa nounou ? peut-être, mais ce sont là questions abstraites et oiseuses : chaque meurtre est injustifiable par principe, et chaque meurtre a son contexte. Justement, il y a des juges pour en juger : laissons-les faire leur boulot.

Tibert

Coup de gueule et coup de chapeau

D’abord chapeau bas pour monsieur Graeme Allwright qui vient de tirer sa révérence dans sa maison de retraite du 7-7, à nonante-trois balais. Adieu à un chanteur-compositeur-adaptateur inspiré – de superbes traductions de Leonard Cohen, entre autres. Que Suzanne l’emmène écouter les sirènes et leurs chants jouissifs, et puis leur donner la réplique, si c’est possible.

Et puis comme Macronious a rendu visite au maire de Saint-Gervais, dans le 7-4 et dans les Alpes, ce dernier a reçu sur son compte Fesse-Bouc des monceaux d’ordures et d’insultes, menaces de mort etc… motif ? il avait reçu le président de la République. Ce qui justifie plus de 800 messages où sodomie, sperme et merde sont les motifs récurrents (et bien assortis, si l’on peut dire). Il va de soi que les auteurs de ces flatulences verbales se gardent bien de signer de leur vrai nom : orduriers mais prudents, des fois que… c’est chouette les pseudos genre « Paul Hochon » pour tartiner des insanités à connotation sexuelle. Ce qui ne fait que confirmer tout le bien que je pense des réseaux « sociaux », ces égoûts à ciel ouvert, où des gens très laids lâchent leurs sphincters.

Tibert

Le coût de l’application du règlement

( Les boules puantes dégueulasses balancées sur le parcours de Griveaux pour la mairie de Paris : j’écris LES, car la reddition du candidat au premier coup bas, alors que la Loi est avec lui – les Français en ont vu d’autres et ne sont pas des vierges effarouchées (*) – laisse supposer qu’il y avait d’autres munitions à suivre, au cas où… on pourra ricaner tristement en constatant que la vie politique française hérite de la pruderie faux-cul anglo-saxonne (la morale publique plutôt que les compétences) ET des méthodes poutiniennes pour flinguer les adversaires, à savoir les histoires de cul montées et arrangées. Ce qui ne grandit pas le débat… et tout ça pour rien : le char Griveaux était mal parti dans la course parisienne, de toutes façons. Un sale coup de surin dans le dos sur un candidat inoffensif… comprenne qui pourra. )

Mais, un peu d’air pur… je voulais mettre ici en lumière les nouvelles tendances de notre belle société moderne et branchée. La SNCF, qui a trouvé les noms les plus moches de la Planète pour ses TGV, façon Oui-Oui, a trouvé également le moyen de réinventer le transport en bétaillère. Les dispositions à deux fois deux sièges de rang, séparés par un couloir central, lui semblant trop commodes et communes, elle reproduit les installations à trois sièges accolés, comme dans les étroits avions lo-lo-coste, afin d’emmerder les passagers aux fenêtres ET leurs deux voisins, quand il faudra se déranger et déranger les autres pour aller faire pipi ou se dégourdir les jambes méchamment pliées. Ce qui permet de proposer des sièges isolés de l’autre côté du couloir : choisissez votre siège, et payez ! Cerise sur la pâtisserie industrielle à l’huile de palme, si vous voulez passer un moment peinard, siester, roupiller ou rêvasser tranquille, et que les voisins vous foutent la paix – ne pas parler fort, ne pas gesticuler, ne pas téléphoner de sa place, mettre des écouteurs pour sa zizique en conserve… tous comportements souhaitables, normaux et civils quand on voyage en commun – vous pouvez aussi payer : c’est cinq euros de plus (ça s’appelle « Place tranquille« ) pour que le contrôleur passe et fasse les gros yeux aux perturbateurs de la quiétude ambiante. On réinvente ainsi le bakchiche : vous souhaitez qu’on se comporte correctement autour de vous ? payez.

Tibert

(*) Que celui qui ne s’est jamais soulagé manuellement les burettes lui jette la première pierre, comme disait l’autre…

La femme du boulanger, bis (*)

Les dicos ont du souci à se faire : accusés de sexisme, quand la préfète est définie comme l’épouse du préfet, idem la boulangère (*), la bouchère, etc… Effectivement, préfète désigne en principe la femme-préfet, pas la meuf du mâle qu’on imagine classiquement dans ce rôle. Il y a des mentalités à changer, du vocabulaire à trouver… gros boulot ! il y a pourtant du vrai à la bouchère, qui trône – toujours les images sexistes, on n’en sort pas – derrière la caisse, tandis que son Jules s’active à parer les entrecôtes et ficeler les rôtis, « et avec ça ? » : c’est un équipage, une boucherie, très souvent un homme, une femme, chabadabada. Dans le même ordre d’idée, qui peut nier l’influence, l’assistance réelle et utile de l’épouse du préfet (ou du mari de la préfète, pour ne pas fâcher les pointilleuses gardiennes de la symétrie) dans les tâches de son conjoint (**) ? « quelque part », la meuf du préfet porte les épaulettes de son compagnon.

Allons plus loin : certes la Présidente n’est pas, au vrai sens du terme, « la femme du président« , mais une femme qui préside. Certes. Mais il y a de la métonymie là-dedans, qui fait sens : quand je dis que le boucher est ouvert (ça ne se dit pas de la bouchère, allez savoir pourquoi), je n’exprime pas que ce monsieur s’est éventré du haut en bas ; il s’agit, moins sanglantement, de son magasin. Le magasin enveloppe de son aura et désigne tout ce qui y est attaché, hommes, femmes et bêtes. Et, heureux hasard, les magasins ne sont pas sexués.

Tibert

(*) Marcel Pagnol était un précurseur du Sexuellement-Correct : il s’est bien gardé d’intituler son oeuvre La boulangère ; au reste elle ne boulangeait pas, se contentant de faire porter les cornes à son pauvre mari. On pourra en revanche épingler monsieur Rohmer, avec sa Boulangère de Monceau : en fait de boulangère, c’est une vendeuse ! Le film aurait pu s’intituler « correctement » La vendeuse de la boulangerie de Monceau, titre nettement moins vendeur.

(**) Je pose que conjoint est neutre, c’est comme ça, et le neutre, en français, s’exprime par le masculin. L’écriture inclusive, cette vérole, ne passera pas par moi.

Citations kif-kif statistiques

J’écrivais dans mon dernier billet « Les statistiques disent ce qu’on leur fait dire » : j’ajoute qu’il en est de même pour les citations. Tenez, on lance un film : campagne de pub dans la presse, assaisonnée comme il se doit de quelques bonnes critiques… « Indispensable (Téléramoche)… Grandiose (L’Officieux)… Un petit bijou (Les Unroc)« . Reprenons sans charcutage les phrases d’où sont extraits ces dithyrambes : « Un produit bâclé, vraiment pas indispensable »… « c’est d’une grandiose cornichonnerie »… « on est face, là, à un petit bijou de niaiserie »… malhonnête, évidemment, tripatouillage, mais faut ce qu’il faut, pas vrai ?

Dans le même esprit, une amie me signale – elle a apprécié l’humour – un article ironique du NouvelObs brocardant Macronious, qui au cours d’une interviouve au Monde le 30 janvier (*),  aurait sorti cette perle : « Je n’aime pas lire les mauvais romans« . Le NouvelObs en fait une tartine bien beurrée d’ironie et de second degré, « contrairement à vous, Macron gnagnagna…«  Contrairement à vous, c’est évidemment le journaleux qui l’ajoute, ce qui change foutrement le sens de la phrase, qui du coup exprime du mépris, de la morgue. Sinon ça passe pour un truisme grossier, une superbe lapalissade, plus plate que la Beauce en hiver. Qui, grands dieux, aime lire de mauvais romans ? (**) . Mais tout ça est tronqué, sorti du contexte, le journaleux se payant ainsi à bon compte la tête de Manu-les-Rouflaquettes. Je vous soumets un autre scénario, respectant la substance de la phrase incriminée :

– Monsieur le Président, que pensez-vous du dernier bouquin de François Ruffin : « Ce pays que tu ne connais pas » ? ( de François Hollande : « Les leçons du pouvoir », etc etc…)

– Je n’aime pas lire les mauvais romans…

Tibert

(*) Pas trouvé trace du texte original de cette causerie. On se perd en conjectures, dans les milieux bien introduits…

(**) Il arrive que, nonobstant sa répugnance, on doive s’obliger à lire : un traducteur pour gagner sa croûte, un étudiant pour une thèse, un relecteur pour traquer les coquilles… le boulot, quoi.

90 à donf’

Le Monde s’emmêle les crayons dans son début d’article sur le « département de la Nièvre renonce à revenir aux 90 km/h en raison de contraintes exorbitantes » : il intervertit 80 et 90… mais c’est pas grave, on a compris. Le gouvernement avait, du bout des lèvres, admis que cette mesure de limitation à 80 km/h était sans objet en région parisienne, dogmatique et absurde sur les départementales normalement « roulantes » – n’empêchant évidemment en aucun cas les fếlés du volant et les imbibés, très pressés ou louvoyants, de foncer comme si le code de la route était un chiffon de papier. Les autres ne roulent pas à 90 quand c’est 70 ou moins qui est raisonnable, voilà tout ; et de scruter amèrement leur compteur, car, 80 sur des voies dégagées et peinardes, c’est tout sauf naturel ; il y faut de la vertu et de l’abnégation !

Mais les conditions pour pouvoir revenir à une vitesse raisonnable sont, comme le dit le gars du Nord dans l’article cité plus haut, « du foutage de gueule » : en principe on peut, mais en fait non… il y aura toujours un chemin forestier, un arrêt d’autocar, un vicinal à croiser : ATTENTION !!! accidentogène !! nous sommes réputés infoutus d’évaluer les situations, de voir le tracteur là-bas, et donc à 80 au lieu de 90, croisant ce vicinal vicieux, on est sauf ! C’est débile mais c’est comme ça. C’est effectivement du foutage de gueule.

Cerise sur le gâteau, l’article du Monde en question renvoie à une tribune fort récente de monsieur Claude Got, « accidentologue » (toubib de formation, âgé de 84 ans ces temps-ci). Ce monsieur – qui a dépassé l’âge pivot de presque 20 ans, privant de boulot un plus jeune – vitupère les Présidents de Régions qui se soucient de rétablir les 90 km/h là où c’est raisonnable : ce serait du « mépris pour la sécurité publique« . Je cite un bout de sa tribune : Les décideurs s’opposant aux réductions des vitesses maximales (…) n’ont pas le courage de dire qu’ils apprécient la conduite rapide et qu’il est acceptable d’avoir 200 tués en plus dans une année, pour gagner de une à cinq secondes par kilomètre et faire plaisir à leurs électeurs pro vitesse.

Les statistiques disent ce qu’on leur fait dire : moi j’affirme, et je défie quiconque de prouver le contraire, la limitation à 80 n’y est pratiquement pour rien ; ce qui a sauvé plus de vies en 2019, ce sont des voitures plus sûres, des conducteurs plus sages, moins de pluie, moins de « crashs » de jeunes bourrés et entassés à six dans des vieilles caisses au petit matin, retour de boîte… et puis, si ça se trouve, enfin des sanctions contre les imbibés et les téléphoneurs au volant.

Il faut s’en convaincre, derrière les hypocrites concessions du gouvernement, qui en fait ne veut rien céder : 90 km/h c’est « de la conduite rapide« , si si. Vous réalisez ? ça décoiffe !

Tibert

Plussoir ou plussoyer sur le malheur

( Oui, j’essaie ce néologisme hardi, mais il est laid et mal figé, plusieurs variantes coexistent. Mais bon, pour voir, pour une fois… ça plussoie. Si ça vous rebute, on dira que ça abonde, ça renchérit… )

C’est l’histoire du congé aux parents qui perdent un gosse. Je résume : la loi octroie jusqu’à présent 5 jours ouvrés (une semaine, quoi… ) et une bonne âme « plussoyante » a proposé 12 jours (deux semaines, en quelque sorte). La ministre du Travail explique que 5 jours c’est convenable, que l’employeur a des contraintes tout de même, etc. Bref elle dit non. Tollé ! scandaleux, affreux, inhumain, et voilà Macronious qui fait sa grande âme, qui intervient pour appeler à plus d’humanité… la ministre se fait donc botter le train, désavouée, vouée à l’opprobre.

Je pose la question : combien de jours de congés « vaut » la mort d’un enfant ? six ? huit ? quinze ? c’est un décompte dérisoire et limite obscène : Il est clair que les parents vont passer par des moments difficiles, qu’ils vont devoir faire un deuil. Dans la plupart des quelques milliers de cas annuels (*), lesdits parents se mettent d’eux-mêmes en retrait, demandent un arrêt de travail, prennent des congés, etc. Bref : 5 ou 12 jours, là n’est pas le problème, le problème c’est le deuil.  Il y avait de l’humanité dans la loi à cinq jours ; on veut en rajouter une louche ?  c’est le tonneau des Danaïdes, ce truc. C’est un absurde et vain concours d’enchères « plus humain que moi tu meurs ». Allez, mettons trois mois, c’est plus humain.

Tibert

(*) J’ai entendu ce nombre à la radio : quatre-mille et quelque ; dont 500 par accident domestique, du genre la bassine de friture ou les doigts dans la prise de courant.