"Les heures les plus sombres" etc

Le débat parlementaire sur le fameux « mariage pour tous », ma tata et son tonton, Pommègue et Ratonneau, mon chat et  le hamster de la voisine… ne fait que commencer, mais nous savons tous que ce n’est que du cirque, car c’est mathématique, la majorité étant la majorité, la loi sera votée, nananè-re, et bisque-bisque-rage. Seul le Conseil Constitutionnel pourrait invalider une loi mal foutue, tordue, bancale. Donc c’est plié d’avance, on le sait tous.

A vrai dire, le mariage des homos, on s’en tape – ce n’est que la 4.392 ème préoccupation des Français, il n’y a que monsieur Bergé à regretter amèrement de n’avoir pu dire Oui, devant monsieur le maire, à l’élu de son coeur en tenue YSL – la classe ! nos compatriotes homos, gais ou tristes, sont en fait pressés de voir comment ça fait de faire comme les mariés hétéros, se tromper, découcher, cocufier l’autre, s’engueuler sur la couleur des brosses à dents, s’envoyer leurs avocats, divorcer, se déchirer comme tout un chacun. Le bonheur, quoi.

Mais c’est intéressant tout de même, gratuitement, sans enjeu, pour le spectacle. On va se régaler à voir les arguments débiles, les prises de bec, les amendements ahurissants, les engueulades « pour de rire » de nos parlementaires, vu que les dés sont pipés. On en a déjà entendu de bien bonnes : « louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence ? »  (c’est un homme qui dit ça, évidemment, et qui n’a vraiment pas besoin de louer ses bras : il est donc parfaitement fondé à dire une ânerie) et c’est symptomatique : le problème sociétal n’est pas le couple, c’est la famille ; la famille, quand il y a des gosses.

Bon, à vos journaux, ce sera drôle, tragique, triste, gai ? va savoir. Le « Monde » traite des « premiers dérapages du débat parlementaire » : c’est donc que c’est un sujet à déraper ? par exemple, en tenant des propos homophobes ? nous aurons donc certainement droit, en représailles, aux « heures les plus sombres de notre histoire« . Mais iront-ils jusqu’au « ventre fécond (…) la bête immonde » ? ce serait déplacé.

Tiens, pour finir, un superbe slogan de la manif’ anti-anti-mariage homo, bref la manif’ « pour », hier – à peine demi-« consistante », la manif’, au vu des effectifs : « Hollande si tu recules, on t’enc…« . On comprend qu’il soit motivé !

tibert

Le taxi pour tous

Tout frais du jour : la manif’ anti-« mariage pour tous » (je m’étonne d’ailleurs que nos habiles et chevronnés politiciens professionnels, cramponnés à leurs mandats jusqu’à ce que leur sénilité soit par trop visible, n’emploient pas les termes « mariage pour toutes et tous« , bien plus « corrects » – et putassiers), fermez la parenthèse, virgule, cette manif’ a donc rassemblé des centaines de milliers d’opposants à  ce projet de loi. Notez bien, ils peuvent flûter, le gouvernement s’en tamponne et se cramponne, non non non, ça se fera, nananère, et pas de référendum, y a pas de raison, article 11 machin, car nous l’avons programmé, gnagnagna.

La question n’est pas, en fait, nous le savons tous, de permettre ou non aux homos de se marier : le PACS n’est pas pour les chiens, les curés ne marieront toujours pas les homos, seuls les maires pourront, ou devront, c’est selon, unir les joyeuses-et-les-joyeux (c’est plus gai que « gay », ne trouvez-vous pas ?). Mais c’est de plus en plus ringard de se marier, même Normal-1er ne s’est pas remarié, c’est dire ! la question se joue ailleurs, sur le statut de la famille. Et s’il s’agit de mettre une robe blanche, de lancer des poignées de riz, de défiler en bagnole klaxon coincé, ça peut se faire quand on veut, suffit de trouver une occasion, ça peut aussi bien être la première dent du petit dernier qu’un mariage en bonne et due forme.

Non, la question est ailleurs, sur la définition de la famille. Le slogan de cette manif’ : « tous nés d’un homme et d’une femme » pointe bien, d’ailleurs, où est le débat, pas chez le maire, mais dans les foyers.  Notons que les jusqu’auboutistes du foutage en l’air de la structure familiale ont reculé, reportant sagement la discussion de la PMAPTT, la Procréation Médicalement Assistée (Pour Toutes et Tous, j’y tiens), à plus tard. Et, voyez, ils ont également reculé ailleurs, c’est tout récent, souvenez-vous, devant l’ampleur de la réforme visée et les bouleversements pressentis…

… ils ont en effet molli sur la remise à plat des transports en ambulances-taxis. Il est vrai que quelques milliers de taxis avaient pacifiquement (sic !) bloqué les avenues de Paris et quelques autres lieux, tout comme la manif’  de ce dimanche, d’ailleurs. Il est vrai que faire des économies et en finir avec les abus des transports de plus ou moins malades par des taxis plus ou moins remplis ou plus ou moins adaptés , ce n’était pas un engagement du candidat Normal.

Moralité : si la manif’ anti-mariage « pour tous » avait réquisitionné les taxis de la Marne (et d’ailleurs) pour défiler, elle aurait gagné, et à l’aise, Blaise. il faut toujours en revenir aux taxis pour faire plier le gouvernement. Et ça en dit long sur  ses engagements profonds à réformer notre société.

Tibert

PS du lendemain : on me prie de rectifier une erreur historique dans mon billet : Normal-Moi ne s’est jamais marié, lui, donc encore moins remarié, bien entendu. Toujours vécu à la colle, ou un PACS discret, qui sait ? avec la pénultième dame de son coeur, mais chuuut ! le mariage pour tous ? pas pour lui.

On avance on avance…

Je pourrais tartiner sur notre Gégé, l’Obelix de la discorde, qui, contre toute évidence, tresse des lauriers à la démocratie russe – bien que trouvant débile la tranche d’impôts à 75 %, je déplore qu’on aille « pour si peu » se jeter dans les bras d’un Vladimir Poutine. Certes la démocratie belge n’est pas la plus exemplaire de la planète, mais elle traîne moins de casseroles.

Je pourrais gloser sur notre Royale Ségolène, qui, paraît-il, regrette de n’avoir point accepté le poste ministériel dévolu à madame Taubira… cela lui aurait été, assure-t-elle, d’une aide certaine pour emporter la législative en juin dernier à La Rochelle, où, parachutée, elle prit une veste face à un socialiste moins en cour et rebelle, comme on sait. Quel cynisme ! je suis ministre, voyez comme j’ai de l’entregent, le bras long, votez pour moi ! quant à partager mon temps entre mes diverses casquettes, mes attributions variées… entre deux avions, qui sait ?

Meuh non, je m’en vas broder sur la querelle du mariage « pour tous », pour mon chien et sa baballe, le poisson rouge et la mésange, le berger et sa chèvre favorite. On sait que les cathos mobilisent contre, que le ministre de l’Educ’ Nat’ est monté au créneau pour, dit-il, défendre la laïcité, donc interdire à l’enseignement catholique conventionné d’introduire ce débat [dans un sens défavorable, NDLR] dans les établissements du même métal, etc etc : ça secoue dans les branches !

Mais voilà t-il pas que notre très communicante porte-parole du Château, Najat Vallaud-Belkacem, fait des visites dans les écoles pour apporter sa petite pierre à la lutte contre l’homophobie… noble cause, oh combien essentielle, et qui ne souffre aucune réserve ! et, figurez-vous, raconte-t-elle,

« … il m’a été à un moment posé la question de la loi sur le mariage pour tous à venir, et je me suis contentée de répondre à la question d’un élève sans aucun prosélytisme et en laissant évidemment chacun libre de son opinion » (« évidemment » : ça va donc de soi).

Elle indique avoir poursuivi ainsi :
« Ca veut dire que finalement pourront se marier des gens qui s’aiment, même s’ils sont de même sexe, ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent. » « Ca va permettre plus d’épanouissement, plus de liberté, plus d’égalité dans la société. Il faut comprendre ça comme une avancée » (*).

Sous le tableau à la pipe peint par Magritte était écrit : « ceci n’est pas une pipe ». Sous la chaude apologie du « mariage pour tous » il faut lire : ceci n’est pas du prosélytisme. A vrai dire, ce n’est pas non plus une pipe.

Tibert

(*) de nouveau, je pense ici irrésistiblement à « nous sommes au bord de l’abîme, mais nous allons faire un grand pas en avant ».