Billard à plusieurs bandes

( On se soucie, dans les canards, du prochain jugement en appel, le mois prochain, qui doit décider si, oui ou zut, madame Le Pen pourra, ou pas, rempiler pour candidater à la Présidence, l’an prochain. Et de se gratter la tête : serait-ce mieux pour le RN, ou moins bien, si c’était elle, au lieu de, disons… au hasard… monsieur Bardella ? lequel serait le mieux à même de gagner ? de perdre ? vaste sujet ! et là, les juges, mesdames-messieurs… quel est leur sentiment ? supposons – c’est purement théorique 😉 – qu’ils ne portent pas le RN dans leur coeur : ils pourraient être tentés de blanchir madame Le Pen, s’ils estiment qu’elle “perdra mieux” , ou, à l’inverse, lui interdire de se présenter, si Jordan B. leur paraît un “meilleur mauvais choix” . Bref, un jugement très politique, probablement – mais on vous dira qu’il n’en est rien. Ah c’est dur, c’est dur, et à quels sondages se fier ? )

Et puis le JDNews, avatar Houèbe du JDD – le Canard du Dimanche – à grands coups de pubs sur les kiosques des villes, claironne “Guerre en Ukraine : l’appel au sursaut” , avec les quatre trombines de MM. Ferry, Guaino, De Villiers, Dupont-Aignan. J’ai pu me documenter sur une entrevue que donnait le dernier nommé, disons “NDA” : pour lui l’Ukraine est un pays de m…, corrompu, pas démocratique, il faut arrêter de l’aider, l’Europe avec l’Ukraine c’est une double catastrophe, gnagnagna… bon, NDA est dans son registre souverainiste : la Frâânce, n’est-ce-pas, et puis l’Europe, beurk – je vous fais grâce des détails. Ceci étant, les faits sont hélas têtus : kiçéki a envahi l’autre, après s’être approprié la Crimée huit ans plus tôt ? et a contrario, qui pourra nous convaincre de la qualité du régime politique russe ? les libertés des citoyens là-bas ? Poutine le grand démocrate ? les louches “proxies” , du même style que les comparses qu’entretient l’Iran : Biélorussie, enclave de Kaliningrad, la Transnistrie en Moldavie, deux régions de la Géorgie, la Tchétchénie, et d’autres…

Bref : qu’on soit mollement enthousiasmé par la cause ukrainienne, ça peut se comprendre ; ce pays n’est pas encore une démocratie recommandable, il y a plein de bémols, les poulets de là-bas ne valent pas nos volailles labellisées, etc. Soit ! De là à vouloir nous jeter dans les bras de Vladimir P., non merci. “Un “sursaut” , réclament-ils, pour ce macho-nationalisme dictatorial, avide de conquêtes, réactionnaire et répressif ? Passons plutôt au large. Pour dîner avec le diable, mieux vaut, dit-on, faire usage d’une longue cuillère.

Tibert

F., G., B., Marcel Dugenou…

( Un procès s’annonce, nous dit Le Monde : celui d’une épouse de (plusieurs) (*) militants djihadistes, mère de cinq mômes, revenue finalement, avec ses moutards, des camps de détention de Syrie et d’Irak. Elle doit rendre des comptes pour ses errements au service d’une entreprise extrémiste et criminelle. Si le distingué canard monte cette histoire en épingle, c’est que Camille F. , F comme “vous n’aurez pas son nom” , n’est pas une de ces vies cabossées, prêtes à des dérives lamentables, mais, au départ, une bourgeoise instruite, musicienne accomplie (la flûte traversière), et promise à une excellente carrière scientifique. Elle rencontre le premier homme de sa vie, Sylvain M., nettement moins lisse. Et puis patatras, “catholique croyant, mais non pratiquant, le jeune couple décide un jour de se convertir à l’islam, lui parce qu’il cherche un cadre, elle davantage attirée par la spiritualité” .

Tiens, si on se convertissais à l’Islam ? se disent-ils. Ah oui, bonne idée, ça ferait un cadreet puis c’est spirituel, l’Islam… Voilà les excellentes raisons qui motivent le parcours du couple de Camille F. et Sylvain M. pour changer de religion, pour troquer un délire structuré pour un autre. Ont-ils seulement consulté le numéro spécial exclusif “Comparatif Croyances” de la revue “Le Bon Choix” ? les pour, les contre, les contraintes, les interdits, les régimes alimentaires, les gains possibles (offre paradisiaque, qualité des béatitudes, conditions d’accès…) ? les carrières, les coûts induits ? lui c’est le cadre, il veut un cadre. Elle, elle en tient pour de la spiritualité, on voit très bien le truc, c’est une femme… et là, coup de chance, ils ont trouvé un cadre, bien cadré, ET une spiritualité correcte.

Dans un autre article, le même canard nous compte par le menu les furtifs et coupables dispositifs d’un certain “Navy Kéo” pour photographier / filmer les femmes dans les toilettes – les toilettes du Collège de France, pas n’importe quelles tinettes ! Faux détecteur de fumée, caméras bricolées, et des tas de clichés de fesses… il a fini par se faire pincer, après moult signalements, signalements sans suites, allez comprendre. Ce type, donc, nommé bien clair dans l’article, prénom-et-nom.

Le Parigot, lui, nous conte une affreuse histoire de viols répétés sur une femme, dont on donne l’identité, la ville de résidence, avec une photo du pavillon du violeur. On y apprend que la malheureuse a subi, pendant des années, les sévices sexuels de “Cyrille H.” et de son père “Jean-Jacques H.” , l’instigateur. On ne saura pas qui sont les “H.” père et fils ; quelle curiosité malsaine ! et puis, la présomption d’innocence, non mais…

Bref, quelle est la règle ? on donne ici le nom, là rien, ou juste une initiale, ailleurs on change le prénom… selon la vitesse du vent entre les barreaux de la chaise, l’humeur du moment, les fluctuations du brent sur le marché de Toronto. J’aimerais comprendre la logique de la chose.

Tibert

(*) Nuance : si la femme de djihadiste peut avoir plusieurs maris successifs – le précédent ayant fait défaut -, le mâle, lui, peut en avoir plusieurs, simultanément. Les mâles, hein, c’est quand même aut’ chose !

Moi (et le chaos), ou le chaos

( Encore une rave-party – boum-boum-boum, à donf’ -, au nord de l’Hérault cette fois… trois jours de sono à tuer les tympans, terrains saccagés, dopes diverses un peu partout, et la Préfète qui lance, comme ses collègues dans les mêmes situations : “qu’est-ce que vous voulez qu’on fasse ? ils sont arrivés on a été pris de court, on a pas pu empêcher, gnagnagna” . Le truc, c’est que les teuffeurs impénitents et sauvages se servent de messageries cryptées pour organiser, diffuser, faire passer leurs projets, consignes, alertes, etc… : “c’est crypté ! on peut pas être au courant !” De quoi ricaner tristement : comment infiltre-t-on, afin de les prévenir, les projets d’attentats ? comment détecte-t-on les imams qui prêchent le djihad le vendredi à la mosquée ? comment les Renseignements Généraux se documentent-t-ils sur les mouvances extrêmes de tous bords ? Les surveillance sur les bonnes personnes, des infiltrations aux bons endroits : ça fonctionne plutôt bien, et ces techniques sont vieilles comme le monde.

Alors, on n’est pas fichus, en collant quelques teuffeurs sous-marins ici et là, de se renseigner sur les rave-parties en préparation ? on est si mauvais que ça ? Gageons plutôt qu’il y a des consignes de laisser-faire, peut-être pour de bonnes raisons ; mais chut, ça ne se dit pas. Alors, ça va continuer… )

Et puis le Jéfé Mélenchon, fort de sa première prise de guerre assez épaisse, Saint-Denis, dans le 9-3, y clamait hier, en terrain conquis, donc, que sa formation s’imposait évidemment à gauche, la gauche c’est lui (la République aussi, paraît-il), et donc, les primaires, aux chio.. à la poubelle ! Le Monde titre : JLM “installe son duel avec le RN” . Voilà… cependant qu’une autre musique nous est jouée en arrière-plan par les acolytes et groupies, le thème étant, en substance : si le RN (Bardella, ou Le Pen) passe en 2027, ça ne se passera pas comme ça ! Le maire de Saint-Denis, évident relais de la Pensée-JLM, énonçait récemment, sur LCI, que si le RN gagnait, il y aurait légitimité institutionnelle, mais jamais légitimité populaire. Sur le site Houèbe “Oumma” , dédié à la population musulmane, il déclarait également ceci : “J’ai l’intime conviction que la population est capable de se lever” .

Voilà, sans doute, le dilemme que le Lider Maximo des Insoumis tente de mettre en place pour l’an prochain : voir le titre. En somme, pour le pire, ou pour le pire.

Tibert

Un clou chasse l’autre

( Le Monde fait l’apologie de la fête : la fête c’est chouette. On y met en parallèle les ripailles (légales) du “Canon Français” et les rave-parties (illégales à 95 %, dévastatrices pour l’environnement et le voisinage), déplorant que les unes et les autres soient honnies – pour des raisons quasi diamétralement opposées – et qu’on veuille les interdire, également pour des raisons opposées. On découvre, au fil de l’article, que dans le non-dit (sic), les agapes à base de cochonnailles du “Canon” seraient islamophobes, une insulte au poulet grillé halal, chéri des Insoumis de monsieur Mélenchon… remettons les choses à l’endroit, c’est l’islam qui est cochonophobe. On lit de drôles de choses, ces temps-ci. )

Mais passons. Il y a six jours, la France découvrait (redécouvrait, comme une rengaine) la violence de rue, à grands coups de mortiers d’artifice en tir tendu vers les policiers, pillages, cassages, incendies de voitures, etc… et les ministres concernés de lever les bras au ciel, ah la la, ma pauvre dame, et notre Premier Lecornu de convoquer son staff pour travailler à des mesures radicales et efficaces. Bon… mais il y a un-deux jours, la France découvrait (redécouvrait), sur une affaire affreuse de rapt et meurtre sur une gamine, que la Justice merdouille lamentablement, que des dossiers supposément prioritaires dorment des mois sous la pile des affaires à juger, que des individus clairement impliqués dans des plaintes pour pédocriminalité peuvent vaquer à leurs horreurs sans être inquiétés… Et les ministres concernés de battre la coulpe de leur ministère, et le Premier Lecornu de convoquer, etc – voir plus haut.

On a, à l’occasion, par ci-par là, des détails croustillants… les dossiers d’instruction se transmettent par courrier ! sous enveloppes kraft. Heureusement, les départements sont goupillés pour qu’un homme à cheval puisse se rendre en UN jour maximum à son chef-lieu. Du 3-1 au 3-2, contigus, de Toulouse à Auch, il faut donc deux jours tout au plus : ça va vite ! enfin, ça devrait.

Je vais vous dire : on n’a pas le temps de prendre la mesure d’une insuffisance, d’un raté, d’une aberration, et donc, de prendre des mesures, forcément énergiques, qu’il faut s’occuper urgemment d’un autre loupé plus frais. Comment voulez-vous qu’on y arrive ? ça va trop vite… y en a trop !

Alors ? alors, une vague efface l’autre, et ainsi de suite ; ça fonctionne très bien. On attend donc le prochain épisode aberrant, “comment c’est-il possible ça ? ” pour passer à autre chose. Tenez, depuis combien de temps n’avons-nous plus de nouvelles de l’enquête du PNF, le Parquet National Financier, sur les initiatives financiaro-culturelles de la famille Lang avec monsieur Epstein – oouops, “Epstine” , le magnat des nymphettes ?

La mer sans arrêt / Roulait ses galets…

Tibert

Avec-la-plus-grande-fermeté

( Un ingénieux inventeur vient de remporter le concours Lépine (en un seul mot), pour une douche qui économise l’eau froide, l’eau “d’avant qu’elle arrive assez chaude” . On connaît ça : on ouvre le robinet, et l’on attend, tâtant, que ce soit à bonne température ; en attendant, glou-glou, l’eau part par la bonde, en pure perte. Si le chauffe-eau est à l’autre bout de la maison, eh bien… c’est long ! et coûteux. Cet astucieux système “bon pour la Planète” est en vente autour de 900 euros, et serait, paraît-il, rapidement amorti.

Plus modestement, je signale que l’achat d’un seau en plastique de 8-10 litres revient environ à une quinzaine d’euros. Le rustique système que je pratique : tant que l’eau est trop froide, elle va dans le seau, au pied de la douche. C’est bête, hein ? le contenu du seau servira à remplacer une chasse d’eau, arroser des pieds de dahlias, sincer (*) le carrelage…… ad libitum. J’en ai d’autres, des inventions Lépine comme ça, mais je les garde pour de futurs billets.

Ceci étant, je reviens sur l’épisode caniculaire qui a accablé la France en Mai : un peu partout, dans les “quartiers”, en banlieue, des imprudents avides d’eau fraîche ont vandalisé des bornes d’incendie ; c’est évidemment illégal, stupide, car les pompiers n’ont plus de munitions, et ruineux, bien plus que l’eau froide d’une douche. A Poissy, dans le 7-8, la maire a eu à traiter ce genre d’ “incivilités” , je cite , L’élue s’est ainsi exprimée pour condamner « avec la plus grande fermeté ces comportements irresponsables qui pénalisent toute la population ».

Chaque fois qu’un de nos Chefs, de nos Ténors, “condamne avec la plus grande fermeté” , je ricane tristement : la phrase est incomplète, il manque l’énoncé de la condamnation ! Par exemple “condamne (… fermeté… gnagnagna… ) à six mois de Travaux d’Intérêt Général, trois mois de stage citoyen, effacer les tags, rembourser les poubelles brûlées, payer les réparations, un an de taule” , etc. En fait, on ne condamne… à rien du tout : du pipeau.

Parmi ces lassantes formules vaines et venteuses, il arrive parfois que pointe une vraie réaction, concrète, appropriée. Voyez Asnières, dans le 9-2, affligée des mêmes désordres de bornes à incendie ; on a pu identifier les vandales, et la mairie leur a envoyé la facture {eau + dégâts}, soit presque 2.000 euros. J’ignore si c’est “avec la plus grande fermeté” , mais la somme est éloquente, lisible, et carrément pédagogique. Les casseurs, ou leurs parents, rembourseront-ils ? c’est un autre histoire, mais on assiste enfin à quelques tentatives pour en finir avec les airs de flûte.

Tibert

PS – Dans cette veine, le Premier Lecornu appelle à élaborer des lois pour faire payer la casse par les casseurs, pas les contribuables : c’est le bon sens même, mais attendons de voir. “Parole, parole” , chantait Dalida.

(*) Sincer : passer la serpillière, ou la wassingue, ou la panosse, ou la since, dans l’ouest – un peu d’exotisme.

Calendrier des futurs dégâts

Un éditorial du canard Arverne La Montagne titre “Quand le foot devient un terrain d’affrontement” ; je suppose que son rédacteur se réveille tout juste d’une longue période d’hibernation ? l’an dernier c’était pareil, pour la même compétition. Et pour la fête symétrique qui honorait, à Londres, dimanche dernier, les valeureux et malheureux footeux d’Arsenal, on a eu pareil – en moins dévastateur, vu qu’ils ont perdu. Remontons à 1985, ça fait tout de même 41 ans ! 34 morts au stade Heysel, en Belgique. Des heurts entre “supporters” . Le foot, c’est une des diverses occasions de tout casser, brûler, piller.

Eh oui, toute occasion festive, ou de manif, ou de gros rassemblements, est, depuis quelques lustres, occasion de bazar. La prochaine ? le dimanche 21 juin, le “Fête de la musique” , qui a perdu son âme depuis longtemps : pintes de bière, viande soûle et murs de son. Puis le 14 juillet, puis… on peut dresser un calendrier prévisionnel, très précis, des émeutes, cassages, Vélibs et bagnoles brûlés, commerces pillés, poubelles incendiées, flics et badauds blessés. C’est réglé comme du papier… à musique.

Il n’y a tout simplement, pour toute une large frange de notre jeunesse, plus aucun ciment républicain ; a contrario, elle se nourrit à satiété de haine et de désordre ; accessoirement les pillages mettent du beurre sur les burgers-frites, permettent de s’acheter de la beuh ou du gaz hilarant. C’est grave, docteur ? embarqués comme on est, c’est bientôt fichu. Les ennemis de notre modèle démocratique, de LFI à Poutine, peuvent se réjouir, nos ennemis sont chez nous, à l’intérieur, tandis que dans notre BoboLand le déni du réel tient lieu d’anxiolytique : “la situation a été globalement sous contrôle” , comme on a pu le constater 😉 . Prochain message rassurant, globalement satisfait, (presque) tout baigne : le 22 juin, au lendemain des “débordements” de la Fête aux Murs de Son.

Tibert