Mes professeurs successifs, tant de lettres que de maths ou de philo, insistaient à juste titre sur la nécessite de clarté dans le propos, dans la démarche intellectuelle. Certains y ajoutaient l’exigence de légèreté, d’élégance. Mais bon, l’élégance, ça vient loin derrière les qualités premières : clarté, lisibilité, cohérence. L’élégance, c’est la cerise sur le propos.
Ils avaient bien raison, et je vais donc essayer d’être clair – clair sur le thème que voici, thème lancinant tant il est rebattu, et tiens, encore hier soir, dans le Monde : “Plus de 30.000 fonctionnaires non remplacés l’année prochaine“. Certains lecteurs y vont bien sûr de leurs anathèmes ou de leurs lamentations : “…ils accélèrent l’équarrissage de la fonction publique pour en privatiser des pans entiers“. La fin des haricots, la détresse, quoi… l’équarissage, vous voyez.
Ces protestations relèvent de la croyance dur comme fer dans l’absolu parallélisme entre Service Public et Fonction Publique. Eh non, ces deux concepts ne sont pas liés rigidement ! la Fonction Publique est au service du public : oui, je veux, et je paye pour ça, et vous aussi. Mais un Service Public n’est pas nécessairement assuré par un salarié de l’état, non. Pourquoi faudrait-il que la piqoûse intraveineuse sur le patient Paul Dutibiah à l’hôpital Dupuytren de Mézidon-sur-Bièvre soit assurée par un agent de l’Etat ? C’est une fonction d’Etat, infirmière ? alors que foutent-elles / ils, toutes celles-z’et-ceux qui bossent dans les cliniques privées ? ils se sont trompés de porte ?
Il est parfaitement possible de réduire le nombre de fonctionnaires tout en maintenant un service public de qualité : en passant des contrats avec des entreprises privées, qui feront le boulot aussi bien – dans la mesure, évidemment, où elles seront contrôlées, évaluées, récompensées, sanctionnées, mises en concurrence.
J’en profite ici – permettez moi de donner mon sentiment tout personnel – pour insister sur le maintien de services publics de qualité dans ce pays. Si si, j’y suis sincèrement attaché, même si ça coûte. Mais pas forcément assurés par des agents de l’Etat, vous voyez ? la mise en concurrence, ça a du bon. L’émulation, tout ça…
A contrario, un exemple des chouettes résultats de la logique tout-étatique : du temps de feue la RDA, même les types qui concevaient les bagnoles socialistes, et ceux qui les construisaient, étaient fonctionnaires – d’ailleurs tout le monde bossait, ou ne foutait rien, c’est selon, pour l’Etat : ça a donné la superbe, l’inoubliable Trabant, 3 ans de file d’attente pour en avoir une, et en plus elle fumait bleu. Et ça a donné aussi la Stasi, pour empêcher de nuire ceux qui doutaient de l’excellence de la Trabant.
Allez, c’est tout pour aujourd’hui.
Tibert
