Citations et proverbes

( Titre du Monde hier matin : “Un spectacle qui nous fait honte à tous » : les images du discours d’Emmanuel Macron à l’Assemblée générale de l’ONU. Que comprenons-nous ? que Macronibus nous a roulé dans la boue, nous les Français, avec un discours lamentable, ridicule, scandaleux. Eh bien vous avez tout faux ! C’est lui qui disait “…un spectacle qui nous fait honte etc etc” , et le canard nous proposait d’y aller voir plus creux. On dira ce qu’on voudra, le journaleux qui a pondu ce chapeau d’article ne s’est pas relu, ou bien d’aucuns ont trouvé ça piquant, voire marrant, au Monde. )

Mais autre chose : un député du RN, monsieur Tanguy, dans un discours quelque part en France, avant-hier, énonçait : “Car oui, le travail rend libre, un salaire digne rend libre, des droits sociaux acquis par le travail rendent libre” . Bon… eh bien, aussi sec, des esprits chagrins ont traduit en allemand (*), allez savoir pourquoi (il s’exprimait en français, monsieur Tanguy). En allemand, ça donne à peu près, si on isole le premier membre – ce qui tronque et dénature le propos – “Weil, ja, Arbeit macht frei, etc” . Horreur, on y déchiffre la devise qui ornait le portail du camp de concentration d’Auschwitz, dans les années 40 ! Donc, abomination épouvantable : un type du RN ressort le slogan des nazis à Auschwitz ! haro sur monsieur Tanguy.

Sauf que, si les nazis ont évidemment détourné de manière dégueulasse un point de vue assez banal et consensuel, ça reste un point de vue assez banal et consensuel, sauf chez les adeptes du RSA-et-basta : si tu veux gagner ta liberté, il te faut travailler. Banal, consensuel, et il n’y a pas que les nazis qui aient sorti ça : tenez, Simone de Beauvoir, pas vraiment suspecte de nazisme (**), ni inscrite au RN : « C’est par le travail que la femme franchit la distance avec le mâle et conquiert une liberté concrète ».

Une autre ? celle-là est plus impertinente… Boris Vian : “Le travail, c’est la liberté. La liberté, c’est celle des autres. Le travail, c’est celui des autres” . Je vous laisse traduire ça en allemand, des fois que.

Tibert

(*) Italien : “Infatti, si, il lavoro ti rende libero” (bon, soit ! et alors ?) ; en portugais… etc.

(**) Pas super-résistante non plus, selon les historiens. Mais c’est une autre histoire.

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