Cappuccino

Toujours sur Pierrot la soutane, si vous suivez … alias feu l’abbé Pierre : il fut d’abord père capucin, comme chacun ne sait pas, avant de passer dans le ‘civil’, pour cause de santé fragile ; mais bon, on n’est pas ici sur l’hagiographie de M. Grouès, d’autres s’y emploient avec ardeur ; on parle de capucins : de l’italien cappuccino, petite capuche !

Vous voyez, la petite capuche ? le dôme de lait mousseux saupoudré de cacao, crépitant de petites bulles blanches (tiens, tu fais du sous-Delerm, façon « Première gorgée de bière », plagiaire ! ) à la surface de la tasse fumante et parfumée ?
Tout ça nous ramène inévitablement – voir un de mes précédents billets sur la furtivité – à la grande confrérie des capuches : coiffures humbles d’hommes dissimulant leur piété sous l’anonymat de ce couvre-chef uniforme, adeptes de l’ombre sur les yeux. Et dans ce genre les pères capucins furent donc des précurseurs, suivis – bien des siècles plus tard – par leurs disciples à sweat-capuches, d’jeunes des quartiers, qui sur le plan du couvre-chef n’ont donc rien inventé …

Reconnaissons toutefois que cet autre incontournable de la tenue de quartier, le très patatoïde pantalon « baggy » – qui fait irrésistiblement penser à une panne de sphincter anal – ne relève pas, lui, de la tenue historique des pères capucins.

Grouès sur le quai

Celui qui avait choisi ‘ l’abbé Pierre ‘ pendant la dernière guerre comme pseudo de clandestinité – comme d’autres Morland ou Fabien – , alias Pierrot la soutane pour ses amis d’Emmaüs, a cassé sa pipe, et pourtant il ne fumait pas.

J’ai eu la surprise, par un beau soir clair et frais de septembre 1997, sur le quai de la gare de St Gervais – non loin de Chamonix – de le trouver, attendant là un train en correspondance avec un ami. Je partais avec quelques collègues faire le Mont-Blanc, que je me suis fait, merci.

Il était parfaitement conforme à l’image que nous donnaient les télés, avec sa soutane, ses lunettes, sa barbe, son béret et sa canne. Reconnaissable entre tous.

Nous ne l’avons pas abordé, monsieur Henri Grouès, sur ce quai ; d’ailleurs, que lui aurions-nous dit ? et puis ne souhaitait-il pas voyager peinard, loin des z’interviouzes, des media, des journaleux, des badauds ?

Alors bon vent vers Dieu le Père, s’il y en a un, Monsieur l’abbé. Avec ou sans Lui, ce petit billet a été écrit pour vous saluer, pour saluer un homme qui s’en va.

Ordre juste

Tiens, cette coquetterie de notre Royal(e) candidate républicaine : « ordre juste » ! Vous ne serez pas sans vous être aperçus que cette femme cultive tout un potager d’expressions destinées à renouveler le langage politique, en d’autres termes à remplacer la langue de bois – qui a pourtant beaucoup de cercles concentriques à son tronc – par des termes plus frais, plus vrais.

Eh bien, « ordre juste » me plait. Pas à cause de Mister Arnaud M. l’impertinent qui y a goûté (à l’ordre juste), mais en soi-même : belle idée.

Car en effet (ah ah quelle horreur, « car en effet » !! – reprenons) : Car il peut y avoir le désordre, juste ou pas (ce que refuse notre candidate, et là je vous laisse un instant de réflexion pour bien comprendre que le désordre est à bannir chez S.R.), ou l’ordre ; et cet ordre peut être « un peu juste », comme une paire de chaussures (trop serré, quoi !), juste-juste (ric et rac : « un ordre ric et rac », vous voyez ça ?), juste tout court, comme on en rêve, et enfin carrément injuste.

L’ordre injuste : Pinochet, Salazar, Staline, euh… vous voyez ? bon on passe notre tour. Mais si bien évidemment il n’est pas question d’un ordre injuste, alors pourquoi avoir besoin de préciser qu’il doit être juste ? Ah ah…

Eh beh : supposez que S.R. ait dit « Montebourg, au piquet, car il faut de l’ordre ». Vous voyez tout de suite le tableau : ouais, autoritaire, tout ça, fille de militaire, etc.

Donc, juste un peu d’ordre, hein, pas trop. C’est vite lourd à digérer. Surtout dans un parti socialiste.

Eponyme

Bon, on ne va pas gloser-bloguer (horrible néologisme) sur la punef de M. Montebourg, je suppose qu’innombrables sont ceux qui s’y seront mis, à juste titre n’est-ce-pas ! Juteux sujet, assez hilarant ma foi et qui laisse bien augurer de la suite de la campagne.

Je reviens sur des problèmes d’expression… il me souvient qu’étant salarié d’une grosse boîte dans une vie antérieure, il me fut demandé de remettre un rapport détaillé comparant les prestations de N entreprises de logiciel informatique ; ce que je fis. Mes chefs – j’en avais plusieurs – devaient le lire et y réfléchir avant de statuer. L’un d’eux, assez à cheval sur les fautes de français (eh, oh, j’en fais pas beaucoup), me renvoya mon brouillon biffé à cet endroit : « … le logiciel MachPro, de la société éponyme » ; il avait rectifié comme suit : « … de la société Eponyme ».

Rêveur, je m’interrogeai sur l’égarement qui avait fait prendre à cet éminent chef l’adjectif « éponyme » pour un nom propre ! Eut-il ignoré le sens de ce mot, il lui suffisait de consulter son dico ! « Eponyme : qui donne son nom« . Simple, non ? homonyme éponyme synonyme patronyme …
Mais aussi, combien de fois entendons-nous : « Duchmol, créateur de l’entreprise éponyme » : eh non, mon ami ! c’est dans l’autre sens. Retournez la phrase…

Ou bien : ‘ « En attendant Godot », le film à grand succès tiré de la pièce éponyme’ : là aussi, faut-il biffer rageusement en rouge ? car « en attendant Godot » n’est pas un nom, stricto sensu. Mais avouons que c’est bien plus véniel – on a respecté le sens de filiation – que d’inverser les rôles.

Donc vive le blockbuster (c’est pas un nom propre) « En attendant Godot ». Et surtout, que M. Montebourg reste au piquet pendant un mois, il l’a largement mérité par ses insolences, et comme dit l’autre, c’est l’ « ordre juste ».

ISFistes

Nous sommes en pleine tempête médiatique sur les revenus des candidats à la future élection, dont notre petit Napoléon hyperactif, lequel nous épate car il paye l’ISF depuis l’an dernier … est-ce à dire qu’il ne disposait pas de 720.000 euros de patrimoine déclarable avant 2005 ?? le maire de Neuilly, le ministre des Finances et de l’Intérieur réunis ?

Nous retrouvons ici les bonnes pratiques des vrais riches : TRES bien conseillés (très cher) par des experts en fiscalité rompus aux z’arcanes de la Loi, ils passent à l’aise (Blaise) à travers les diverses taxes et ponctions ; voir notre Pasqua national qui – le pôvre – échappait aussi à l’ISF et louait simplement son logement. Tandis que le « riche » lambda qui possède 900.000 euros dont les 2/3 représentent son appart’ a plus de mal à se payer un conseiller fiscal de haut vol.

Mais … c’est quand même mal vu, la technique « faites ce que je dis, faites pas ce que je fais » ! On peut donc parier un paquet de cacahuètes que si Mister Sarko paye l’ISF depuis récemment pas longtemps, c’est qu’il a jugé plus prudent de le payer, ceci dans le cadre de sa candidature élyséenne : se faire épingler comme échappant à cet astucieux impôt eût fait désordre…

Au fait, pourquoi ne pas partir en Suisse au lieu de finasser avec des SCI, des zeuvres d’art, des investissements dans les DOM-TOM ? eh beh, Président de la République et résident suisse, il faudrait prendre un abonnement TGV Paris-Zurich, c’est assez cher !!

Ma tuture

Lu ceci ce matin dans « Le Figaro » (quoi, il y a des lecteurs de ce torchon réac ?) sous le titre « voiture minimale » : voir http://www.lefigaro.fr/automobile/20070105.WWW000000251_voiture_minimale.html
« À quoi bon en effet changer de voiture si c’est pour se morfondre dans les embouteillages, subir la traque robotique des radars et acquitter toujours plus d’impôts liés à l’achat et à l’usage d’un véhicule ? Cela ne fait plus de doute, la voiture neuve motive un peu moins les Français, pour qui le budget automobile est le deuxième poste de dépenses familiales. »

Eh bien en voilà une analyse qu’elle est lucide ! Je me le disais bien moi aussi … hein, à quoi bon se fendre d’une grosse bagnole neuve et chère pour aller se traîner dans les queues ou les traversées de hameaux, rouler tétanisé de crainte – un oeil sur le compteur, un oeil sur les panneaux de signalisation, un oeil sur la route, un oeil sur les possibles planques de pandores – et se faire flasher pour des misères de 3 km/h.

Et le même Figaraldus de poursuivre : « Ceux qui disposent de revenus plus conséquents, et qui se tournent volontiers vers les marques étrangères, n’ont pas encore fait ce raisonnement, mais pour combien de temps ? »

Or, à votre avis, à quel lectorat s’adresse ce canard ? aux petits, aux sans grade ? ben non bien évidemment, c’est « ceux qui disposent de revenus plus conséquents » ; donc notre brave canard est en train de leur sussurer : « les mecs, revendez votre BM, votre Benz, votre A8 et achetez une Clio 3, une 307 … d’occase de préférence ; vous vous z’en porterez mieux ! »
Voilà un vrai journal patriote, qui soutient notre industrie nationale !

Bravitude et soupe au cochon opposable

Bon, il est des jours où l’inspiration est en panne, et la sagesse est de ne rien écrire, ou de puiser dans les innombrables questions soulevées par notre belle langue, ses dérives, ses atrocités (« opportunité », « adresser », « solutionner », « faire du bronzing » etc …) ; bref il est des jours sans.

Mais mais mais depuis peu quel bouquet de beaux sujets ! La « bravitude » de notre Royale Ségo (« bravoure » ? « titre de brave » ? au total ce n’est pas idiot, « bravitude », pas dans le Larousse mais logé à la même enseigne que le magnifique « abracadabrantesque » cher à notre Chirac national mais dont la paternité revient à Arthur R., comme de bien entendu. « Bravitude » aurait-il une aussi illustre origine ?

Mais aussi cette soupe au cochon « discriminatoire » au SDF pas catholique ! quelle trouvaille. Et quelles vertueuses indignations de nos Politiques ! Poussons un poil (de cochon) le bouchon : quand va-t-on fermer enfin les charcuteries pour cause de « discrimination » ? non mais c’est insultant pour les musulmans et les juifs, ces boutiques à cochon !! Fini les rillettes, le pâté de campagne et les pieds panés (et bonjour tristesse).

Et enfin, le récurrent problème du logement des plus démunis nous donne le délicieux « droit opposable ». Superbe découverte : nous avions des droits, inscrits dans la Constitution ou dans nos lois – dont le droit au logement – mais pôvres de nous ils n’étaient pas opposables ! Juste des droits pour de rire, des pistolets en plastique, de la monnaie de Monopoly … des droits de Mickey.

France, patrie des Droits opposables de l’Homme, ça sonne mieux, non ?

Sous le manteau

On vient de prêter à une de mes proches un livre – paraît-il intéressant – intitulé « Etre de droite, un tabou français » dont l’auteur se nomme Eric BRUNET. Extrait de la quatrième de couverture : « un voyage paradoxal et stupéfiant dans une France bloquée et sectaire ».
Cette parente me confie que revenant à pied de sa visite, elle a tout au long de son chemin pris soin de ne pas laisser apparent le titre du livre, qu’elle tenait contre elle : cela l’aurait gênée qu’on le voie.
Voilà une bonne illustration de la thèse de M. BRUNET, n’est-il pas ?

Donc : si vous voyez passer dans la rue des types furtifs et dissimulant leur visage sous la capuche de leur sweat, ce sont forcément des adhérents de l’UMP, des Villiéristes ou des fans du FN !

Inversement, et réciproquement !

Mon billet d’hier ranime quelques vieux principes de logique peu en honneur, mais qui pourtant gagneraient à être connus et – surtout – compris.

Propositions inverse et réciproque …

D’abord la proposition : si A, alors B ! Si je suis un homme, je suis mortel. Si je suis plombier, je suis quelqu’un de rare. Si je suis ministre, je suis logé / nourri aux frais du contribuable. Si … bon, vous voyez.
Maintenant, plou difficilé, ma qué !

A -> B      – proposition inverse :      Non(A) -> Non(B)
A -> B      – proposition réciproque : B -> A.

Travaux pratiques : « Quand le bâtiment va, tout va », citais-je, reprenant ce stupide vieil adage.
Réciproquement, ce serait « Quand tout va, le bâtiment va ». Et nous en sommes bien d’accord ! De l’art d’obtenir un truisme en guise de proposition réciproque.
Inversement, ce sera « Quand le bâtiment ne va pas, tout ne va pas » (et non pas « … rien ne va », car pour nier « tout va » il faut et il suffit qu’au moins quelque chose n’aille pas ; que rien n’aille est largement excessif, quoique ce soit assez dans mon état d’esprit actuel !) et là encore, avouons-le, il s’agit d’un truisme, puisque le bâtiment AU MOINS n’allant pas, tout ne va pas, vous suivez ?

Nous avons ainsi démontré deux magnifiques truismes, lapalissades, évidences … grâce à l’utilisation des propositions réciproque et inverse de « Quand le bâtiment va, tout va ».
Ce qui ne justifie pas la proposition de base ! est-elle juste, c’est une autre histoire ! Quand le bâtiment va, tout va-t-il ? Il faudrait d’abord que nous constations que le bâtiment va : on en est loin ! Je citais les plombiers, mais que dire des maçons ? hein, les maçons ? Pourquoi n’y a t’il pas de maçons ?

Plombards

Un parent me confie ses difficultés à trouver un plombier à Paris … il a fini par obtenir un devis surréaliste de presque 800 euros pour un travail qu’il estime – il s’y connait assez bien – à environ 3 heures et 50 euros de fournitures.

Un autre me citait – trop heureux d’avoir pu faire faire ses travaux ! – une importante facture pour un remplacement de vidage de douche, incluant 105 euros de « petites fournitures » (joints, filasse, pâte d’étanchéité) : on peut en acheter, de la pâte à joint à ce tarif-là !

Moi-même, je me souviens avoir été invité par un plombier à citer des personnes pouvant me recommander pour qu’il accepte de me soumettre un devis ; il s’agissait, non d’un robinet défectueux, mais du remplacement de ma chaudière à gaz. Hélas, ne faisant pas partie du Fan Club dudit plombard, j’ai dû aller chercher ailleurs.

Tout ça pour rappeler le vieil adage : « quand le bâtiment va … » ; mais ce que l’adage aurait pu ajouter, c’est que quand le bâtiment est en panne, rien ne va. Et le célèbre M. Bolkestein aurait eu fichtrement raison de vouloir chercher du côté des plombiers polonais. Rayon d’espoir : les néo-européens Roumains z’ou Bulgares seraient-ils portés sur la plomberie ? il y a du blé à faire, et celui-là n’a rien à voir avec les céréaliers.