Grande fatigue

( A l’heure blafarde où je mets sous presse, je pense de plus en plus à plier mes gaules, fermer mon stylo et ma gomme dans le plumier, mettre mes manchettes de lustrine à la lessive, et tirer le rideau. Vingt ans que je râle, que je signale, que je mets en lumière, bref… et pour quel bilan ? on peut flûter… autant uriner dans un trombone pour interpréter le beau lérot de Ravel. Mais, allons…

Non, Jef, t’es pas tout seul
Mais arrête tes grimaces
Soulève tes cent kilos
Fais bouger ta carcasse
Je sais qu’t’as le cœur gros
Mais y faut le soulever, Jef.

Tout ça pour dire… un truc de pieds-nickelés, assez ahurissant. Je résume, ou bien voyez ce lien… une prison à Villepinte, riante bourgade fleurie à quelques encâblures d’un aéroport bucolique, dans le vert département du 9-3… peuplée à 200 %, ladite prison. Lisant ça, on se dit que c’est le quart-monde, chez nous : la misère, tout à vau-l’eau… bouts de ficelle… matelas-pneus dans les coursives… mais surtout, ne changeons rien ! Bref, deux faux-flics dans un faux fourgon administratif viennent, munis d’une fausse réquisition judiciaire, avec de faux tampons, extraire un vrai et violent as du “home-jacking” (agression à domicile) pour une fausse audition chez un juge probablement vrai… et, ça marche ! le gars, dûment palpé, enregistré, menotté, comme des vrais, repart entre ses deux complices, par la porte. Cerise sur le baba, on s’aperçoit de la supercherie DEUX jours plus tard.

Voilà… mon banquier, lui, quand je commande un taxi Hubert à 17 euros, m’envoie un SMS à six chiffres, un email à six chiffres, me supplie de ne pas être en présence d’un faux conseiller bancaire, m’enjoint de me montrer méfiant, de cocher la case “Je vous jure que j’ai le légitime besoin de payer ce taxi” . A la prison de V., on n’a pas de téléphone pour passer un coup de biniou à un vrai greffier : “Allô ? le greffe du juge Dugenou ? c’est la conciergerie de V., ici… oui… vous avez bien une audition aujourd’hui telle heure pour le nommé Machinchose ? non ? pas du tout ? ah… vous êtes sûrs ?” . Procédure complexe, non documentée, manque de moyens, que voulez-vous, effectifs insuffisants, tout plein de bonnes raisons. Mais il y aura une enquête, sûrement qu’ on va faire quèqu’ chose.

A cette heure blafarde (je me répète), le malfrat court toujours. C’est un as de l’agression-séquestration-torture à domicile, activité assez ignoble – je ne vous le souhaite pas. Un bon petit gars, toutefois… et doué, avec ça. Je cite : “« Lors d’une audience à Nanterre, le président avait salué sa grande intelligence et sa maîtrise de la langue » . Ses victimes ont certainement apprécié, elles aussi.

Tibert

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