Deux ou trois p'tites choses

Un ex-chef d’Action Directe sorti de taule sous conditions se laisse aller à des louanges aux terroristes du 13 novembre dernier : il les qualifie de “courageux”.  Ce qui pour lui signifie juste qu’ils avaient des couilles, des cojones, précise-t-il plus tard, embêté qu’on prenne ça pour de l’apologie de l’islamisme radical : lui, communiste et anti-autoritaire, et pas varié d’un pouce sur ses convictions, les machines totalitaires genre Daech ce n’est pas du tout sa tasse de thé, pensez donc. On veut bien le croire, on se demande juste deux trucs : 1) comment peut-on avoir aussi peu de jugeotte pour tenir ces propos imbéciles ? 2) et surtout, quelles sont les motivations infectes des journaleux qui sollicitent et reproduisent de tels propos ? ils ont envie qu’il retourne en taule aussi sec, l’ex d’Action Directe ? les Brésiliens  ont cette expression, “jeter la merde au ventilateur“. C’est exactement ça.

Hier ce fut une journée de grève, une de plus, et comme de bien entendu les acteurs dotés de pouvoir de nuisance ont nui. Pas aux puissants, aux décideurs, aux gouvernants félons aux idéaux de la Vraie Gauche de chez Gauche “avantages acquis” ; non, nui aux clampins normaux qui n’y sont strictement pour rien. RER, trains, métros, tout ça… comme d’hab. Soupir… Un type qui soutenait le mouvement anti-Loi du travail a touïtté qu’il serait bien venu manifester, mais y avait pas de train… eh oui. Et on va, une fois de plus, nous dégoter ou concocter un sondage opportun pour signifier l’adhésion majoritaire des Français à cette initiative. On parie ?

Enfin, notre Sarkozy national sort une liste d’initiatives post-élection présidentielle : en gros, il veut – enfin – rendre à la fonction publique son sens strict et légitime, ce qui signifie des suppressions de postes massives là où l’on confond fonction publique et service public (*), des modifications profondes aux statuts abusifs, un retour enfin à une égalité de traitement des Français devant le travail et la retraite. Bref, sur l’essentiel il me rejoint, l’ex. Rendons à la fonction publique sa noblesse et son sens, qu’elle remplisse ses missions régaliennes, rétribuées selon leur haute exigence, et basta. Juste une interrogation : si ce magnifique programme de modernisation et de retour aux “fondamentaux”  de la démocratie est destiné à la corbeille à papier au même titre que la promesse de karchérisation des cités gangrénées par la délinquance, autant qu’il reste chez lui, monsieur Sarkozy. Les contes de fées, ça lasse.

Tibert

(*) Suppressions de postes de fonctionnaires, mais pas mises au chômage pour autant. Pfff… je me répète, mais la pédagogie c’est ça : un service public non régalien (conduire un bus, distribuer du courrier, poser un cathéter, enseigner…) peut parfaitement être assuré par des salariés “normaux”, pas fonctionnaires pour deux ronds. La preuve, ça se fait tous les jours. Et ça fonctionne aussi bien… mieux même, des fois.

Gérontocopinage

Tenez, lisez-moi ça : une bio d’une membre du Conseil Constitutionnel, madame Nicole Belloubet : “… présidente du groupe de travail “la réussite scolaire pour tous” auprès du comité de pilotage chargé de piloter la concertation sur l’avenir de l’école, ministère de l’Education nationale…

D’abord, qui a entendu parler des immortelles productions du groupe de travail “La réussite scolaire pour tous” (*) ? allez, je vous aide, c’était en 2012… personne ?  ça vous étonne ?

Et ce libellé ! “… le comité de pilotage chargé de piloter…” !  ça vous a l’air d’un enfonçage de porte ouverte de première, non ? moi j’aurais été au Ministère de l’Educ’Nat, j’aurais biffé en rouge, exigé une formulation moins enflée, moins conne : “le comité de pilotage de la concertation sur l’avenir de l’école” : ça suffit bien et c’est plus clair – mais c’est toujours aussi creux et vain, encore du vent, un comité pour brasser de l’air histoire d’avoir l’air occupé.

J’ai trouvé cet extrait savoureux en consultant le site du Conseil Constitutionnel : en fait je calculais la moyenne d’âge des neuf membres nommés pour neuf ans – excluant, par honnêteté, l’ex-président VGE qui pointe à 90 ans cette année et n’est pas nommé, lui. Allez, je vous donne le chiffre : à la grosse, c’est 71 ans, septante-un ans en Suisse. Pas mal, non ? Trois femmes, six hommes, les femmes nettement plus “jeunes”, 64 ans en moyenne, les hommes ça donne 75 ans. La plus “jeune” ? justement, Nicole Belloubet, 61 ans. Le doyen hors VGE : Lionel Jospin, bientôt 79 ans – on sait qu’après sa veste des élections de 2002, il s’est retiré définitivement de la politique 😉 . Monsieur Fabius, lui, né en 1946, vient de rejoindre cette institution pour la présider : il démarre à 70 ans une nouvelle carrière pour neuf ans. Ce qui devrait lui permettre de joindre les deux bouts jusqu’en 2025 – après, ce sera, eh oui, la retraite des Vieux, l’hospice, tout ça.

Il remplace d’ailleurs à ce poste Jean-Louis Debré, né en 1944, lui. Atteint par la limite d’âge ? elle est bien dépassée, la limite d’âge, mais il rempile aussi sec à bientôt 72 ans à un poste moins exposé et peinard : le Conseil  Supérieur des Archives. Ce truc “doit se réunir au moins une fois par an“, c’est vous dire comme ça turbine. Vous avez entendu parler des productions du Conseil Supérieur des Archives ? des Conseils Inférieurs, alors, peut-être ?

Voilà-t-y pas un beau pays, où plus de quatre millions de chômeurs battent le pavé de Popaul-Emploi, mais où l’on ne laisse pas tomber les vieux potes dans le besoin, issus fourbus et sans le sou des rouages parlementaires et étatiques. L’âge de la retraite ? dans la fonction publique, c’est au plus tard 66 ans. Sauf les vieux copains de la politique.

Tibert

(*) Ce comité a brillamment réussi : on va bientôt tendre vers les 99, 95 % de réussite au Bac. Comme quoi le niveau monte, monte… le niveau de remontée des notes trop faibles, bien entendu.

Labeur et l'argent du beurre

Le projet de loi dit “El Khomri” –  voilà un nom de loi qui change des intitulés passe-partout – fait plein de vagues, et c’est bien normal, il s’agit ni plus ni moins que de retoucher un tantinet le Code du Travail, ce code plus épais que le catalogue-papier (*) de la Redoute 1978, lourd comme un âne mort et complexe à souhait, un régal pour les disséqueurs de pilosités fessières et fins connaisseurs, un cauchemar pour l’entrepreneur lambda qui a le projet d’entreprendre, pas de présenter une thèse de Droit.

J’ai tenté de me renseigner sur les évolutions proposées… c’est complexe. Le Monde prend un cas “concret”, “Michel”, 50 balais, salarié… du secteur privé, au hasard. Notez comme nous nous sommes américanisés – comme on nous a américanisés, moi je n’ai rien demandé – c’est “Michel”, pas “Monsieur Dugenou”. “Michel, votre réponse ? c’est votre dernier mot ? ” ; “Michel, que diriez-vous de valoriser votre épargne ? “, voilà comment on nous cause, comme si on s’était tapé sur le ventre à l’âge de jouer aux billes. Mais bon… Michel Dugenou, donc, n’est pas fonctionnaire, et sa boîte… des hauts et des bas… gnagnagna… licenciements… heures supp… prudhommes… compte pénibilité… toujours aussi complexe, mais pas pareil ; il y aurait plus de souplesse, nous dit-on. Ah bon… et les acteurs de s’étriper sur le sujet – touche pas à mon Code, c’est un incunable ! – et les futurs cadres du PS genre UNEF etc… de mobiliser les troupes lycéennes militantes quelque peu désoeuvrées ces temps-ci, pas trop d’os à ronger ni de mousse à remuer : gros chahut donc en perspective, avec débordements ça va de soi, et avec un peu de pathos autour ça durera bien jusqu’à Pâques… jusqu’au Bac, va savoir ?

Un cadre du NPA (Nouveau Patronyme pour lA JCR trotskyste) nous explique sans rire qu’il est stupide de rendre les licenciements plus souples aux fins d’embaucher plus facilement .  Je cite le canard du NPA : “À quoi sert de faciliter les licenciements ? À faciliter les licenciements ! Pas à faire de l’embauche. Ce projet de loi vaut déclaration de guerre à 18 millions de salariés”. Moi qui pensais connement que la rigidité des contrats CDI, CDD actuels décourageait les initiatives d’embauche… j’ai tout faux !

Dix-huit millions de salariés… eh oui, chiffre exact, bravo le NPA, bonne estimation, car il s’agit du secteur privé ! La loi El Khomri, en effet, se garde bien de “déclarer la guerre” aux six millions de salariés du secteur public –  pas fou, non ?

Et pour les fonctionnaires, justement, silence radio… rien. le Code du Travail des fonctionnaires, rien. On continue donc à nous vendre DEUX codes du travail au pays qui proclame l’égalité des citoyens.

Tibert

(*) Pas d’alternative, que du papier, du massif, et avec 28 encarts, bouts de papier, plis pré-timbrés, bons de réduction, offres spéciales, “Oui madame Machut, vous avez gagné cette magnifique Masareti Grand Sport…!” : toute une époque.

François sous divers éclairages

Les Poissons Roses – pas des éléphants, des poissons, on n’est pas dans le délirium très mince, mais s’il y avait des éléphants (du PS) dans le tas je n’en serais pas autrement surpris – étaient en visite chez le Papam Francesco hier, à Rome, et il leur a dit…

… au fait, que leur a-t-il dit ?

  • Le Parigot : “On peut parler d’invasion arabe en Europe“, selon le Pape.
  • Le Monde : “La France doit devenir un état plus laïque (*)“, estime le pape François.

Alors mais qu’est-ce qu’il a dit, François ?  non mais qu’est-ce qu’il a vraiment dit ? il a pu dire ça ? eh bien il a dit les deux, et ces deux citations figurent dans les deux articles des deux journaux. C’est juste l’éclairage qui change… simple question d’éclairage.

Ils sont donc repartis, les Poissons Roses, avec ces déclarations papales dans leurs valises, et il leur reste à méditer là-dessus. Au fait, qui sont-ce, ces petits poissons ? probablement des lecteurs de Télérama, de La Croix, des adeptes ou des sympathisants du PS. Au passage, on peut constater que ces poissons fraient avec Esprit Civique, et que leurs credos convergent, bien évidemment – si ça se trouve ce sont les mêmes militants. Tout plein de bonnes résolutions, le Vivre Ensemble… tradition du christianisme social…  je vous fais grâce du topo in extenso, c’est rapidement pénible, longuet, on regarde sa montre, comme à la messe quand l’officiant s’éternise en chaire, et pour ma part j’ai déjà donné, et abondamment, et donc basta cosi.

Voili voilà… j’ai découvert, je vous ai peut-être fait découvrir aujourd’hui, outre un pape qui profère des trucs décoiffants, des poissons colorés qui ne frétillent pas dans les Mers du Sud, mais dans les eaux de la rue de Solférino à Paris, 7ème arrondissement ; c’est pas le plus populaire, non, les loyers sont hyper salés, mais c’est plus pratique : on est à deux pas des ministères et de l’Assemblée, et pas trop loin du Sénat.

Tibert

(*) laïc ou laïque ? le hic c’est que les deux orthographes existent. Laïque pour l’adjectif, laïc pour le substantif. Un laïc convaincu, un état laïque. Merci encore et chapeau, maître Cappello.

Quand il faut que ça mousse

Je lis ça dans “Le-Monde-sur-Toile” : Immigration et diversité – un rapport du Conseil de l’Europe. Ce rapport émane des spécialistes du Conseil de l’Europe, membres de la “Commission Européenne contre le Racisme et l’Intolérance”, en anglais ECRI (pourquoi en anglais ?) –  bref ce serait le CERI chez nous – qui, je cite, “déplore la banalisation du racisme en France“.

Nous avons droit à de vives déplorations de la CERI à propos de l’homophobie, de la xénophobie, du racisme anti-Roms, de l’anti-judaïsme (nommé ici comme d’hab et improprement antisémitisme), du rejet des musulmans, nommé ici comme d’hab et abusivement islamophobie : crainte de l’Islam.
On a droit, pour appuyer le propos, à des morceaux choisis de déclarations choquantes ou alarmantes ou hors contexte, illustrant cette “banalisation du racisme en France”. Du maire de Cholet en 2013 (sur les Roms et Hitler) à Marine Le Pen en 2010 (sur les prières dans la rue) en passant par J-F. Copé en 2012 avec le pain au chocolat et le ramadan, florilège de citations abominables ou montrées comme telles. On nous ressort aussi la suppression en 2015 du menu sans porc dans les cantoches de Châlon-sur-Saône, oubliant de préciser qu’il est parfaitement possible de zapper sans dommage le plat de porc – quand il y a du porc.

La “laïcité conçue de façon trop restrictive”, écrivent-ils, les gars de la CERI. Nous y voilà ! La faute à la laïcité… J’ignore s’ils vitupèrent l’ “interdiction du port du voile”, ce mensonge par omission – il s’agit clairement de l’interdiction de TOUT signe religieux ostentatoire. Mais ils en seraient capables.

Le racisme, les haines à caractère religieux ou visant des moeurs minoritaires mais respectueuses des libertés (*) sont des conneries honteuses, on en est bien d’accord (à ce titre, certaines victimes pourraient balayer devant leur porte, voir les vocables genre khouffar, souchien…). Il y a des lois chez nous, abusives et liberticides pour certaines, mais des lois existent réprimant ces errements. Ceci étant, comment ça se passe à Bruxelles ? à  la “Commission à l’Elargissement” de l’Europe, on se décarcasse évidemment à l’élargir – scandaleusement, d’ailleurs, de manière totalement anti-démocratique. C’est bien normal, c’est humain : on protège et pérennise son juteux bifteck (et à nous de leur faire entendre raison).

Il en est de même à la CERI : ils sont payés pour débusquer et dénoncer le racisme, les discriminations, les stigmatisations etc etc ? eh bien ils débusquent, ils font ce pour quoi on les paye, protégeant et pérennisant ainsi leur copieux gagne-pain ; au besoin en ressortant pieusement un propos isolé émis il y a cinq ans – et pour lequel la prévenue a été relaxée. Et tenez, si demain l’Europe crée, pour faire des économies 😉 une “Commission pour le Non-Gaspillage des Trombones et Agrafes à Papier”, ses membres s’activeront à trouver toutes sortes d’excès inadmissibles dans nos poubelles de bureau, aux fins de justifier et pérenniser leur confortable casse-croûte.

Tibert

(*) Dommage : Le Monde omet de nous dire si d’autres pays font aussi l’objet des déplorations de la CERI ? on doit battre notre coulpe, notre pays est très très fautif mais si quinze autres pays y ont droit itou, ça change la perspective, non ?

(**) Il est en effet des moeurs minoritaires non-respectueuses des libertés, mariages forcés, femmes sous tutelle etc… donc aucune raison de les ménager.

Le sociologue (de gauche, forcément) et la femme-objet

Que je vous fasse partager mes lectures… Je lis, ce  matin tôt, comme d’hab, le Monde et autres canards gratuits sur la Toile ; et je tombe sur cette tribune. J’avais lu, il fut un temps – début février – un billet de Kamel Daoud (l’auteur de “Meursault, contre-enquête“) à propos des agressions massives de femmes Blanches lors de la nuit de la Saint-Sylvestre à Cologne : “Cologne, lieu de fantasmes“. Il y disait clairement son point de vue, j’étais d’accord avec lui. Je résume grosso modo : Cologne, collision culturelle… le monde arabo-musulman a du chemin à faire – et il y gagnera – vers la reconnaissance des femmes comme êtres humains, au même titre que les hommes.

Badaboum, dix-neuf types lui tombent sur le râble : “Jamel Daoud recycle les clichés orientalistes les plus éculés“. Je résume encore à la louche : Daoud alimente l’islamophobie avec ses lieux-communs sur l’image de la femme dans l’Islam, en fait le noeud du problème c’est que c’est la faute à la société… Navré, je constate que Daoud prend ça dans les gencives, se tait…

Aujourd’hui, autre son de cloche, un journaliste du Monde reprend tout ça de manière assez synthétique : “Kamel Daoud ou la défaite du débat“. Outre, chers lecteurs, qu’au long de son article (lisible gratos et in extenso, allelouïa) on vous donne les liens vers les précédents billets – ce qui allège mon travail – ce journaliste, Michel Guerrin, vient à la rescousse de Daoud, et replace le débat dans son contexte politique. Un beau travail de synthèse…

…et une belle illustration in vivo de cette ligne de fracture entre la lucidité et le Politiquement-Correct, ce baillon de la pensée et de l’expression. Je suis ravi, évidemment, parce qu’on remet les dix-neufs contempteurs de Daoud (*) à leur place. Leur billet collectif méritait une mise au point, voilà qui est fait, et bien fait.

Certes, chers auditeurs, il pourra vous sembler ardu de vos taper la lecture de quatre textes assez exigeants : le mien, c’est fait ; il vous reste 1) Daoud, mais vous l’avez sûrement déjà lu ; 2) ses dix-neuf contradicteurs ; 3) le dernier intervenant, objet de mon billet : du pain sur la planche, mais ça vous stimulera les méninges, ça vous changera des “Feux de l’Amour”.

Tibert

(*) Contempteur, mazette ! ça change des métaphores sportives. Tenez, je lisais ça hier à propos de matches de foot : “Toulouse crucifie Saint-Nazaire” (ou l’inverse, ou Beauvais, je m’en fous) : ça va loin…

 

Travailleurs, travailleuses,

Deux inspecteurs du Travail avec un Grand T signent une tribune dans “Le Monde”, et, chouette, on peut la lire in extenso sans payer. Profitez-en !

Ils, ces inspecteurs du Travail, traitent du projet hollandesque de refonte vite fait du Code du Travail, ce pavé devenu imbuvable : et plus précisément de ce qui concerne les “référendums” de salariés. Des référendums censés permettre aux non-syndiqués (de loin les plus nombreux, si l’on exclut les grosses citadelles et forteresses, notamment chez les fonctionnaires, CGT, FO etc…) de s’exprimer, à bulletins secrets, et non en clamant “tou-sensem-bleu-tou-sensem-bleu ouais” à main levée sous le regard vigilant des responsables syndicaux. Tenez, si vous voulez un éclairage sur ce sujet nouveau, voyez par exemple cet article.

Ces deux inspecteurs du Travail (fonctionnaires, donc, et dans une fonction qu’on peut sans hésitation qualifier de régalienne) sont en l’occurrence – ils en ont farpaitement le droit – syndiqués à SUD-Travail (Solidaires Unitaires Démocratiques). je vous offre ici un échantillon des thèmes et de la “coloration” de SUD-Travail. Et je lis dans leur prose du Monde ceci : qu’il convient de défendre “le primat au militantisme ancré dans la légitimité des luttes sur la représentation fondée sur l’électorat et le nombre, à ce titre doublement sous influence directe de l’employeur, en tant qu’électeurs et en tant qu’élus“. En d’autres termes, le militantisme ( donc les syndicats, what else ? ) doit garder sa primauté sur l’expression des salariés, d’autant plus suspecte et sujette à caution que derrière elle se profilerait l’ombre menaçante de l’employeur…

Mais bon, lisez donc ce texte juteux tant qu’il est là et gratuit. Voici des fonctionnaires chargés, par des moyens coercitifs au besoin, de faire impartialement respecter la législation sur le travail, point-barre. Mais ce qu’on lit, c’est que 1) le patronat, ce pelé, ce galeux de qui vient tout le mal, avance masqué derrière le projet de loi ; 2) aucun dialogue potable en entreprise ne peut se concevoir hors les syndicats, seuls acteurs valables pour ce qui est des “modalités collectives de la discussion, de l’argumentation et de la critique” – tandis qu’un référendum, comprenons-le bien, c’est un bête (un “binaire”) Oui ou Non pipé – toujours au détriment des salariés, ces pauvres brebis soumises et bonnes à tondre.

Foin de la situation largement critiquable du syndicalisme racorni et arc-bouté sur ses “avantages acquis” que nous côtoyons actuellement en France ; on a droit ici, en 2016, à l’apologie sans nuance, quasi stalinienne (*) de l’Avant-Garde du Prolétariat, cette glorieuse et clairvoyante avant-garde, seule capable de faire pièce aux visées méprisables du Grand Capital et de ses suppôts désignés ici, l’Union Européenne et ce gouvernement félon et répressif. En somme, les syndicalistes – ici, je suppose, des militants de chapelles politiques opportunément coiffés de leurs casquettes de syndicalistes – prêchent pour leur paroisse : c’est bien normal. Je m’interroge juste sur la contradiction criante – bien que licite – entre un syndicalisme anti-patrons “de combat” et la mission d’un inspecteur du Travail.

Tibert

(*) private joke pour les amateurs.

Brexit kss kss kss

Les Bitanniques – les Anglais certes, mais pas que, ajoutons-y les Gallois, les Ecossais, les Nord-Irlandais – voudront ou ne voudront pas quitter l’Union Européenne, en Juin prochain. Ils y avaient adhéré par référendum déjà, en 1973 avec 67 % de “Oui”, un bon 2/3, donc. Et voilà-t-y pas qu’ils se tâtent pour en sortir… quarante-trois ans d’amour (enfin, de cohabitation houleuse) et puis les valises ?
Ils s’en iront peut-être drapés dans leur superbe et leur superbe isolement, pour tourner le dos à ce Continent qu’ils n’aiment pas et d’où viennent tous les dangers et puis la vérole, pour contempler l’Ouest, toujours aussi dépités et cocus de s’être fait jeter il y a bientôt deux-cent-quarante années de ces terres lointaines de l’autre bord de l’Atlantique. Ah s’ils pouvaient se hâler jusques-z’à ces rives, s’ancrer à la Nouvelle-Angleterre faute d’avoir pu ancrer celle-ci à leurs côtes… mais bon. That’s life, “c’est la vie”, comme ils disent.

Il est vrai que cette Europe de bureaucrates bruxellois est rien moins qu’exaltante, productrice de directives et de normes plutôt que d’envie d’y croire, à l’écoute bienveillante des lobbies mais pas vraiment des citoyens. De là à retourner à nos petits jeux hexagonaux  étroits assortis de dévaluations aussi ponctuelles que des feuilles d’impôts…

Mais si ces Britanniques nous quittaient, que nous laisseraient-ils ? clairement un sentiment de gâchis, qu’ils se sont foutus de notre gueule, pas européens pour deux balles mais hargneux à défendre leur seul intérêt grand-breton à tous les tournants, faisant monter les enchères pour soi-disant rester mais se barrant quand même. Et nous laissant en cadeau un joli foutoir, et cette langue que deux pays sur vingt-huit pratiquent aujourd’hui – eux et les Irlandais, qui pourtant ne les aiment guère et, tout comme les Etats-Uniens, les foutirent dehors il y a quatre-vingt-dix-sept ans. Ironie et farce de l’histoire, l’Europe Unie resterait unie dans l’usage surtout pas prescrit mais lâchement admis – en dépit des Latins – du langage de ce pays qui va peut-être lui tourner le dos, lui montrer ses fesses tout en lui faisant un bras d’honneur, ce qui demande une certaine dextérité.

Nous restera dans cette hypothèse, logiquement et à notre grand soulagement, à ouvrir tout grand les portes du Calaisis vers la Terre Promise des “migrants”, et… mucha suerte ! migliori auguri ! gute Reise ! et bon vent !

Tibert

Diversité dans la mesure

L’illustre Association Française de NORmalisation – AFNOR – a des attributions attendues ; on sait qu’elle a pour charge de, disons, définir la section, la conductivité électrique, la longueur et l’écartement des broches d’une prise électrique, la distance minimale à respecter entre un relais de téléphonie mobile et les habitations les plus proches… bref elle norme, l’AFNOR, et elle fait ça très bien. Des savants, des ingénieurs, des physiciens… tenez, Boris Vian y a travaillé, c’est dire le sérieux !

Mais l’AFNOR, c’est amusant, a bossé à normer la Diversité ! oui, la diversité. La diversité (des origines, des populations), la diversité dans l’entreprise, dans les structures sociales… ce n’est pas formulé comme ça froidement, “Norme de la Diversité”, mais on a défini un “Label Diversité” (*). Label, donc mesure de qualité, donc des consignes, des fourchettes de valeurs, des pourcentages… Ce label, votre entreprise, votre structure sociale peut l’obtenir – moyennant finances tout de même. Tenez, je vous en régale d’un extrait savoureux mais bref, la totalité du pavé étant de bonne langue de bois massif et assez indigeste.

“Vous fédérez les salariés autour d’un projet commun d’organisme.
Vous améliorez votre performance économique par une intégration réussie des nouveaux salariés.
Vous fidélisez par les valeurs humaines.
Vous développez une culture d’entreprise basée sur la diversité.”

Et, tenez-vous bien, le Département du 9-3, la Seine-Saint-Denis donc, a postulé pour, et obtenu le Label Diversité. Le Département, c’est-à-dire non pas tout le département, mais l’entreprise-Département du 9-3. Ce Département qui, le premier en France, ‘développe une culture d’entreprise basée sur la diversité, etc‘.
Deuxième épisode, avec le FBI, mais pas celui que vous croyez : le FBI, Front des Banlieues Indépendant, ça existe, et j’avoue, j’en ignorais l’existence jusqu’ici. Ce FBI hexagonal, donc, a protesté vigoureusement devant les locaux de l’AFNOR-93 contre cette labellisation abusive à ses yeux. Non le Département du 9-3 n’est pas digne de ce label, clament-ils, les manifestants du FBI. Tenez, voyez leurs arguments. En gros la diversité en question n’est pas de la bonne vraie diversité, ça vaut pas.

Moi ça me laisse pantois, ce truc. Elle est valable ou pas, cette diversité ? à quelle aune ? comment l’AFNOR peut-elle mesurer la diversité ? parce que je vais vous dire, on n’a pas le droit de la savoir, la diversité : les statistiques ethniques sont interdites, interdit de compter et d’additionner, diviser, faire des proportions (**). Ou alors c’est de la diversité d’autres trucs ? des couleurs de cravates, des accents, des costumes, des diplômes, des religions, des coiffures, des régimes alimentaires…
Moi je vais vous dire, vive la diversité, c’est le contraire de la monotonie. La diversité, pas la cacophonie.

Tibert

(*) Non ce coup-ci ce n’est pas la faute de Normal-Président : le Label en question a été créé en 2008, sous la présidence Sarkozy.
(**) Et le Soleil tourne autour de la Terre, ce centre de l’univers immobile et plat.

Referendum est !

En latin le pluriel de referendum ce serait referenda, – merci maître Capello – mais c’est ici une question oiseuse : en France on a tous les ving-cinq ans au mieux UN referendum sur le feu, jamais deux, et c’est quand vraiment on est coincés, que toutes les solutions gouvernementales, autoritaires, politicardes, démagogiques ont été essayées et ont échoué. Allez je vais vous le franciser : “référendum(s)”. Parlons-en donc, et au singulier, comme de bien entendu.
Donc, voyons voir, ce futur référendum unique et exceptionnel, qui doit sortir Normal-Premier du bourbier de la querelle sur l’aéroport grand-nantais. Bonne idée : qu’en pensent les habitants du coin ? Idée stupide : si c’est d’intérêt national, ou même seulement régional, à quoi ça sert qu’on ait un exécutif ? hein, monsieur Hollande, à quoi ça rime ? un gage aux écolos de la dernière promotion ? C’est bien flou, tout ça… Je m’en vais tâcher d’éclairer votre lanterne. Un aéroport grand-nantais à 25 km de Nantes, contre 12 actuellement, pourquoi faire ?

Au fait, oui, pour quoi faire, cet aéroport ? si enfin les Français et nos visiteurs avaient le choix de quitter ou regagner leur pays en vol long-courrier ailleurs que par Roissy, Roissy le cauchemar, ça vaudrait le coup… alors nous aurions, au large de Nantes, un “hub” international ?  hélas ça ne se décrète pas, les compagnies se posent là où ça les intéresse, là où est le marché, et les étrangers s’agglutinent spontanément à Paris. Qu’iraient-ils foutre au large de Nantes, à 400 kms de Paris ? prendre un train pour s’y rendre en deux heures ou plus ? une navette pour visiter la Grande-Brière en barcasse ? la maison natale de René-Guy Cadou ? le Passage Pommeraye ? c’est au Moulin-Rouge qu’ils rêvent d’aller.

Pour les malheureux Rennais qui prennent l’avion à Nantes ? ça leur ferait plus court, ça éviterait de traverser la Loire… sauf que les Rennais ne vont plus guère prendre l’avion à Nantes, ils atteindront Paris par le TGV en moins de 1 h 30 dès 2017. Les Sarthois ? pas concernés, trop près de Paris. Les Angevins ? comme Rennes, Paris est si vite atteint… les Mayennais ? encore plus près de Paris que les Rennais.

Pour les Nantais ? l’aéroport nouveau sera nettement plus lointain, avec des liaisons non encore définies, alors que le tramway les amène actuellement à un jet de navette (courte et gratuite) de leurs avions pour le prix d’un billet urbain. Enfin, les Vendéens sont chauds partisans du statu-quo, ça leur fait bien plus court.

Pour permettre un trafic plus important ? il y a encore boucoup de marge à l’aéroport  actuel avec sa piste unique : voir Genève, et d’autres, à piste unique et qui ont un trafic bien supérieur. Tenez, lisez ça, ça confirmera ce que j’avance, ils sont d’accord avec moi.

Pour éviter de survoler Nantes à basse altitude ? (quant au lac de Grandlieu les jours où les vents ne sont pas de Sud-Ouest : on s’en fiche, ça n’effraie que les aigrettes et les pluviers). Excellente raison, sans doute la seule qui vaille. Eh bien demandons aux habitants de la communauté urbaine de Nantes, c’est eux seuls que ça concerne… qu’ils cochent la case :

– Oui –  ils veulent qu’on éloigne ce putain d’aéroport, pour qu’enfin on ne voie plus les avions faire du rase-toitures au dessus de la Tour de Bretagne ; ça coûtera ce que ça coûtera.

– Non – ça ne les empêche pas de dormir, et les inconvénients (béton à gogo, circulations chamboulées, éloignement, coûts d’accès…) seraient plus importants que les avantages.

Voilà, cher Président…  c’est-y-pas plus clair comme ça ? hein ? heureusement que Tibert, LE-Tibert-le-Chat est là, et qu’il veille.
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Je change de sujet… un joli néologisme, ça vous irait ? je lisais ceci hier dans un bouquin espagnol – ‘L’imposteur’, de Javier Cercas : “Le pire ennemi de la gauche est la gauche elle-même ; c’est à dire : le kitsch de la gauche ; c’est à dire : la conversion du discours de gauche en une coquille vide, en un sentimentalisme  hypocrite et de pacotille que la droite a qualifié de bonisme“. Ce bonisme me plaît, ça dit bien ce que ça veut dire, ça ne dépare pas dans le groupe lexical de la Bonne-Pensée : bien-pensance, bien-pensisme, politiquement-correct, bref le discours culpabilisant à oeillères intégrées. Tenez, je vous en fais un aperçu : C’est 1) la faute de la société ; 2)  ou alors la nôtre ; 3) ou bien les deux.

Tibert