Du bon usage du flou

Floutons, floutons, ça peut aider.

Sur un article du Monde, traitant du G7 à Evian, on a la photo non floutée de deux membres des services de sécurité présidentiels, entourant Macronibus : lui, sa trombine nous est familière, mais les deux zèbres, ç’en est fini de leur anonymat ! bravo les journaleux, belle bavure.

Je traitais, dans mon dernier billet, des noms : parfois ils sont donnés, parfois pas, on ignore suivant quelle logique… des pudeurs de chaisière, ou pas. Tenez, cet article du Parigot sur un restaurateur de Lectoure, dans le 3-2, le Gers : lui a choisi d’afficher ! Sur la devanture de son restau, le nom et la photo de son cambrioleur-saccageur, surpris par la vidéo-surveillance, bien reconnaissable, en train de piller et vandaliser, un multi-récidiviste “bien connu des services de police” , mais toujours en liberté… et c’est le bistrotier qui risque des ennuis, bref le monde à l’envers. Présomption d’innocence, droit à l’image… certes, mais si les services régaliens sont inertes, on soupire et on tend l’autre joue ?

Le flou, c’est encore bien pratique ailleurs, ça laisse libre d’interpréter. Je me suis bien diverti à cette histoire : une séance de conseil municipal à Ivry, dans le 9-4, ville de l’ex-couronne “rouge” de la région parisienne, truffée de rues Maurice Thorez, d’avenues Lénine, de places Jacques Duclos. Il se trouve que le maire est inscrit au PCF, ça existe encore ; deux des récentes conseillères élues sont musulmanes – c’est leur droit le plus strict – et le font savoir, foulard sur la tête, et fières de l’être. Un conseiller RN, d’opposition, donc, propose, au nom de la laïcité et du bon “vivre ensemble” , d’adopter une mesure réglementaire prohibant les “signes religieux ostentatoires” lors des séances de délibération… proposition rejetée.

Ledit conseiller pose alors un crucifix devant lui, énonce clairement que, donc, il est libre d’afficher ses convictions religieuses, et se met à réciter à voix haute (il a son micro, c’est une grosse mairie) le “Je vous salue Marie” . Evidemment le maire s’étrangle de fureur, scandale, etc. J’ai trouvé la démonstration excellente : la preuve par A+B que le “vivre ensemble” est très dissymétrique ; à la mode Allah, c’est bien vu ; à la sauce Jésus, ça coince. Quel dieu est légitime ? Un certain Marx, un Allemand barbu, énonçait jadis que “la religion est l’opium du peuple” : apparemment ce n’est plus d’actualité, du moins pour certaine religion.

Tout ça parce que la loi est floue. Parce que, si les actes officiels , avec la ceinture tricolore, mariages, citoyenneté, etc… exigent le respect de la laïcité, aucune précision sur ce sujet ne régit la vie interne des mairies, conseils, délibérations et autres débats. Donc : l’Islam en profite pour avancer ses pions. Maintenant, va-t-on se soucier de préciser les choses, de cadrer le sujet ? ce n’est pas du tout gagné : le gouvernement a d’autres chats à fouetter ; le maire d’Ivry a déjà dégainé le distingo “laïcité / neutralité” (la neutralité : magnifique ! “tu affiches ta religion ? je suis neutre et bienveillant, pourvu que tu sois de mon bord” ).

Voilà… la loi de 1905 a du souci à se faire. La laïcité-1905 visait à remettre la “calotte” , alors envahissante, à sa juste place : la vie privée. On en trouve aujourd’hui des interprétations très édulcorées. Des laïcités de ce calibre, moi j’appelle ça du laisser-faire.

Amen.

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