Emport et humour corporate

Un article du Fig’ragots me procure, bien chers auditeurs, le sujet du prêche du jour : il y appert que les suppléments-bagages rapportent de plus en plus de fric aux compagnies aériennes. Eh oui, LA valise-de-cabine (deux pour la classe supérieure) et les valises-de-soute, c’est le problème bien connu. Pour des trucs en soute, il faut de plus en plus souvent payer…

Il me souvient avoir voyagé vers l’Espagne avec Tranvasia, filiale bas-coût d’un groupe franco-batave bien connu… UN bagage de cabine et rien d’autre, sinon panpan-cucul, ou supplément-bagage, quarante euros. J’ai vu dans les salles d’embarquement l’employé zélé contraignant tel ou telle à ouvrir sa déjà copieuse valise-de-cabine pour y faire entrer – péniblement, laborieusement, en appuyant – le contenu du petit sac EN PLUS qu’on espérait garder avec soi, glissé sous le siège au décollage gnagnagna… fumer peut porter atteinte blablabla… avec le peigne le rouge à lèvres un petit miroir le passeport un mouchoir des lingettes l’aspirine le polar à bouquiner un stylo le mobile le chargeur du mobile les documents de vol les lunettes de lecture la petite bouteille d’eau (*) et j’en oublie. Au retour, du côté espagnol, olé, le méchant préposé passe dans les rangs, sévère et goguenard, désigne les fautifs qui tentent de planquer leur petit sac à main sous l’imper, « one bag only« , et je l’entends alors énoncer clairement et à voix haute « welcome to Tranvasia« . Un qui blague à froid, j’adore la blague à froid !

Mais au courrier des lecteurs qui accompagne l’article, je lis : « Il est surtout inadmissible que le passager qui pèse 120 kg et celui de 60 soient taxés de la même manière pour les bagages. Le poids total du passager avec ses bagages doivent être pris en compte« . Eh oui, j’en avais déjà fait la remarque. Le poids c’est l’ennemi, et le type de 90 kilos avec sa seule mallette de 5 kilos pèse plus lourd que la mémé de 56 kilos avec son sac à main et ses deux valises de 8 et 22 kilos. Poussons la logique : l’emport total {passager habillé-équipé + bagages divers et variés} seul doit compter. Je suis léger ? donc j’ai droit à plus de bagages que le gros lard d’à côté.

Evidemment ça risque de compliquer un peu les calculs de prix et la facturation, mais au moins ce sera équitable, et bon pour la santé ! On verra bientôt beaucoup moins de passagers en surpoids. Et plus d’anorexiques, hélas – des radins, en fait.

Tibert

(*) … bouteille remplie, forcément, dans les WC de l’aéroport après les contrôles de sécurité, merci la sécurité. On peut aussi acheter une bouteille d’eau à bord, au prix d’un honnête Gigondas chez un caviste.

En avril, ça craint !

( Les annonces macronesques sur les petites retraites sont assez rigolotes, pour faire de l’humour noir… ça fait des années qu’on rabote les retraites vis à vis de l’inflation – il continue ce que les autres ont fait avant lui – et puis cette histoire des petites retraites sous les 2.000 euros qui vont reprendre des couleurs de CSG après une injuste amputation, c’est moitié bidon : en fait c’est le foyer fiscal qui est jaugé, et si un foyer de deux personnes totalise plus de 34.636 euros par an (soit 1.443 euros / mois / personne en moyenne), alors ils peuvent se brosser. En somme le conjoint « riche » compense pour le « pauvre » ce que le fisc pique indûment. Macabre remarque : le retraité lésé a tout intérêt à ce que son conjoint « passe » rapidement, pour pouvoir enfin récupérer son p’tit bout de CSG. )

Mais je voulais rendre ici hommage, d’abord à Dick Rivers qui est passé, lui aussi, et qui ma foi valait bien Djhônny – c’est à dire pas grand-chose – mais n’en faisait pas des tonnes, avait su dételer sans trop tarder, et n’encombrait pas inutilement les médias ; et puis surtout à Jean-Pierre Marielle, l’immortel représentant en parapluies des Galettes de Pont-Aven, entre autres. Il déclarait adorer jouer les cons et y réussissait avec brio – par exemple dans Calmos – tout en restant « en retrait » de ses personnages, sans y perdre son âme, en somme. Adios ému donc à cet attachant et talentueux baryton moustachu.  Détail affreux, il avait aussi tourné dans ce film prophétique intitulé Les mois d’avril sont meurtriers. Eh oui… il aurait dû se méfier.

Tibert

Bêêêê et puis quoi ?

Le Fig’ragots, toujours à la hauteur des événements, nous pose une grave question : « Tout savoir sur l’agneau pascal – Agneau prés-salés ou agneau de lait ? Gigot ou épaule ?  » Eh oui, c’est vachement important. Aussi con que l’urgence de bâfrer de la dinde à Noël ou pour Thanksgiving, il faut bouffer du mouton pré-pubère à Pâques, et se poser sérieusement les bonnes questions en ce moment où d’aucuns fêtent rituellement la résurrection supposée d’un type supplicié à mort il y a un peu moins de 2.000 ans. Et pourquoi pas un gigot surgelé importé de Nouvelle-Zélande, hein ? Voilà qui changerait tout. Madame Figaro…? le surgelé… ? non… ?

Mais bon… on a le niveau d’intérêts qu’on peut. Ceci dit, parlons d’autre chose : le Chef Macron, sensible à mes arguments implacables sur la nocivité du statut, miraculeux et quasi inhumain, de Haut Fonctionnaire, serait – au conditionnel, attendons de voir – disposé à faire la peau à l’usine de production de ce type de surhomme / surfemme : l’ ENA. Ce qu’apprenant – les arguments sont déjà bien connus – le choeurs des pleureuses entonne les chants attendus. L’ENA se défend donc comme prévu, arguant qu’on y accueille des femmes et des hommes méritants, des boursiers, des humbles sortis de l’obscur terreau provincial, pas que des rupins, des fils-de et des qui sont bien nés. Et puis il en faut, des fonctionnaires « hauts », si si, sinon ça va manquer ; l’état c’est tellement compliqué ! Les sortis de l’ENA, les déjà installés, se sentent, eux, injustement visés… les fusibles du populisme… jetés en victimes expiatoires à la rogne, la jalousie des Gilets Jaunes…
Ce concert de protestations était attendu, prévisible ; il tape hélas à côté du problème. La logique actuelle créée par cette école et ses fournées de Super-Ronds-de-Cuir inoxydables est perverse – ou devenue perverse avec le temps – et veut qu’on épaississe, qu’on fabrique, au besoin ex nihilo, de la fonction et des structures d’état pour y loger les énarques qui déboulent fatalement, rituellement, annuellement issus du divin moule. Car on le leur doit ! c’est dans le statut. Tandis que la saine logique, la logique de l’économie et de  la bonne gestion est tout autre, quasiment inverse, et veut qu’on « fabrique », qu’on installe un fonctionnaire suffisamment haut… quand il y en a besoin, et basta ! et pas cent tous les ans ! On peut aller chercher dans le vivier des talents existants – il y a de quoi faire – ou organiser au besoin des formations au cas par cas, des stages, etc. On fait ça partout ailleurs sur la planète, et même chez nous dans d’autres domaines, et ça marche ! Et puis ça coûte bien moins cher à la collectivité (*).

Ce sera triste, c’est sûr : la fin des promotions-mafias, des séances de permutations entre potes, des  » t’aurais pas un point de chute pour moi ? « … et puis ça devrait changer sensiblement la donne des vocations politiciennes, le pré-carré des énarques – les seuls à disposer de ceinture, bretelles, et parachute.

Tibert

(*) C’est une question subalterne, je sais, je sais, mais quand on a 2.000 milliards de dette, on serre les boulons partout où c’est possible ; on ne planque pas une énarque en déshérence au délicieux poste de « haut fonctionnaire à l’égalité, la diversité et la prévention des discriminations ». Pourquoi haut ? un fonctionnaire moins haut ne saurait pas faire ? ou un contractuel ? et pourquoi court-circuiter le DRH, dont c’est clairement le boulot ? bref, 200.000 euros par an, au bas mot, fichus en l’air – enfin, pas pour tout le monde. Et il lui faut un staff, à cette haute-fonctionnaire, non ? une équipe ? sinon ça fait mesquin, etc.

Ah, une agence !

Un lecteur regrette la rareté de ma plume ces temps-ci : c’est que la inspiracion, ça ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval. Mais on va faire ce qu’on peut ! Nous traitons ici d’un délicieux article du Parigot, qui ne va probablement pas faire plaisir à tout le monde : on y découvre les détails de la vie de certain organisme para-administratif bien moëlleux, un peu « hors sol », pour ainsi dire, doux cocon pour ses laborieux salariés. En l’occurrence c’est Paris-Habitat dont on soulève impudiquement quelques voiles, et c’est édifiant… Vous lirez cela avec profit –  dépêchez-vous, ça ne restera pas en ligne indéfiniment. Bref chez Paris-Habitat, c’est « plus belle la vie en entreprise« . Une journée chômée pour la Fête des Mères (*), ça vous dirait ?

A cette occasion vous découvrirez l’existence de l’une des 1.000 et quelques agences gouvernementales, agences dont j’espère pouvoir lire la liste exhaustive et documentée avant d’aller manger les pissenlits par la racine – on peut rêver ! elle répond au doux acronyme de ANCOLS (Agence Nationale de COntrôle du Logement Social), et c’est le gendarme, justement, du logement social. Vous saviez que ça existait, l’ANCOLS ? moi  non plus. Et c’est l’ANCOLS qui nous a révélé les peu orthodoxes pratiques salariales de Paris-Habitat : on l’applaudit chaleureusement, elle est pile-poil dans sa mission.

Reste à appliquer à tout ce système un soupçon de récursivité : quel est l’organisme chargé de contrôler l’orthodoxie des pratiques salariales de l’ANCOLS vis à vis de ses quelque cent-cinquante collaborateurs ?

Tibert

(*) La Fête des Mères tombant toujours un dimanche, c’est une blague ?… à moins que Paris-Habitat octroie un jour de congé (de jour ouvré ! ) pour préparer ou faire écho à cette journée ô combien chère au coeur des Français.

‘Cré vindiou, c’est l’arbre à Jules

L’UFC-Quoi-Acheter publie un fort utile document sur les manques de l’Internet en France. Vous le lirez si vous voulez vous instruire ; grosso modo, dans les villes ça baigne, à la campagne ça rame, quand ça veut bien bouger, genre 650 Mbits/s, soit 80 MOctets/s en descente les jours où ça dépote bien. Essayez donc de commander une doudoune en laine des Pyrénées à la Reboute avec ça, tiens ! on y passe la matinée…

Bref, l’UFC affirme que la priorité c’est de réduire ces écarts inadmissibles – les administrations font comme si tout le monde était bien installé sur Internet, et démerdez-vous – et non pas d’aller encore plus vite en ville, snobant ainsi les ruraux. La fibre partout ? du pipeau, projet trop optimiste et irréaliste : déployez donc massivement et correctement des fils de cuivre, du bon vieux ADSL, disent-ils, et je suis pleinement d’accord : c’est rustique, facile à rabouter, et suffisamment rapide si c’est bien fait.

Et c’est là que c’est rigolo… vécu vrai de vrai. Les fils téléphoniques – de l’Opérateur Historique couleur mandarine et Cacochyme, et bien entendu « non dégroupé », rente oblige – qui suivent sur leurs poteaux de bois, vaille que vaille, au long des talus le tracé des départementales, coupant ici et là au travers d’un champ… c’est ça, l’ADSL des campagnes ! des fois c’est plutôt propre, ça a de la tenue… mais que de poteaux écroulés ou pourris, de fils traînant à terre, de tracteurs trop hauts qui arrachent le tout, de branches d’arbres cassées pesant sur les câbles… c’est ça l’Internet des bouseux !

Et le pire du pire, c’est qu’on ne peut rien faire ! sauf à le faire soi-même, en douce, dégager une branche cassée, sortir le câble du fossé pour pas qu’il se noye… du bénévolat. Car si la lourde branche du noyer en bordure du pré menace de rompre un câble téléphonique sur le talus de la D728, c’est le noyer du Gustave, on n’a pas le droit d’y toucher ! donc si par hasard un citoyen responsable signale le problème, il faut que l’Opérateur, s’il veut bien se bouger le cul, trouve d’abord le coupable, puis lui demande poliment de bien vouloir scier la branche fautive – sans scier le câble. Oui mais c’est-y bien au Gustave, ce champ ? ah ça dame, c’était aux … mais ça a été vendu, c’est un type de … qui a ces terres maintenant, il doit les louer à … enfin on sait pas trop. Alors ? alors on fait rien, on peut rien faire ! on attend que le câble casse, car il finira évidemment par casser, et là, après des délais significatifs – week-ends, jours chômés et temps réglementaire de réaction – on réparera. Pensez, la fibre optique… je me marre, amèrement.

Tibert

Gérontologie et plafonds bas

Tout d’abord : on apprend que le chenu mannequin de la maison Smalto, Jack, 80 balais aux prunes cette année, est actuellement toujours Président de l’Institut du Monde Arabe (IMA) , à Paris, ceci en contradiction formelle avec les dispositions sur l’âge de la retraite des fonctionnaires. Au fait, les costards sur mesure, le célèbre couturier rital s’en est collé pour environ 200.000 euros, mazette ! Fillon fait vraiment petit joueur à côté. Ce ne sont pas des cadeaux avec ou sans renvoi d’ascenseur, meuuh non, qu’est-ce que vous allez chercher ; c’est pour les défilés de mode à l’IMA. Ben quoi… le cadre est chouette, et il y a même un restau au sommet sur la terrasse pour organiser des coquetels face à la Seine. Feu Lagerfeld, qui lui n’était pas fonctionnaire, n’aurait pas imaginé mieux.

Et puis cet article éclairant sur l’urbanisme nul de chez Nul de chez nous. Figurez-vous que les Français ne veulent décidément pas densifier correctement le tissu urbain ; ça fait de la peine aux écolos. Le rêve, le credo des écolos-logiques et ayahtollesques, c’est… 1) le maximum d’espace terrestre pour cultiver des légumes évidemment bio (*) ;  2) et puis des grandes tours dans des conurbations, pour y loger tout le monde, comme ça plus besoin de prendre sa bagnole, pas de place perdue, convivialité gnagnagna… eh bien c’est loupé ! ces cons de Français s’efforcent de miter le paysage en faisant construire leur petit « Sam’suffit » ou « Mon repos » un peu partout, de préférence en pleine cambrousse au milieu de nulle-part, pelouse, allée gravillonnée, portail et haie de tuyas (voire barbelés, miradors et doberman), toiture deux-pentes en tuiles-béton marron foncé avec casquette sur l’entrée, deux chambres rikiki mais suite parentale royale comme le couscous, terrasse pavée en grès non-gélif, et puis grand garage ; on y met la tondeuse, la table de ping-pong, les vélos et le barbecue en hiver, en attendant de pouvoir se construire la chapelle à merguez en parpaings, enduit taloché. Et, forcément, le matin pour aller au boulot – quand ils ont du boulot – ils prennent leur bagnole (pas le choix) : eh bien c’est la-men-ta-ble. Mais c’est comme ça.

C’est comme ça et ça démontre tout bonnement que ce qu’on nous propose pour habiter collectivement est tout sauf engageant. Des parallélépipèdes rectangles d’un conformisme consternant, des balcons étriqués et miteux donnant sur le parking en dessous, des plafonds de plus en plus bas – en dessous de 250 cm maintenant ! (**) -, les voisins qu’on entend péter, des WC et des salles de bains aveugles, des parties communes aussi plaisantes qu’une journée chez Roblot, les chambres où pour pouvoir poser le pied le matin il faut d’abord pousser le lit contre le mur ; peu ou pas de rangements… il manque plein de choses, outre des architectures un peu chouettes, spacieuses et lumineuses : le vestibule ! le quoi ? le vestibule : les godasses, le parapluie, les manteaux, tout ça… et puis une arrière-cuisine, si si, la souillarde ! pour les provisions, le congèle, les confitures, le stock de PQ, les bassines et l’aspirateur. Des prises électriques dans les parkings, pour les futures bagnoles rechargeables. Et des prix corrects, des syndics pas trop gourmands, des charges supportables, des… autant flûter, tiens. Alors ? alors on fait construire, comme on dit. Dans des lotissements et des paysages aussi enthousiasmants qu’une journée aux PFG.

Tibert

(*) et puis des élevages bio de volaille bio en plein air, et des fermes bio d’aquaculture bio, avec recyclage bio des déchets – si les vegans n’ont pas pris le pouvoir.

(**) Les différents ministres du logement ont tous été incapables – ils s’en foutent, eux n’habitent pas là – de fixer une norme nationale, pourtant indispensable pour contrer les manips des promoteurs tendant à nous empiler de plus en plus serré. Deux-cent-soixante-cinq centimètres MINIMUM sous plafond, ça serait trop demander ?

Bailleurs et râleurs

( Les Césars du cinoche… le « Grand Bain » a fait quasiment plouf et c’est bien normal ; cette histoire de cabossés, de loques et d’épaves engagés dans une victorieuse thérapie de groupe grâce à la natation synchronisée est un remake de remake de remake de la toujours vieille même histoire – un exemple, nettement meilleur,  parmi des tonnes : « The full monthy » – et à la fin ils sont champions du monde, vous ne l’auriez pas cru ! d’ailleurs on n’y croit pas. Enfin, les acteurs sont bons, quoique caricaturaux pour certains, mais alors le scénario… pfff… )

Mais le Parigot (*) se fend de TROIS articles sur les locataires parisiens des HLM de luxe, là-bas à Paname. Les trois disent la même chose : il y a eu les bienheureux loyers très-très modérés dans des immeubles « à loyer modéré », justement ; rupins, bien propres et super bien situés à Paris (Place de la Catalogne, dans le 14ème, par exemple) pour une clientèle pas vraiment nécessiteuse, voire carrément aisée, et sacrément veinarde. Il n’y a plus ! c’est fini, paraît-il. Les locataires aisés vont devoir payer nettement plus : ils bénéficiaient de loyers « dérogatoires », et la loi Elan dit que c’est illégal, le loyer dérogatoire… alors…

On notera que dans l’article que je vous cite, il y a un hic : la dame interviouvée, qui habite son chouette petit nid HLM depuis perpette au prix de 1.115 euros/mois, et concède avoir une bonne retraite avec son mari, déclare ceci :  » le nouveau surloyer de 820 € de ce mois-ci (…) représente pile-poil 30 % de nos revenus » : alors 820 / 0,3 = 2.734 euros… c’est pas boucoup ! ça doit être autre chose… en revanche, si avec 820 euros de plus ça fait un loyer à 30 % des revenus, 1115 + 820 = 1935 = 0,3*X, ça donne X = 6.450 euros : c’est confortable et moëlleux pour deux, et l’on conçoit bien que 1.935 euros de loyer pour un 86 m2 avec terrasse dans le quartier Champerret, ce n’est pas délirant. La cote donne entre 22 et 44 euros du m2, moyenne 32 ; ici ça donne 22,5… le prix plancher, quoi, et avec la terrasse ! pas cadeau-cadeau, mais pas loin.

Reste une question, lancinante : les beaux immeubles HLM de Paname sont menacés, nous dit-on, de devenir glauques, pisse dans les ascenseurs – cassés, les ascenseurs – tags, détritus, mecs chelous etc… car le départ des « riches » bien polis et propres va amener les « pauvres » : les pauvres c’est mal-éduqué, c’est sale, ça braille, ça respecte pas le matériel etc. C’est en tout cas ce que je crois comprendre, à lire les articles. On en apprend de belles… si en plus la concierge –  portugaise, forcément – se plaint que ses étrennes c’est plus ça…

Tibert

(*) Le même Parisien se demandait, en UNE de vendredi matin, « A quoi va ressembler l’acte 15 des GJ ? « . Outre qu’il abandonne la noble et royale numérotation romaine qui sied à des Actes – XV en l’occurrence, ça devient trop compliqué – le Parigot cire les pompes et sert la soupe ! la soupe aux GJ : quelles brillantes initiatives vont-ils encore nous trouver ? on est tout émoustillés.

Petite cuillère contre raz-de-marée

Les sujets sérieux sont si nombreux… tenez, Benalla a couché en taule, quelles sont ses premières impressions ? La Santé, comment l’a-t-il vécue ? la bouffe, tout ça… c’est un scoop du Parigot, rubrique pipôle, captivant. Mais zut, ça fait un bail que je n’ai pas abordé de sujet léger, genre mâdâme Firagots, « Comment masquer ses cernes matinaux ? » Mais j’ai justement  cet article du Monde sur les atteintes supposément constatées aux droits des « migrants » – puisque c’est le terme oh combien choisi, lisse et propre, pour désigner pêle-mêle les demandeurs d’asile en détresse et les jeunes mâles en quête de cocagne européen sans visa valable – qui me procure un chouette sujet léger. C’est parti…

Les migrants fuient l’Italie de Salvini & Co, nous dit Le Monde : eh oui, là-bas c’est assez tendu, on a pris des mesures pour éloigner les immigrants illégaux – et peut-être aussi les demandeurs d’asile légitimes, mais je n’ai pas les billes pour en discuter. Et où vont ces migrants qui fuient l’inhospitalière Italie ? traverser l’Adriatique à la nage pour gagner l’Albanie, la Boznie, le Kosovo ? eh non, c’est la dèche, là-bas, pas l’Eldorado… à pied, alors : L’Autriche ? presque aussi ronchon que l’Italie. La Suisse ? on oublie. La Slovénie ? tout petit, pas bien riche. Qu’est-ce qui reste ? chez nous, pardi ! Par la route, les sentiers, le train, il y a le choix.

On fera son profit de l’article dont je vous ai donné les références plus haut ; comme d’hab’ « des associations » (rendons grâce au journaleux qui nous a épargné l’abusif « les associations ») dénoncent des pratiques pas belles, illégales, cruelles. Tenez, les policiers font des « contrôles au faciès » dans les trains qui passent la frontière à Vintimille : ils vérifient surtout les Noirs, c’est quand même dingue, où vont-ils chercher ça ? Bref… et l’Anafé, l’assoce en pointe sur le sujet, de dénoncer : « Les procédures expéditives sont notifiées en quelques minutes seulement », sans qu’il soit procédé à un entretien individuel ou à un examen approfondi de la situation et « sans information sur les droits », comme celui de bénéficier d’un interprète, d’un médecin, de faire avertir un avocat ou de bénéficier d’une assistance consulaire».

Voilà : c’est mal organisé, c’est mal fait, c’est injuste, nous dit-on. Pensez, ils n’ont même pas droit à la scène classique de tout polar états-unien, « je vais vous lire vos droits » en V.O.,  swahili, arabe, albanais… Certes… mais voyons les volumes… on a déjà eu des vagues d’arrivées… les Polonais (*), et puis les Italiens (**), les Ritals, qui dans les années 50 venaient chercher du boulot à l’Ouest des Alpes ; c’était calme… pas de menace terroriste ; et puis on avait besoin de main-d’oeuvre, vraiment. On a connu de 36 à 39 des situations dramatiques, l’afflux dingue, au Perthus et ailleurs, de centaines de milliers d’Espagnols fuyant la victoire de Franco… interprètes ? médecins ? avocats ? information sur les droits ? on était dans l’urgence, on a fait, et effectivement mal fait – des camps de concentration, littéralement – comme on a pu. Il s’agissait pourtant de vrais demandeurs d’asile, qui eussent risqué leur peau à rester chez le Caudillo.

Ici et maintenant, ce ne sont pas 25 petits gars par ci par là qui tentent de se faufiler chez nous : ils sont tous les jours des milliers, et quand ils se font refouler ils reviennent le lendemain, des fois que. Alors, « Les procédures expéditives sont notifiées en quelques minutes seulement ». Eh oui, les journées n’ont que 24 heures ; à respecter pile-poil les procédures, on n’y arrivera pas. Ou alors on y met les gros moyens, et ça va (nous) coûter un pognon dingue, comme disait quelqu’un.

Résumons : il y a un afflux de migrants tel qu’il est humainement impossible de respecter les procédures nominales. Le contexte est maintenant très dur : notre chômage massif et qui ne veut pas régresser, l’inadéquation culturelle criante, évidente, des arrivants, et des menaces terroristes par dessus le marché. C’est tout ça, le problème, et on ne voit pas comment ça va s’arranger – sauf à tarir ledit flux, mais là…

Tibert

(*) 700.000 Polonais, tout de même, à la fin des années 30. Mais les procédures étaient moins lourdes, le pays bien moins peuplé, le contraste culturel minime, sauf les S Z C Z W tout partout.

(**) La France a reçu jusqu’au milieu des années 1970 1,8 million d’immigrés italiens ; elle est devenue, à partir des années 1930, le premier pays d’accueil. Les Italiens y sont maintenant invisibles : « ils sont accueillis comme des cousins un peu turbulents, mais fréquentables », cf wikipedia. Des Latins comme nous, quoi, avec des noms prononçables.

En avoir ou pas, ou un peu

( Les insultes à Finkielkraut samedi…  le véhément excité qui lui criait… « t’est un haineux et tu vas mourir, t’iras en enfer« … de quel enfer s’agissait-il ? quelle religion ? on se perd en conjectures. Et admirons au passage la maturité intellectuelle et politique, la mesure, la jugeote des intervenants ; Finkielkraut aura sûrement infléchi son point de vue après ce fructueux brainstorming).

Mais je rebondis sur la citation que commentait l’un de mes lecteurs-intervenants les plus prolixes ; citation de monsieur Jacques Attali, 75 ans aux châtaignes, ex de la politique (notamment avec Tonton-Le-Miteux), ex-haut fonctionnaire, ex-banquier, romancier fécond, etc. Mon contributeur écrit ceci : Sa dernière déclaration, ruisselante de lucidité et d’empathie : « Les gilets jaunes n’ont pas un problème avec la pauvreté, mais avec la richesse ».

A propos de Lucidité et d’Empathie, ces deux mamelles de la dérision… bon, la seconde est manifestement là pour le fun et le second degré ; l’empathie de J. Attali pour les GJ, on oublie ! Mais la lucidité ? ce qui est dit là me paraît en revanche, à moi, assez bien vu. Je vais même encore plus loin : ce sont les Français dans leur entièreté qui ont un problème avec la richesse ! Feu Jacques Martin, l’amuseur de « Dimanche Martin » jadis à la télé, arguait du lien freudien entre le caca et l’argent pour justifier son mutisme devant la question « combien gagnez-vous ? « . Un Français ne dit jamais volontiers combien il gagne… sauf s’il considère que c’est trop peu. Et s’il est des secrets bien gardés, ce sont certains salaires : les salaires des hauts fonctionnaires (dont a fait partie J. Attali, qui est retraité, je suppose). On a bien du mal à lever un coin du voile par ci par là – voir la diffusion des émoluments de madame Jouanno, qui a provoqué l’émoi et un tollé – ça paraissait vraiment très-très confortable pour le job. Mais le top du top du secret-défense, sans doute, ce sont les salaires des grands chefs de Bercy (*), le ministère des finances. Si vous avez une idée, un ordre de grandeur…

Alors ? je reformule : mais bien sûr que si, les GJ – les GJ pauvres – ont un problème de pauvreté, de frigo vide etc… comme tous les pauvres, d’ailleurs, avec ou sans ce laid gilet qui ne tient pas chaud en hiver. Et puis les Français en général ont un problème avec la richesse, eh oui. D’abord parce qu’ils en sont réduits à la taire mordicus s’ils en sont ou s’ils supposent qu’on pourrait les soupçonner d’en être. Jadis ça excitait l’envie ; maintenant c’est la haine ouverte, salauds de riches, les représailles, les bagnoles qu’on brûle comme jadis les bouquins sulfureux, les beaux quartiers qu’on dévaste quand on est en foule et impunis. Le rapport des Français à la richesse a été débattu, commenté maintes fois ; Attali énonce là une fadaise, sinon un truisme. Ce qui a changé, c’est le surgissement de la haine et de la violence. Les réseaux sociaux – qui enrichissent leurs propriétaires, et comment ! –  y ont une large responsabilité. Les riches planquent leur richesse, les vociférateurs insultent et appellent impunément au meurtre, planqués derrière leurs pseudos.

Tibert

(*) Je ne me souviens pas avoir entendu parler de manifs, d’actions des GJ face au vaisseau de Bercy ! s’il est un lieu où fleurissent à foison les taxes nouvelles, fraîches écloses comme jonquilles au printemps, c’est bien là, pourtant, et ç’eût été une cible autrement plus parlante, symbolique, que le drugstore ou le rond-point des Champs-Elysées !

Jamais content.e.s

Une lectrice me soumet par la bande cette histoire, que je trouverais rigolote si elle n’était pas décourageante et révélatrice d’une mentalité de râleurs quoi qu’on fasse. Pas d’embauche en perspective ? ça rouspète. Deux-cents emplois nouveaux à pourvoir ? ça ne va pas. Alors ? onfékwoua ?

la société Vuitton – des machins de luxe – annonce recruter, donc, deux-cents maroquinières et maroquiniers, tout ça en Vendée, où elle a trois usines. Ouest-France s’en est fait l’écho… si ça vous tente, répondre à l’annonce n° 079NJVV. Mais il y a un os : le PCF vendéen. Ce parti souhaite faire de l’annonce du maroquinier de luxe « un sujet du grand débat national ». En effet,  « cette firme multinationale confine les ouvrières et ouvriers à des tâches basiques « d’opératrices » et « d’opérateurs » dont précisément les « petites mains » ne sont jamais reconnues à leur juste valeur. D’où la difficulté intrinsèque de Vuitton à trouver une main d’œuvre durable. » Et donc ce parti veut profiter du Grand débat national pour poser la question de la formation et de la reconnaissance des salariés « et tout particulièrement en direction des femmes ». «  Beaucoup ont des « mains d’or » et elles doivent être reconnues en conséquence ». La secrétaire PCF du coin demande donc au préfet de la Vendée, représentant de l’État, de veiller « à ce que ce plan d’annonces d’emploi ne participe pas à nouveau d’une opération visant à tirer vers le bas les salaires et la compétence ainsi qu’à précariser les salarié-e-s. »

On aura apprécié l’écriture inclusive, signature désormais de tout texte « de gauche » bien propre sur lui – hein, mesdames, vous voyez, vous y êtes aussi, dans le texte – au mépris de la lisibilité et de la syntaxe de notre langue. Et puis ce « … à nouveau d’une opération visant à tirer vers le bas… » : je pensais connement que Vuitton voulait du monde pour fabriquer, mais pas du tout !  Vuitton embaucherait pour « à nouveau« , derechef, one more time, rebelote etc, peser sur les salaires et augmenter la précarité ! ah ces capitalistes… retors, les mecs… bon, alors il s’agirait de déjouer ces embauches mielleuses mais piégeuses ? refuser cette augmentation de la précarité (où ça ? comment ?) et ces offres lourdes d’intentions funestes pour la classe ouvrière ? faire faire ça au Vietnam ? ou alors quoi ?

Tibert