Le (bon) sens de la fête

( Ah tiens, on vient de gauler un jeune surdoué de l’arnaque au CPF, le Congé Personnel de Formation. Presque 7 millions d’euros piqués à la CDC, la Caisse des Dépôts : la France est bonne fille, vache à lait, “quoi qu’il en coûte” , et autres générosités mal bordées, aux dépens des contribuables que nous sommes. Le dispositif du CPF est d’une grande fragilité, trop permissif, peu contrôlé : facile à berner, et ça se sait. Je reçois de temps en temps, moi-même, pourtant pas concerné, d’innombrables mails, relances téléphoniques… pour m’embarquer dans des cursus bidon, et flouer l’Etat. Au fait, dans l’article cité, on a le nom complet, et le portrait du “suspect” : ça change des prudents et habituels “Jean-Michel T. (le prénom a été changé) est soupçonné de… ” : curieuse imprudence ; c’est sans doute qu’en l’occurrence on ne risque ni amalgame, ni stigmatisation ? )

Mais on causait, à la télé, d’un banquet du Canon Français : au vu des ripailles et de l’ambiance, et ne connaissant pas la chose, j’ai tenté de me documenter ; sur Le Monde on en cause, mais en négatif : il semblerait que les liens de la société organisatrice de ces banquets avec monsieur Stévenin, catholique militant, classé très à droite, et fort riche, soit problématique. Des bouffes festives, mais réactionnaires… diantre ! D’aucuns réclament qu’on interdise ça : quel scandale, payer 80 euros – c’est le prix d’inscription – pour manger et boire abondamment, et de la charcuterie ! du porc ! sans options halal, casher, végétarien, vegan ? le tout, tenez-vous bien, avec de la sono façon Sardou et Aznavour !

Soyons clairs : c’est librement qu’on s’inscrit au Canon Français, sans flingue dans le dos. On n’aime pas ça ? on fait autre chose, le pays est vaste, le choix abondant. A l’opposé, tenez, des tas d’établissements proposent, pour 80 euros, voire plus, des radis au yaourt allégé, des brocolis-vapeur sur un discret pavé de tofu ou de colin poché, une salade de fruits (deux quartiers de mandarine et trois canneberges), le tout dans une ambiance compassée, avec du Vivaldi en sourdine. On veut du halal ? on en a la possibilité, un peu partout ; moi je passe au large, c’est encore permis, et il reste suffisamment, jusqu’à présent, de boutiques pour proposer du cochon (*).

Il paraît qu’à la “Fête de l’Huma” , ou de Lutte Ouvrière, etc, on peut boire, abondamment, bouffer des tas de trucs, éventuellement chers, y compris du cochon et du non-cochon, qu’on y entend – pas du Sardou – des chansons pas toujours intéressantes, et que c’est clairement destiné à financer des partis très à gauche. Je n’y vois aucune objection, tant qu’on ne m’obligera pas à en être. C’est la diversité, la pluralité, bref : la démocratie, qui veut – certains ont du mal à l’admettre, apparemment – qu’on supporte d’autres façons de fonctionner, même de celles qu’on n’aime pas du tout !

Tibert

(*) Les plus gros consommateurs de cochon ? les Chinois ! un pays très très à gauche, pourtant (enfin, c’est ce qui se dit).

Au placard à balais

Tiens : un article des “Numériques” sur une quelconque nouvelle voiture électrique : le journaleux constate, navré, qu’il n’y a “pas de coffre avant (frunk)” . Il précise donc, le journaleux, pour nous instruire, qu’un coffre avant c’est un frunk. Ah… et ça sert à quoi ? de coffre avant. De fait, ce néologisme moche est la contraction de “front trunk” = coffre avant. Je continuerai à dire “Ah tiens, y a pas de coffre avant” : c’est ma langue et j’y tiens, contrairement à certains malfaisants.

De deux, il ne vous aura pas échappé que le club de mercenaires du PSG de Paris et de Saint-Germain (des Colombiens, des Ukrainiens, des Brésiliens, des Français, un Russe… le patron est du Qatar), tous natifs de Saint-Germain en Laye, voire de Paris, s’est illustré, hier soir, face au club allemand du Bayern (des Anglais, des Français, des… tas de nationalités, tous mercenaires Munichois de pure souche). Le Monde se régale de la chose, bravo les petits ! Le Parigot itou, évidemment. La différence ? 127 interpellations hier soir à Paris, des dégradations, des bagnoles brûlées, des émeutes, des flics blessés (Le Parisien) ; aucun incident digne d’être rapporté (Le Monde, au pays des Bisounours).

De trois, on apprend que le néo-maire de Saint-Denis, dans le 9-3, n’a pas envie de voir la trombine du Président Macron au mur de son bureau, à la mairie : il a donc posé ledit portrait dans un placard à balais. C’est légal : rien n’oblige les mairies à placarder au mur la trombine du Président du moment (*). Cependant, le préfet du 9-3 lui a demandé instamment de remettre le cadre en place : c’est un usage constant et républicain, auquel il serait malséant de se soustraire. Rien d’obligatoire, néanmoins… gageons que si notre malheureux pays voyait le Chavezo-Maduresque Mélenchon accéder aux manivelles en 2027, monsieur le maire de Saint-Denis s’empresserait, ravi, de coller la trombine du Gourou des Insoumis au mur de son bureau. Comme quoi, la déco, c’est quand même une affaire très personnelle.

Tibert

(*) Anecdote authentique : dans le petit bourg de C., dans le 4-4, un couple de mes amis se mariait ; c’était fin juillet 1981, et Mitterand occupait l’Elysée depuis trois mois. Au mur de la salle municipale, la trombine de monsieur Giscard d’Estaing ! Le marié fit gentiment remarquer au maire que le portrait était obsolète. On se retrancha, côté mairie, derrière des excuses vaseuses, les délais, pas le temps… en fait, ce n’était pas illégal ! Et si ça se trouve, le maire de Saint-Denis pourrait dès à présent arborer le Mélenchon au mur, sans que ça pose problème ! La Loi est peut-être mal faite.

Très motivé, vous pensez bien

( Un film qu’on peut – ou pas – voir sur Artépointévé : “Un balcon à Limoges” : une histoire clairement inspirée d’un affreux fait divers à Tours, un crime au féminin avec dépeçage subséquent… à ce propos, les cinéphiles se déchirent, savoir s’il faut “spoiler” , “divulgâcher” ou pas le sujet. Rien de tout ça : on peut éventer la chose, ou la divulguer ; à vrai dire, le scénario étant tiré d’une affaire très bien documentée, tout un chacun a le loisir de se renseigner sur le Houèbe, chez Wiki ou autre. Et tant pis pour le suspense ! D’ailleurs, je vais éventer / divulguer un secret bien gardé : si vous allez voir le film “Titanic” … à la fin, le rafiot coule (ah zut, fallait pas le dire ! )

Mais deux articles se télescopent dans Le Monde : de une, “Je déteste mon job, mais j’ai l’impression que c’est comme ça partout” . Triste constat d’une jeunesse qui pédale dans la choucroute, quand il est clairement essentiel de s’épanouir dans son métier (*). De deux, “La lettre de motivation survivra-t-elle à l’IA et aux évolutions du recrutement ?” . Evidemment, si le jeune postulant détaille dans son pensum de motivation la sombre nécessité pour lui de gagner sa croûte un peu mieux qu’au RSA, alors que l’idée seule lui donne des boutons, ça ne va pas le faire ! J’ai souvenance de m’être tapé moi-même des tas de missives de ce type : des lettres en papier, manuscrites, bien propres, et mises à la poste ! pour les graphologues de la DRH. Autre temps… de nos jours, l’IA vous pond, sans fautes de français, des textes à faire bondir d’allégresse les recruteurs : enfin on le tient, le cariste jeune, dégourdi, sérieux, super motivé, pour le hangar 3 ! et cinéphile, en plus.

Cet exercice stupide, exécuté au stylo, servait surtout à détecter les individus confus dans leur tête, incultes, et les cas de psychiatrie clinique ; y dérouler une prose digne d’un Flaubert ou d’un Camus ne servait guère, face à des lecteurs pas toujours aptes à en apprécier la qualité. Mais pour le reste… évidemment, nom d’une pipe ! que si je postule, ce n’est pas pour vous informer que ce boulot m’emmerde, que je déteste votre boîte ; non, j’en rêve, je jubile à l’idée de, je suis prêt à… et l’IA vous racontera ces fadaises mieux que moi.

En somme, l’IA sonne la mort de la lettre de motivation : bon débarras.

Tibert

(*) Je rabâche, je sais : “Si tu fais de ta passion ton métier, tu ne travailleras jamais de ta vie” . C’est toujours aussi vrai.

Poulet forcément confessionnel

( C’est discrètement passé sous les radars de la presse, le Conseil d’Etat vient de confirmer la dissolution du groupe politique “La Jeune Garde” , autoproclamé antifa, et cofondé par un député LFI ; groupe impliqué dans moult bagarres, dont la dernière a vu le tabassage à mort d’un militant de droite-droite. Le Monde s’en est fait l’écho, avec ce titre curieux : “la dissolution du groupuscule antifasciste la Jeune Garde, mis en cause… ” . C’était donc un groupuscule (un tout petit groupe, une chapelle) mais il était antifasciste, sans guillemets. On a donc dissout une formation antifasciste ? c’est moche, l’antifascisme ? ou bien était-ce une formation “qui se disait antifasciste” , avec des guillemets ? parce qu’en l’occurrence, ce groupuscule, comme on dit dans les cours de récré, “c’est celui qui le dit qui y est” . )

Mais parlons bouffe… “food” selon le terme désormais consacré, vu que nourriture est trop long, manger obsolète (on peut apporter son manger), et bouffe ? péjoratif, de l’argot, fi donc ! Moi j’en tiens pour la bouffe, c’est de chez nous : anoblissons le terme. Une chaîne de néfaste-foude, de vite-bouffe, sans salles de restauration – on mange dans la rue, on s’assoit où l’on peut – se répand rapidement, avec, disons… avec ardeur, dans une ambiance souvent conflictuelle, avec les mairies, les copropriétaires des lieux, l’administration… j’ai nommé “Master Poulet” (disons MP), qui a droit à un long article dans Le Parigot. Saluons le terme français, Poulet, qui, bizarrement, cohabite avec Master, en anglais. On aurait pu avoir “Maître Chicken” , évidemment. Bof… il y a aussi des “Poulet Addict” , des “Chicken King” , etc. Bref, du poulet ! viande plébiscitée : c’est moins cher. A vrai dire, quand l’entrecôte tourne à 35 balles au kilo… (*) Mais d’où, ces poulets ? des qui courent dans les prés ? qu’on trucide après au moins trois mois de vie au grand air ? ne rêvons pas, ça vient d’élevages industriels, aux Pays-Bas, paraît-il.

Le poulet “vite fait” de MP est grillé, pas frit : c’est moins pire, donc, pas du genre beurre sur les rillettes, et moins de nuisances des fritures. Mais, comme une grande proportion des fissa-bouffe, c’est du halal ! Pourquoi ? bonne question. Je propose une explication : au vu des implantations de MP, surtout dans la couronne parisienne, c’est un signe positif pour la clientèle “populaire” , comme on dit par euphémisme. Halal ? le mécréant, l’athée, le chrétien… tolère, vu que ça se mange ; le musulman y tient, lui, dit-on ; c’est donc vite vu. C’est d’ailleurs le même raisonnement qui dicte le choix du halal à tout plein d’enseignes de véloce-bouffe, Burger Queen… et qui interdit le porc dans les avions.

Sauf que non ! De une, c’est une viande “religieuse”, avec une dîme au clergé : ce n’est pas anodin, de financer malgré soi des cultes qu’on n’apprécie pas. De deux, les divers Comités de Défense des Animaux, très virulents quand ils dénoncent des abattages inhumains, sont curieusement muets sur l’abattage rituel, manifestement cruel. Que voulez-vous… c’est très mal vu, voire dangereux de critiquer la chose, on pourrait se voir soupçonné de je ne sais quelle machin-truc-phobie.

Tibert

(*) Vu lors d’un reportage télé sur les difficultés de la pêche, le prix du fioul etc : un micro-trottoir dans une poissonnerie de la rue Monge, à Paris. Le prix affiché sur les belles soles : 60 €/kg. Et pas épluchées, les soles ! On table classiquement sur 40% de déchets, ça met la chair à 100 €/kg. On ne verra pas demain les rapid’bouffe à la sole.