La bonne écriture, sujet rassis ? on joue plus volontiers de l’émoticône, de nos jours. D’ailleurs l’écrit est aux abois : voyez les placards des canards-en-ligne, on clique, maintenant, sur des alignements de vidéos verticales, des trucs poilants de quelques secondes, genre Toc-Toc, c’est plus rigolo que de lire des mots. Il reste encore, certes, de vieux croûtons attachés aux phrases, au texte, mais ils passeront…
Et pourquoi je vous raconte tout ça ? je lisais un entrefilet charnu du Monde, à propos de de la niche parlementaire des LR, les Républicains, hier. Sur leur initiative, on débattait à l’Assemblée de la mise – ou pas – des “Frères musulmans” sur une liste européenne des organisations terroristes. Ce qui fut fait, finalement, après moult remous et vitupérations. Je cite ici les arguments “contre” du gouvernement, qui doutait que ce soit faisable : “la preuve n’est pas faite que les Frères musulmans pratiquent le terrorisme” . Soit, admettons … plus loin, le Monde écrit : “Pour répondre à cette absence avérée de liens entre les Frères musulmans et des actes terroristes en Europe, plusieurs orateurs… ” . Et hop, c’est ficelé. Avéré : qui est prouvé, indiscutable. Absence indiscutable de liens, donc. Y en a pas, de liens !
Mais déplaçons, un poil, l’adjectif : Pour répondre à cette absence de liens avérés entre les Frères musulmans et des actes terroristes… On n’a pas pu prouver = la preuve n’est pas faite, que… : c’est justement l’argument du gouvernement. Qui diffère clairement de : la preuve est faite, que non. Mais je pinaille, là… pffft… un avéré devant ou derrière, hein, quelle importance ?
Quelle importance, en effet ! on s’en balek, comme on dit élégamment. Dans le gros bouquin d’Evguénia Guinzbourg, “Le ciel de la kolyma” , une prof de russe, ex-victime des répressions staliniennes, se bat contre les ponctuations négligentes ou maladroites. Elle donne cet exemple, d’une décision écrite apposée par le Tsar Nicolas II sur le recours en grâce d’un condamné à mort : “Fusiller impossible grâcier” . Mettez-z-y donc une virgule, au pif, soit après fusiller, soit après impossible : ça change pas mal de choses.
Tibert
