Macabres décomptes

( En addendum à mon dernier billet : une autre noble cause, bien que, comme l’énonçait lucidement Michel Rocard, nous ne puissions pas accueillir chez nous “toute la misère du monde” … le Monde publiait il y a peu, et curieusement en rupture avec ses thèmes chéris, un article fouillé et très critique sur l’apostasie dans l’Islam : on sait, ou pas, qu’un musulman qui renie sa religion risque tout simplement, dans de nombreux pays, la mort ! ou, à tout le moins, la mise au ban de sa famille, de son entourage, de la société. Minorités opprimées, donc… ça vaut bien la cause LGBTQIA+ , non ? Hasard heureux, nous sommes encore pour quelque temps un pays laïc, où il est même légal de critiquer les religions ! )

Bref… je lisais hier que le maire d’Agde, dans le 3-4, maire RN, faisait face à de vives critiques, ayant entrepris d’ériger un monument très controversé. Je cite : “L’élu invite ses administrés à l’inauguration d’une stèle en mémoire des dizaines de millions de victimes du communisme, lundi, à l’occasion de l’anniversaire de la chute du Mur de Berlin” . Les opposants : les sections locales des partis communistes, insoumis, socialistes, de Génération.s, de la Ligue des droits de l’Homme et des syndicats Sud, CGT et FSU, se sont fendus d’un communiqué commun déplorant la chose. On en est là…

Le fait est que des avenues Lénine ou Karl Marx, des boulevards Maurice Thorez, des squares Rosa Luxembourg… (*) nous en rencontrons encore pas mal. Le fait est aussi que la doctrine du communisme, incarnée en structure d’état, s’est partout “plantée” lamentablement ; mais il y a toujours de bons esprits pour soutenir que, si si, ça doit marcher… c’est juste que ça a foiré à cause de pas de chance… des ennemis… de la conjoncture… mais les faits sont rudes, et têtus. Les morts du fait des dictatures communistes sont des millions – du même ordre, voire pire, que les victimes du nazisme, victimes auxquelles on a érigé moult stèles et monuments.

Au courrier des lecteurs de l’article cité, on tente un bémol au macabre décompte : en Europe, il n’y aurait pas eu ces hécatombes collectivistes : “c’est plus à l’Est ! en Asie ! pas chez nous !” . Il est vrai que les milliers d’Allemands de la RDA qui sont morts en tentant de fuir leur chouette pays, les victimes de la répression à Budapest (1956), Prague, Varsovie… c’est peanuts face à la famine en Ukraine (1933), les purges et déportations massives sous Staline, etc. Mais j’y ai appris quelque chose, qui vaut d’être tiré des oubliettes ; il s’agit du massacre de Paracuellos, clairement imputable à des Républicains d’extrême-gauche, à la fin 1936, au cours de l’abominable guerre civile d’Espagne. Deux-mille-cinq-cents victimes, tout de même ; certes pas énorme vis à vis des quelque 500.000 morts de part et d’autre.

Décomptes macabres, mais curieux déséquilibre des mémoires.

Tibert

(*) Il reste UNE rue Staline, en France, à Essômes-sur-Marne, dans le 0-2. Ce serait pour honorer l’artisan de la victoire sur l’Allemagne nazie.

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