Gros remue-ménage dans l’édition… deux-cents auteurs (les autrices sont aussi des auteurs, c’est ça le neutre en français) quittent Grasset parce que le patron, monsieur Nora, est viré pour sa gestion contestée (*) par sa maison-mère ? Mais tous les jours des patrons se voient virés par leur Conseil d’Administration, avec ou sans parachute doré, rebondissent ailleurs… c’est la vie des boîtes. Que le patron de l’entreprise qui a fabriqué mes bretelles s’appelle X ou Y m’indiffère : ce sont les bretelles qui m’importent. Et puis tous les sièges sont éjectables, c’est la vie, et à la fin des fins, d’ailleurs, ça finit toujours mal.
Le lecteur – moi du moins, je fonctionne comme ça – s’intéresse au contenu des livres, pas à la couleur de la couverture ; que monsieur Boualem Sansal publie chez Gallimard, chez POL, Pierre ou Jacques, je m’en fiche avec énergie : quand je lis, la couverture est en dessous. L’édition est en fait un monde curieux : des auteurs qui m’ennuient profondément, que je juge boursouflés, pédants, soporifiques, creux (et toute combinaison de ces qualificatifs) … ont des rentes de situation chez des éditeurs de prestige, quand d’autres ont un mal fou à se faire connaître, nonobstant la qualité de leur prose… à mes yeux, bien entendu : tout ça est terriblement subjectif.
Madame Despentes – autrice que je n’apprécie pas, son Subutex m’est tombé des mains, mais c’est tout personnel – publie chez Grasset depuis 1998 : 28 ans ça fait un bail ! Mais cet éditeur est détenu par le groupe Hachette (Lagardère d’abord, maintenant Bolloré) depuis 1981, soit 45 ans : on n’a pas pris cette dame par surprise, que je sache ; c’est bien tard pour découvrir que les gérants sont de vilains capitalistes réactionnaires, et qu’on était hébergé chez des infâmes.
A contrario, un auteur – aujourd’hui décédé – que j’ai découvert par ouï-dire, et dont le gros et beau bouquin “Le Paradise” aurait mérité, selon moi, la notoriété, n’a jamais pu trouver un éditeur “classique” , même modeste. On voit pourtant de sombres pensums trôner aux devantures des librairies ; lui a dû y aller de sa poche, user de circuits peu visibles, le Houèbe… c’est assez inexplicable. L’important, c’est de trouver ses lecteurs, non ? les éditeurs sont là pour ça, en principe, et dans ce cas précis ils ont merdé, à mes yeux du moins. C’est que c’est terriblement subjectif, la lecture – mais essentiel !
Tibert
(*) Il semble que ça paye bien, l’édition ! Résultats de Grasset, 2024 : CA, 16,5 millions ; marge 1,2 million. En 2025, ça plonge, les Français boudent la lecture (ça devient d’ailleurs alarmant) : CA 12 millions, marge 0,6 million, la moitié. Mais les revenus annuels de l’ex-PDG, monsieur Nora ? en sens inverse ; 2024, 830 K€ ; 2025, 1017 K€.
