Prohibition, piègàc'

Dans la même veine que les lois anti-alcool aux USA dans les années 1919-1933, et dans la même logique anti-drogue, monsieur Attali, Jacques, dans sa dernière livraison bloguière (blogueuse ? bloguale ? ) plaide ardemment pour l’interdiction pure et simple du tabac. Sa dernière livraison… enfin, « dernière »… avant la prochaine, hein, ne vous méprenez pas ! Il serait dommage d’enterrer une plume de ce calibre.

Mais je le proclame haut (tout en haut : c’est le titre) et fort, c’est encore de la prohibition ! donc marché parallèle, fabrication et trafic clandestins, prix à la tête du client – furtif, le client ! aucun risque de le voir claironner « une cartouche de Philippe-Maurice s’il te plaît Jeannot »  en jetant un billet de 60 sur le comptoir (*). Blanchiment de fric, criminalité, vol à la tire, à la roulotte…

En contrepartie, c’est clair, prohibant l’herbe à Nicot, nous serions délivrés des innombrables tracasseries liées à la conso de tabac, le SDF ou le zonard ou le punk ou le malheureux qui veut vous taxer d’une clope – désolé je fume pas ; le mec qui en grille une juste à côté de vous sur le trottoir à l’arrêt de bus – faut se reculer de 6 pas, tout ça. Notez, on a maintenant plus d’excuse pour ne pas entrer dans les troquets, ça pue plus le tabac froid, on marche plus sur un tapis de mégots (reste encore à obtenir des prix décents et le sourire, c’est pas gagné). Mais c’est vrai qu’il reste pas mal de nuisances du tabac, et puis, comme le rappelle monsieur Attali, mortalité, coût social, gnagnagna…

Ben non ! car prohibition = marché noir (**). C’est évident. A moins, bien entendu, que la totalité des plantations de tabac de la planète soient anéanties, mais là, hein, on a le temps de voir venir ! Donc, comme pour le cannabis, la Marie-Jeanne, les fumettes, le simple bon sens veut, selon moi, qu’on libéralise ces marchés, non qu’on les prohibe. Au grand jour, ça se surveille, ça se canalise, ça se contrôle, ça rapporte ; au noir, tous les coups sont permis ; et puis, hein, le goût de l’interdit, ça fonctionne bigrement aussi.

Bref : certes, monsieur Attali, le clope bousille les bronches, durcit les coronaires, provoque la peste et le choléra ; mais lui, à la différence du Mediator, lui est ludique, socialement convivial, il occupe la bouche et la main, c’est en même temps la tototte et le hochet, et tout plein d’adultes ont encore besoin de leur tototte, de s’occuper les mains. Non seulement ce serait une co… bêtise de l’interdire, mais de plus faut élargir. La fumette aussi ! contrôlée, ce sera la mort du petit trafic, du petit deal ; les branleurs de banlieue vont devoir aller bosser, c’est ça la révolution !

Tibert

(*) je ne fume jamais de Philippe-Maurice, mais à vue de pif ça vaut plus de 5 balles le paquet, donc avec un bifton de 50 ça le fait pas, faut la taille au dessus. Putain, ça coûte un max ces trucs !

(**) Je vous causerai un jour (je l’ai déjà fait, mais une petite piquoûse de rappel ça fait pas de mal) de l’aberration logique et sémantique qu’il y a à écrire par exemple « grosse bouffe = indigestion ». Pas « = », mais « –> » . Vous suivez pas ? on reverra ça. De fait, le signe « = » est en mathématiques un pur scandale, ambigu, bivalent (c’est pareil), mal foutu…