Strapontins à gogo(s)

J’ai trouvé une citation forte et propre à éclairer les choses, en cette veille de votation aux Municipales. … C’est de Nelson Mandela : « Tout ce qui est fait pour nous sans nous, c’est fait contre nous ». Je vous la caviarde légèrement, pour être plus clair : “Tout ce qu’on promet de faire pour nous, sans nous, ce sera finalement fait contre nous… ou pas du tout” .

C’était dans un article du Monde, à propos de la campagne des Municipales, justement. Article richement illustré, sur l’amertume supposée des militants de la citoyenneté active, pour la plupart “issus de la diversité” , dans les “quartiers” , les “cités” ; article appuyant sur un sentiment, je cite, ” … de frustration : celle, pour les personnes issues des quartiers populaires ou de l’immigration, de n’être invitées en politique que pour afficher une diversité de façade” . Eh oui, on connaît ça, les professionnels de la politique locale rameutent les bonnes volontés pour faire jouli, on s’affiche avec, on se congratule, chers amis, unité, progrès, avenir meilleur… ça donne des listes électorales pimpantes, avec des trombines exotiques, des noms qui changent ; au final, si ça se passe bien, on aura quelques strapontins pour ces bonnes âmes , mais ce seront toujours les mêmes qu’on verra en pleine lumière.

La politique est une chose trop sérieuse pour laisser des gens s’en mêler, voyez-vous. Rappelons-nous, sous Mitterand, ce ministre météoritique, Léon Schwartzenberg : il a duré neuf jours, cet amateur. Comparons avec, disons… monsieur Lang : quarante-six ans ! entre son premier poste d’élu et sa retraite – à son grand regret, n’en doutez pas, il se voyait faire plus.

Il y a un monde entre, disons, les politiciens professionnels, voguant de poste en poste, la plupart du temps munis d’un parachute “au cas où” ; une mairie, c’est possiblement un interlude utile entre deux mandats, voyez Chirac à Paris, Lang à Blois, Fabius au Grand-Quevilly, et tant d’autres ; et puis “les obscurs, les sans-grade” (*), au turbin, à se farcir la gestion cahotique d’une commune. A prendre des baffes, face à des murs de règlements, de normes et de bureaucratie en strates serrées.

Pour finir, le sentiment de ces figurants, en bas de listes… un Noir, après une séance-photo de son parti : « On a regardé la photo, et ce qui nous a sauté aux yeux, c’est qu’il n’y avait que des Blancs ». Là je me dis : on n’est pas sortis de l’auberge ! moi non plus on ne m’entend pas, on se sert de moi, ma parole compte pour du beurre, mais EN PLUS, je n’ai pas le droit de m’indigner sur la bonne couleur de peau !

Tibert

(*) Séquence culture : la tirade de Flambeau, le laquais, dans l’Aiglon (Edmond Rostang). Je la dédie aux maires du bas de l’échelle ; sur 36.000 communes, il doit bien en avoir quelques unes, en bas de l’échelle, dont les maires ont là, en quelque sorte, leur bâton (merdeux) de maréchal.

Et nous, les petits, les obscurs, les sans-grades,
Nous qui marchions fourbus, blessés, crottés, malades,
Sans espoir de duchés ni de dotations ;
Nous qui marchions toujours et jamais n’avancions ;
Trop simples et trop gueux pour que l’espoir nous berne
De ce fameux bâton qu’on a dans sa giberne…

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