Rues de boutiques obscures

(J’emprunte à monsieur Modiano le titre “à peu près” d’un de ses bouquins, j’ai déplacé un “s” ; j’espère qu’il ne m’en tiendra pas rigueur)

Juste une “intro” pour vous mettre en appétit : Un article du Monde, sur les récentes déclarations de Macronibus concernant les crimes de l’esclavage… je cite : “Esclavage : la justice suppose une forme de réparation – Les paroles d’Emmanuel Macron à l’occasion du 25ᵉ anniversaire de la loi Taubira marquent un pas, certes insuffisant, dans la bonne direction… ” . “certes insuffisant” : c’est le journaleux qui nous balance ça, comme un truisme, deux et deux font quatre ! Pourtant… de une, l’esclavage fut une abomination, mais ça continue, de manière plus feutrée ; de deux, tous les esclavagistes et esclavagismes sont à dénoncer, et il y en a, en pagaille, qu’on a oublié ou qu’on oublie soigneusement ; de trois, soyons exhaustifs : il faudra nécessairement que l’Italie nous dédommage pour les ravages de Jules César dans les Gaules ; que la Hongrie demande pardon à l’Italie et la rembourse des déprédations d’Attila… je continue ? on n’est pas au bout, et n’oublions pas les Barbaresques.

Mais Le Monde, toujours lui, nous régale d’un article “djeune” , truffé d’anglicismes inutiles, sur les barbershops (les barbiers). Nous avons pourtant, depuis des siècles, des coiffeurs et des barbiers ; ils pratiquaient même jadis un peu de médecine, mais pas en anglais. On a changé tout ça, et maintenant on doit tout savoir des modern mullets (?), on nous montre des photos de nuques “coupe cheveux homme avec messy frange taper cut oreilles” , du charabia anglo-machin avec par ci-par là un ou deux mots en français.

La réalité est assez loin de ce curieux engouement pour les coiffeurs britanniques et leur vocabulaire, et qui n’ont par ailleurs rien de plus que les nôtres – parfois même, des diplômes en moins. Ces néo-barbiers sont massivement racisés, comme on dit maintenant ; et si les enquêtes policières fleurissent sur le blanchiment d’argent sale (de la drogue, mais pas que), concernant les “bars à ongles” , les gargotes “bouffe vite et casse-toi” , les barbershops, les instituts d’extension des cils, de relaxation, de massage exotique… c’est pour d’excellentes raisons ; ces enseignes permettent de rendre propre du fric mal gagné, en excipant d’un gros chiffre d’affaires et d’une clientèle abondante, qui, curieusement, répugne à payer par carte bancaire. Ce, avec des salles souvent désertes.

Au fait, il faut supposer que taper se prononce “t’as peur” , mais ça va sans dire. Et merci aux journaleux : grâce à leur zèle, nous devenons chaque jour un peu plus globish.

Tibert

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Recopiez ces symboles *